LE phénomène est
depuis observable dans les supermarchés. De
Paris à Djibouti, de Pékin à Douala, de
Ouagadougou à Libreville... les produits
alimentaires sont de plus en plus chers.
Depuis deux ans,
les matières premières agricoles connaissent, en
effet, une envolée exceptionnelle dans quasiment
toutes les régions du monde.
Sur les marchés
mondiaux des matières premières, le blé a flambé
de 287% depuis le 1er janvier 2006.
Dans son sillage,
le maïs et le soja ont pris respectivement 149%
et 129, tandis que les prix du riz ont grimpé de
60%, ceux du café de 139% et ceux du jus de
fruit de 23%.
L'indice de
l'organisation des Nations unies pour
l'alimentation et l'agriculture (FAO) mesurant
l'évolution des prix alimentaires dans le monde
a même bondi de près de 40% l'an dernier. Mais
quelles sont les raisons de cette hausse ?
Plusieurs facteurs
sont avancés pour expliquer cette flambée des
prix. Elle tiendrait principalement aux aléas
climatiques et à des effets structurels dans le
secteur agro-alimentaire.
Selon plusieurs
experts, le stock mondial de blé n'a jamais été
aussi bas depuis 1981. Aux Etats-Unis, troisième
producteur mondial de blé, la production a été
mise à mal par les fortes pluies qui se sont
abattues sur les grandes plaines du sud des
Etats-Unis.
En Ukraine et en
Australie, la sécheresse des terres cultivables
a contraint ces pays à suspendre leurs
exportations.
Enfin, la vague de
pluie et froid qui a secoué l'Europe en 2006 a
provoqué des moissons médiocres.
Résultat : les
prévisions à la baisse de la récolte mondiale
2007-2008 ont pesé sur les cours des matières
premières agricoles.
L'autre facteur clé
est d'ordre structurel. La demande mondiale de
céréales est de plus en plus croissante chaque
année, du fait de la pression démographique
mondiale et de l'évolution des modes de vie dans
les pays émergents comme la Chine et l'Inde.
Cette dernière a
pour effet une modification des pratiques
alimentaires notamment par l'adoption d'une
alimentation à base de viande, nécessitant plus
de bétail donc plus de maïs, blé ou soja pour
les nourrir ...et donc de la composition des
produits agricoles.
De plus, l'essor
des biocarburants "appelés aussi agro
carburants" à travers le monde commence à
concurrencer la production alimentaire, et à
bouleverser le jeu.
Avec l'envolée du
prix du baril de pétrole, ces carburants
alternatifs sont très prisés.
« Les usines de
diesel à base de colza se multiplient le blé et
le maïs sont aussi utilisés, pour produire de
l’éthanol la moitié de la production américaine
de maïs est désormais dédiée à cet usage »
explique l'un des spécialistes des matières
premières sur le marché Nyse-Euronext. Ce sont
les effets conjugués de ces facteurs qui créent
donc la pénurie.
CONSEQUENCES
Une inflation qui se ressent âprement sur
la chaîne de production alimentaire mondiale
contraignant industriels et distributeurs à
augmenter les prix des aliments, au grand dam
des consommateurs.
Selon un expert du
Fonds mondial pour l'alimentation (FAO), les
pays pauvres seront les plus touchés et
particulièrement les populations urbaines, qui
ne produisent pas de denrées.
« Quand 90% des
dépenses vont à la nourriture, une augmentation
de 20% du prix des céréales est tout simplement
dramatique », explique Françoise Gérard,
économiste au Centre de coopération
internationale en recherche agronomique pour le
développement (Cirad).
La FAO prévoit que
pour tout les pays à faible revenu et en déficit
alimentaire, les importations de céréales en
2007/2008 devraient diminuer d'environ 2% en
volume, mais en raison de la hausse des prix des
céréales et des taux de fret internationaux,
leur facture d'importation de céréales devrait
augmenter de 35% pour la 2e année consécutive.
Importateur net de
produits alimentaires en provenance de
l'Occident, l'Afrique se trouve de plus en plus
fragilisée. Le renchérissement des prix des
denrées alimentaires va accroître les effets
négatifs sur le panier de la ménagère
(diminution du pouvoir d'achat) et attiser la
contestation sociale dans plusieurs capitales
africaines, à l'image de Douala (Cameroun) ou
Bobo-Dioulasso (Burkina Faso).
Les industries
agro-alimentaires africaines vont subir
également de plein fouet ces fluctuations
à la hausse des cours mondiaux.
Ce phénomène peut
s'illustrer dans le secteur brassicole pour
lequel les céréales représentent la moitié des
coûts de production. On ne peut s'attendre qu'à
des augmentations inéluctables comme c'est déjà
le cas dans tous les pays de la sous-région et
partout ailleurs dans le monde.
De fait, la plupart
de ces industries agro-alimentaires issues du
secteur privé et très peu subventionnées par les
Etats supportent au fil des mois des coûts de
productions supplémentaires. Mais jusqu'à quand
?
En France, par
exemple, la flambée du blé fait peser une menace
de hausse des prix sur les produits
alimentaires, notamment la baguette de pain, le
poulet, le porc, les pâtes, etc...
La poudre de lait a
augmenté de 75 % depuis un an, le beurre de 50 %
en 10 mois, le maïs de plus de 35 % et le cacao
de 25 % depuis janvier.
Gageons que cette
inflation puisse rapidement être contrôlée par
les pouvoirs publics en apportant leur appui en
vue de soulager le panier de la ménagère.