DEPUIS le contre
choc pétrolier de 1978, le président Bongo
Ondimba a appelé de ses vœux la diversification
de l'économie gabonaise pour préparer le Gabon à
l'après-pétrole. II a invité les amis du Gabon à
aider notre pays à investir les autres secteurs
de l'économie pour sortir de la trop grande
dépendance vis-à-vis du secteur pétrolier. Nous
devons à la vérité de reconnaître que pendant de
nombreuses années, la France qui était quasiment
l'unique partenaire économique du Gabon a été
particulièrement sourde à ces appels du chef de
l’Etat. Pire, la France a poursuivi
minutieusement sa politique de monopolisation de
l'économie gabonaise au service de
l'exploitation et de l'exportation des richesses
naturelles de notre pays. Comme durant les
quatre siècles d'esclavage et les cent ans de
colonisation, le Gabon devait continuer à servir
de vache à lait de l'économie française. Le
Gabon appartenait à ce que Jacques Foccart
appelait le pré-carré de la France.
La chute du mur de
Berlin n'a pas seulement apporté aux peuples du
monde la démocratie et le capitalisme. Elle a
aussi apporté la mondialisation des échanges et
des partenariats. A partir de 1990, le Gabon,
comme la France avant lui, a réalisé qu’au delà
de l’amitié, seul importe la convergence des
intérêts entre les Etats. C'est ainsi que depuis
près de vingt ans le président Bongo Ondimba
parcourt inlassablement tous les pays du monde
pour convaincre les investisseurs à venir au
Gabon. Pendant longtemps, et c'est parfois
encore le cas aujourd’hui, la réponse qui est
faite au Gabon est: le Gabon c'est la France.
C'est donc lentement et avec l'insistance du
président Bongo Ondimba que des investisseurs
d'autres pays se sont progressivement intéressés
au Gabon.
Comme il fallait
s'y attendre, les remarques désobligeantes sur
les nouveaux partenariats économiques du Gabon
se sont fait entendre depuis les bords de la
Seine. Souvenons-nous seulement des commentaires
de la presse française, relayant en cela les
propos des hommes politiques et des milieux
d'affaires, lors de la visite en Afrique et au
Gabon du président chinois en 2006.
Pourtant la France
reste de loin le premier partenaire économique
du Gabon et les entreprises françaises
contrôlent toujours:
Les secteurs
pétrolier et minier où Total est le premier
opérateur pétrolier pendant que et détient le
monopole du manganèse du Gabon ;
Le secteur
forestier dominé depuis toujours par des
exploitants français, dont Rougier est le
symbole;
Le secteur maritime
où le groupe Bolloré occupe le premier rang;
L'énergie et l’eau
sont le domaine réservé de Véolia;
Les
télécommunications sont aujourd’hui la propriété
de Vivendi à travers sa filiale Télécom ;
Les majors du
secteur des BTP sont des filiales de groupes
français;
Le secteur bancaire
est dominé par BNP-Paribas et le Crédit Agricole
qui a remplacé le Crédit Lyonnais (désormais LCL)
de triste mémoire;
Le gisement de fer
de Bélinga, qui vaut au Gabon l'ire de la
France, a été découvert il y a plus de 50 ans
les géologues français de la BRGM. La
France a volontairement différé l'exploitation
de ce gisement, le considérant comme une réserve
stratégique et expliquant au Gabon qu'il n’était
pas rentable. L'attribution de l'exploitation du
gisement de fer de Bélinga s'est faite à la
suite d'un appel d'offres international ouvert
qui a vu la participation d'investisseurs
brésiliens et chinois. Aucune entreprise
française n'a souhaité participer à cet appel
d'offres, pour des raisons que le Gabon ne
comprend toujours pas aujourd'hui. Pourquoi
alors reprocher au Gabon et à son président
d'avoir confié l'exploitation du fer à la Chine
alors qu'aucun investisseur français ne s'est
manifesté ?
Comme la France, le
Gabon est un Etat indépendant, donc souverain.
Le Gabon se veut, comme la France, un pays
ouvert ayant des échanges et des partenariats
économiques avec les autres pays. La Chine,
l’Inde ou le Brésil sont des pays émergents qui
échangent avec tous les pays, y compris le
France. Pourquoi le Gabon devrait-il s'exclure
de ce mouvement ? Les États-Unis d'Amérique,
première puissance économique, politique et
militaire du monde, devraient-ils être interdits
de coopération avec le Gabon pour protéger les
intérêts français ?
Pourquoi la France
doit-elle être plus présente en Chine et que le
Gabon doit se méfier des investisseurs chinois?
Ramené aux populations de la France et du Gabon,
il y a plus de Chinois en France qu'au Gabon,
comme il y a plus de Français que de Gabonais en
Chine. En volume comme en pourcentage les
investissements chinois sont bien plus
importants en France qu'au Gabon. Mais c'est le
Gabon qui est envahi par les Chinois !
Le président Bongo
Ondimba a raison d’ouvrir son pays aux
investisseurs étrangers comme il le fait. II
doit être félicité pour cela et encouragé par
ceux qui sont ses amis et les amis du Gabon. II
semble que ses amis voient les choses autrement.
Cela est très dommage.
La réponse de la
France, dont la presse se fait l'écho, n'est pas
de l'amitié que le Gabon a toujours témoignée à
la France et qui demeure malgré tout. Car au
Gabon, le Français est chez lui. En témoignent,
les facilités d'entrée et de séjour offertes aux
Français au Gabon.
Les citoyens
français sont les seuls étrangers qui peuvent
venir au Gabon sans visa et se le faire établir
à l'aéroport.
Les Français sont
les seuls étrangers au Gabon qui peuvent
chercher et obtenir un travail avec un visa de
touriste.
Les citoyens
français sont les seuls étrangers au Gabon qui
sont exonérés de droit de caution pour
l'établissement de la carte de séjour.
Les frais
d'établissement de la carte de séjour sont de
100.000 F pour les citoyens français, contre
1.500.000 F pour les Malaisiens, 1.750.000 F
pour les Libyens, 1.632.000 F pour les Chinois
et 912.000 F pour les Espagnols pour ne citer
que ces exemples.
Les mesures de
reconduite à la frontière appliquées aux
étrangers dont le titre de séjour n'est plus
valable ne sont pas appliquées aux citoyens
français.
Les deux étudiants
gabonais expulsés de France le mois dernier
doivent effectivement amener les autorités
gabonaises à s'interroger sur la portée des
avantages unilatéraux qui sont accordés, par
amitié et sans contrainte, aux citoyens français
qui souhaitent entrer et séjourner au Gabon.
*Politologue