ÉLECTIONS LOCALES (SUITE)
• Petit angle
Le lit
de l'abstention
DEPUIS plusieurs scrutins
organisés dans notre pays, le taux d'abstention
va croissant. Au point qu'aujourd'hui il a
atteint des proportions gênantes dans une
démocratie qui se veut respectable. Aux
dernières législatives de 2006 encore, si la loi
avait fixé un seuil en-dessous duquel, une
élection devrait être annulée, l'épreuve aurait
pu être reprise dans soixante circonscriptions
au moins. Notamment au niveau des principales
villes, Libreville en premier.
C'est donc une lapalissade
que d'affirmer que la politique dégoûte de plus
en plus les citoyens gabonais. D'où leur
désintérêt manifeste pour les élections. Cela
malgré les énormes sommes d'argent que certains
distribuent tout au long des campagnes
électorales, et la pléthore des gadgets que les
candidats nantis distribuent en longueur de
journées jusqu'au jour J.
Alors que dans d'autres pays,
les acteurs politiques toutes tendances
confondues devraient plutôt s'atteler à chercher
les voies et moyens pouvant sinon amener les
gabonais à s'intéresser à nouveau à la chose
politique, tout au moins à freiner
'l'hémorragie", les nôtres focalisent encore le
débat sur des questions exclusivement
électorales. Cela, pendant que de nombreux
citoyens estiment que celles-ci ne contribuent
pas réellement à trouver des solutions durables
à leurs difficultés quotidiennes.
Combien sont-ils aujourd'hui,
les Gabonais moyens qui peuvent se sentir
directement concernés par le débat autour de
l'introduction de la biométrie ? Ce débat ne
peut que renforcer les soupçons du plus grand
nombre disant que finalement les politiques
gabonais ne roulent que pour eux-mêmes. A partir
de; les uns et les autres, estimant leurs
préoccupations reléguées au second plan, se
désintéressent davantage de la politique. Au
point de bouder les élections, seules occasions
pour les acteurs politiques de s'intéresser à
eux.
VACHES MAIGRES. La
véritable question qui devrait être
aujourd'hui à l'ordre du jour pour les citoyens
en cette période de «vaches maigres», est
celle de savoir ce que fait la majorité pour
améliorer leurs conditions de vie «De
même,ils sont également tentés d'apprendre ce
que l'opposition leur propose concrètement dans
ce sens».
Les Gabonais ne sont-ils pas
en droit de se demander pourquoi la classe
politique ne se réunit que pour débattre des
questions électorales «Ne peuvent-ils pas le
faire pour l'amélioration des conditions de vie»
Est-il écrit quelque part que le consensus à
la gabonaise ne s'inscrit que dans le seul champ
du code électoral ? Pourquoi lorsqu'il s'agit
des questions relatives à la recherche des voies
et moyens de sortir le pays des nombreux
manquements inquiétants qui le caractérisent
actuellement, l'opposition, comme pour vite
dissimuler une certaine incapacité à proposer
quelque chose de différent ou de meilleur,
brandit le principe selon lequel « la
Majorité gouverne, l'opposition s'oppose ».
Ce, alors que lorsqu'il s'agit des questions
électorales, Ies acteurs politiques des deux
camps supposés opposés expriment leur
disponibilité à s'asseoir autour d'une table...
Les principales
préoccupations des Gabonais à ce jour tournent
essentiellement autour de la route, la santé,
l'éducation, la cherté de la vie, etc. Ils
seraient attirés par un, discours de la majorité
visant à dire clairement et de façon concrète
les mesures prises, ou en voie de l'être, pour
leur permettre de circuler dans de bonnes
conditions aussi bien à Libreville qu'à
l'intérieur du pays. De même, ils seraient ravis
de connaître ce que propose réellement
l'opposition pour doter notre pays d'un réseau
routier meilleur.
Ce raisonnement est valable
pour notre système éducatif, notre système
sanitaire, la lutte contre l'impunité qui
gangrène dangereusement notre société, la
réinstauration de l'autorité de l'État, etc.
En somme, tant que les
acteurs politiques, notamment ceux de
l'opposition qui sont censés susciter l'espoir,
focaliseront leur attention sur les seules
questions électorales, ils ne feront que
construire le lit de l'abstention. Une situation
qui, qu'on le veuille ou non, n'est pas de
nature à favoriser l'alternance que les Pierre
Mamboundou (UPG), Zacharie Myboto (UGDD),
Jules-Aristide Ogouliguende (CDJ), Léon Mbou
Yembi (FAR) et les leurs souhaitent tant dans
leurs discours.