ÉDITORIAL
Biométrie, l'arbre qui cache la forêt
LES leaders politiques de
l'opposition font de l'adoption de la biométrie
un préalable à leur participation aux prochaines
élections locales sans s'inquiéter de la
faisabilité de l'opération, de son coût, de ses
délais de mise en oeuvre et du respect de la
Constitution garante de la protection des
libertés individuelles.
Les opposants les plus
farouches à la mise à jour de la liste
électorale et à la distribution de cartes
d'électeur «traditionnelles» semblent convaincus
qu'avec la biométrie l'identification des
électeurs sera définitivement assurée. Et ils
prennent en exemple la nouvelle carte d'identité
biométrique dont disposent les citoyens.
Alors, si les
électeurs-citoyens sont déjà dotés d'une carte
d'identité biométrique comme ils l'avancent le
seul fait que leur état civil complet figure
conformément sur la liste électorale mise à jour
doit leur permettre de voter... avec ou sans
carte d'électeur « traditionnelle », ce qui
s'est produit plus d'une fois par le
passé !
Car, ce qui importe, c'est
que chaque électeur muni d'une pièce d'identité
sache qu'il est bien inscrit sur la liste
électorale et qu'il ait connaissance du
lieu où il doit se rendre pour voter: Le reste
n'est que littérature.
Ce qu'il faut souligner c'est
que les électeurs gabonais sont fatigués d'être
obligés de se déplacer à chaque nouvelle
élection afin de vérifier si leur nom figure
bien sur la liste électorale affichée, puis de
se rendre au lieu de distribution des cartes
d'électeur afin de récupérer leur sésame qui
leur donnera le droit d'attendre des heures
durant que les bureaux de vote veuillent bien
ouvrir leurs portes.
Le Gabon est probablement le
seul pays où à chaque nouveau scrutin une carte
d'électeur différente de la précédente est
fabriquée, personnalisée et distribuée. Alors
qu'il est mentionné sur le dernier volet que la
dite et même carte doit servir pour six
scrutins.
Les politiques dont c'est le
métier devraient plutôt s'interroger sur les
raisons de l'abstention massive de
l'électorat. Certains résultats frisent le
ridicule. A preuve, le député UPG élu à la suite
de l'élection partielle du 21 octobre 2007 au
siège du 5e arrondissement de Libreville n'a
recueilli que 418 voix sur 20.716 inscrits, soit
à peine2 % de l'électorat. L'abstention a
atteint ce jour-là 94% !
Certes, une partielle n'a pas
le même effet mobilisateur qu'un scrutin
national. Mais, les résultats des dernières
législatives ont fait apparaître des taux
d'abstention presque aussi considérables
dans certaines grandes villes et notamment
dans la capitale.
La classe politique dans son
ensemble devrait avoir le courage de regarder la
vérité en face plutôt que de se chicaner sur tel
ou tel article du Code électoral ou sur
l'interprétation d'une disposition de la
Constitution, nos leaders de la majorité comme
de l'opposition - devraient s'inquiéter des
conséquences du désintérêt de plus en plus
flagrant des citoyens pour tout ce qui a trait à
la vie publique.
Cette désaffection croissante
est un véritable danger pour notre démocratie.
Et le discrédit de nos élites politiques, que
l'on mesure aujourd'hui au faible contenu des
urnes, est patent.
Que chacun prenne sa part de
responsabilité et balaie devant sa porte. La
majorité - dont est issu le Gouvernement –
doit s'interroger sur l'incapacité de nombreux
ministère à respecter les objectifs fixés par le
chef de l'Etat. L'accumulation des
dysfonctionnements de l'Etat est ressentie
concrètement par les administrés dans leur vie
de tous les jours. Les élus, si présents avant
les scrutins, se font rares dans leurs
circonscriptions.
L'effort de bonne gouvernance
du Premier ministre qui commençait à porter
ses fruits est annihilé par le désastre des
fêtes tournantes.
Quant à l'opposition, si
bruyante quand il s'agit de dénoncer les
turpides de ses adversaires est particulièrement
avare de propositions concrètes : pas de projet
de société,pas de plate-forme, commune pas
d'actions symboliques à destination des
citoyens.
Passant leur temps à se
chamailler - voire à s'entre-déchirer - ses
leaders ne se rassemblent qu'à l'approche d'un
scrutin. Ce qui prouve qu'ils ne se mobilisent
que pour défendre leurs propres intérêts,
oublieux de leurs e au engagements au service de
leurs concitoyens.
L'actuelle polémique relative
à la biométrie paraît bien dérisoire au vu de
l'enjeu du prochain scrutin. En effet, les
prochaines élections locales qui concernent de
très près les habitants de notre beau
pays, doivent être l'occasion d'un véritable
aggiornamento politique
Quels qu'en soient les
résultats, car ce qui importe vraiment, ce n'est
pas tant la victoire de tel ou tel candidat,
mais la compétence et le dévouement au
bien public de ceux qui seront élus. Ce n'est
qu'à ce prix que les citoyens se
réconcilieront avec la politique et donneront
leur adhésion au renouveau démocratique voulu
par le président de la République, arbitre
suprême vers lequel se tourne désormais
l'ensemble des citoyens.