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Le quotidien l'Union du 14 Mars 2008

 

 

LIBRE PROPOS

Gabon-France : une relation de dupes ?

DEPUIS le contre choc pétrolier de 1978, le président Bongo Ondimba a appelé de ses vœux la diversification de l'économie gabonaise pour préparer le Gabon à l'après-pétrole. II a invité les amis du Gabon à aider notre pays à investir les autres secteurs de l'économie pour sortir de la trop grande dépendance vis-à-vis du secteur pétrolier. Nous devons à la vérité de reconnaître que pendant de nombreuses années, la France qui était quasiment l'unique partenaire économique du Gabon a été particulièrement sourde à ces appels du chef de l’Etat. Pire, la France a poursuivi minutieusement sa politique de monopolisation de l'économie gabonaise au service de l'exploitation et de l'exportation des richesses naturelles de notre pays. Comme durant les quatre siècles d'esclavage et les cent ans de colonisation, le Gabon devait continuer à servir de vache à lait de l'économie française. Le Gabon appartenait à ce que Jacques Foccart appelait le pré-carré de la France.

La chute du mur de Berlin n'a pas seulement apporté aux peuples du monde la démocratie et le capitalisme. Elle a aussi apporté la mondialisation des échanges et des partenariats. A partir de 1990, le Gabon, comme la France avant lui, a réalisé qu’au delà de l’amitié, seul importe la convergence des intérêts entre les Etats. C'est ainsi que depuis près de vingt ans le président Bongo Ondimba parcourt inlassablement tous les pays du monde pour convaincre les investisseurs à venir au Gabon. Pendant longtemps, et c'est parfois encore le cas aujourd’hui, la réponse qui est faite au Gabon est: le Gabon c'est la France. C'est donc lentement et avec l'insistance du président Bongo Ondimba que des investisseurs d'autres pays se sont progressivement intéressés au Gabon.

Comme il fallait s'y attendre, les remarques désobligeantes sur les nouveaux partenariats économiques du Gabon se sont fait entendre depuis les bords de la Seine. Souvenons-nous seulement des commentaires de la presse française, relayant en cela les propos des hommes politiques et des milieux d'affaires, lors de la visite en Afrique et au Gabon du président chinois en 2006.

Pourtant la France reste de loin le premier partenaire économique du Gabon et les entreprises françaises contrôlent toujours:

Les secteurs pétrolier et minier où Total est le premier opérateur pétrolier pendant que et détient le monopole du manganèse du Gabon ;

Le secteur forestier dominé depuis toujours par des exploitants français, dont Rougier est le symbole;

Le secteur maritime où le groupe Bolloré occupe le premier rang;

L'énergie et l’eau sont le domaine réservé de Véolia;

Les télécommunications sont aujourd’hui la propriété de Vivendi à travers sa filiale Télécom ;

Les majors du secteur des BTP sont des filiales de groupes français;

Le secteur bancaire est dominé par BNP-Paribas et le Crédit Agricole qui a remplacé le Crédit Lyonnais (désormais LCL) de triste mémoire;

Le gisement de fer de Bélinga, qui vaut au Gabon l'ire de la France, a été découvert il y a plus de 50 ans les géologues français de la BRGM. La France a volontairement différé l'exploitation de ce gisement, le considérant comme une réserve stratégique et expliquant au Gabon qu'il n’était pas rentable. L'attribution de l'exploitation du gisement de fer de Bélinga s'est faite à la suite d'un appel d'offres international ouvert qui a vu la participation d'investisseurs brésiliens et chinois. Aucune entreprise française n'a souhaité participer à cet appel d'offres, pour des raisons que le Gabon ne comprend toujours pas aujourd'hui. Pourquoi alors reprocher au Gabon et à son président d'avoir confié l'exploitation du fer à la Chine alors qu'aucun investisseur français ne s'est manifesté ?

Comme la France, le Gabon est un Etat indépendant, donc souverain. Le Gabon se veut, comme la France, un pays ouvert ayant des échanges et des partenariats économiques avec les autres pays. La Chine, l’Inde ou le Brésil sont des pays émergents qui échangent avec tous les pays, y compris le France. Pourquoi le Gabon devrait-il s'exclure de ce mouvement ? Les États-Unis d'Amérique, première puissance économique, politique et militaire du monde, devraient-ils être interdits de coopération avec le Gabon pour protéger les intérêts français ?

Pourquoi la France doit-elle être plus présente en Chine et que le Gabon doit se méfier des investisseurs chinois? Ramené aux populations de la France et du Gabon, il y a plus de Chinois en France qu'au Gabon, comme il y a plus de Français que de Gabonais en Chine. En volume comme en pourcentage les investissements chinois sont bien plus importants en France qu'au Gabon. Mais c'est le Gabon qui est envahi par les Chinois !

Le président Bongo Ondimba a raison d’ouvrir son pays aux investisseurs étrangers comme il le fait. II doit être félicité pour cela et encouragé par ceux qui sont ses amis et les amis du Gabon. II semble que ses amis voient les choses autrement. Cela est très dommage.

La réponse de la France, dont la presse se fait l'écho, n'est pas de l'amitié que le Gabon a toujours témoignée à la France et qui demeure malgré tout. Car au Gabon, le Français est chez lui. En témoignent, les facilités d'entrée et de séjour offertes aux Français au Gabon.

Les citoyens français sont les seuls étrangers qui peuvent venir au Gabon sans visa et se le faire établir à l'aéroport.

Les Français sont les seuls étrangers au Gabon qui peuvent chercher et obtenir un travail avec un visa de touriste.

Les citoyens français sont les seuls étrangers au Gabon qui sont exonérés de droit de caution pour l'établissement de la carte de séjour.

Les frais d'établissement de la carte de séjour sont de 100.000 F pour les citoyens français, contre 1.500.000 F pour les Malaisiens, 1.750.000 F pour les Libyens, 1.632.000 F pour les Chinois et 912.000 F pour les Espagnols pour ne citer que ces exemples.

Les mesures de reconduite à la frontière appliquées aux étrangers dont le titre de séjour n'est plus valable ne sont pas appliquées aux citoyens français.

Les deux étudiants gabonais expulsés de France le mois dernier doivent effectivement amener les autorités gabonaises à s'interroger sur la portée des avantages unilatéraux qui sont accordés, par amitié et sans contrainte, aux citoyens français qui souhaitent entrer et séjourner au Gabon.

*Politologue

 

Source : Journal L'Union Plus du 14/03/2008

 

 



  OUVERTURE, A DAKAR HIER DE LA 11E SESSION DE L’ORGANISATION DE
LA CONFERENCE ISLAMIQUE(OCI
)
Me Abdoulaye Wade nouveau président en exercice

 

 

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