ELECTIONS LOCALES
Majorité
et opposition :
comme une
entente tacite à faire du surplace
A l'issue de la
présidentielle de 1993, la toute première après
que le Gabon eut renoué avec le pluralisme
démocratique, l'opposition avait contesté les
résultats rendus publics par le ministère de
l'Intérieur et confirmés par la Cour
constitutionnelle, lesquels donnaient vainqueur
l'actuel chef de l'Etat, Omar Bongo Ondimba.
Paul Mba Abessole, alors dans l'opposition,
était convaincu de ce qu'il avait remportée en
lieu et place de celui qui a été officiellement
déclaré vainqueur, poussant le ridicule jusqu'à
mettre en place un gouvernement parallèle. Une
situation confuse s'était installée dans le
pays, débouchant sur les émeutes du 21, 22 et 23
février 1994 qui ont failli faire basculer le
pays dans le chaos.
Pour sortir de cette impasse
politique, Me Pierre Louis Agondjo Okawé propose
"La paix des braves", une sorte de
cessez-le-feu, qui a conduit aux pourparlers de
la classe politique à Maris, inaugurant par la
même occasion les rencontres entre la majorité
et l'opposition. A l'origine de cette rencontre
dans la capitale française, qui a débouché sur
les "Accords de Paris", la recherche de la
transparence électorale. Au sujet de laquelle
justement la classe politique s'est entendue
pour créer une entité indépendante du pouvoir
législatif , la CIVE , qui s'est muée plus tard
en Cénap, en remplacement du ministère de
l'Intérieur, pour l'organisation des élections
dans notre pays.
Seulement, sitôt les acteurs
politiques revenus à Libreville, les accords
qu'avait engendrés la rencontre de Paris avaient
été soumis à un examen à l'Assemblée nationale,
où le PDG disposait d'une majorité suffisante
pour imposer sa volonté, après la prorogation du
mandat des députes par référendum. L'application
des Accords de Paris par le gouvernement de la
Démocratie, dont la formation avait du reste
soulevé le débat sur la parité qualitative et
quantitative, n'était pas en phase avec ce qui
avait été décidé à Paris. Malgré tout la classe
politique va s'entendre sur l'essentiel.
L'apposition étant représentée au gouvernement,
la bouche qui mange ne louvait donc parler. Une
période d'accalmie va donc s'observer jusqu'à
l'organisation des législatives de 1996 dont les
résultats avaient été contestés et la
présidentielle de 1998 qui l'était autant.
PRESOMPTIONS• Cette
logique de la contestation dans laquelle
opposition s'est résolument inscrite va se
poursuivre lors des législatives de 2001, les
locales de 2002, la présidentielle de 2005 et
tout récemment à l'issue des législatives de
2006. Chaque fois elle crie à la fraude,
quelquefois à raison, si l'on s'en tient aux
invalidations et autres retours aux urnes
prononcé par la Cour constitutionnelle lors de
l'examen du lourd contentieux qui avait suivi
les législatives de décembre 2006. Et chaque
fois encore, une rencontre de la classe
politique est programmée toujours dans
l'objectif d'organiser des élections justes et
transparentes. Sans y parvenir, du moins jusqu'à
présent.
Comme quoi, l'organisation
des élections au Gabon se résume en une seule
formule: on organise les élections dans le
cafouillage, la majorité les remporte et
l'opposition les conteste avant que ne vienne la
rencontre de la casse politique fui s'achève le
plus souvent à la présidence de la République...
Comment ne pas conclure dans ses conditions
qu'il y a comme une entente entre l'opposition
(qui s'est professionnalisée) et la majorité
(qui campe sur sa position de se maintenir coûte
que coûte au pouvoir) à vouloir faire du
surplace. Sinon comment comprendre que la classe
politique ne parvient toujours pas à trouver une
ou des solutions pérennes acceptables par tout
le monde et applicables a souhait, après tant
d'années de discussions autour d'une seule et
même question ?
Manifestement, un faisceau de
présomptions pèse sur la classe politique sur ce
qu'il pourrait y avoir une intente tacite entre
ces deux composantes de la vie politique de
notre pays. Cette collusion, si toutefois elle
est avérée, aura pour effet immédiat de
cautionner une politique contraire aux intérêts
du plus grand nombre et d'une certaine façon
incompatible avec le développement du pays.
D'autant plus que la compétition politique qui
devait sous-tendre la prise en compte des
politiques de développement s'en trouve
complètement viciée, disons clairement
inexistante.
Les hommes politiques sont,
semble-t-il, campés dans une position qui leur
fait croire que le peuple ne les observe pas.
Sauf à être hypermétrope, les taux
d'abstention (lire par ailleurs) qui marquent
chaque élection auraient pu constituer une
indication de ce que le peuple est parfaitement
au courant du jeu de la classe politique.
Il importe, à l'évidence, de
changer la donne le glus rapidement possible.
Car, l'histoire peut nous jouer un de ses tours
pendables en nous plaçant devant d'autres
scenarii, plutôt catastrophes, que ceux que
l'opposition et la majorité élaborent dans leurs
états-majors respectifs pour s'extraire des
aspirations profondes des Gabonais.