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Le quotidien l'Union du 19 et 20 mai 2007

 

MAUX ET DÉBAT

Réseau routier : le grain et l'ivraie

QUAND on glose sur le secteur routier au Gabon – faisant partie des domaines où des chiffres paraissent faramineux; - ce n'eut vraisemblablement pas pour en dresser un portrait flatteur: D'autant que lorsqu'on y regarde de très près, on se: rend bien à l'évidence: la route avance cahin-caha, avec des fortunes diverses, voire à pas de tortue en convalescence.

Les statistiques établies à ce propos, il y a une décennie sont fort éloquentes: le pays disposait, à cette époque, d'un linéaire relativement développé, soit 7600 kms (hors voiries) répartis entre 878 kms de routes bitumées, 3969 des voies latéritées et 2741 en terre.

Le diagnostic établissait en outre due sa condition était"; bonne sur seulement 17% du linéaire total, moyenne sur, 43°/ et dégradée sur 4Q°h. Une situation qui variait bien évidemment selon les routes et était un peu plus reluisante "pour celles bitumées où le trafic est le plus important. Celles en terre sont plutôt dégradées à plus de 70%. Selon l'étude, les routes latéritées étaient en bien meilleur état que celles non latéritées.

Force est de reconnaître qu'à l'heure actuelle, certaines artères sont même devenues des "zones de non droit" où circuler relève d'une vraie gageure, d'autres carrément comme des anti-chambres de l'enfer. En somme, une véritable quadrature du cercle, singulièrement dans la capitale 5abonaise où se concentre une grande masse de la population coin° posant le pays gagnée par l'incertitude: Face a la désolation du spectacle qui se développe à ses yeux; on grince plus des dents qu'on en sourit... Et l'on se résigne à l'admettre !

En dépit de la détermination affichée, depuis plus de deux décennies, par les équipes gouvernementales qui se sont succédé, cette lancinante question, bien plus qu'une préoccupation, continue à se poser toujours avec autant d'acuité, aujourd'hui plus qu'hier. Il y a davantage de monde, à l'heure° où nous couchons ces lignes, qu'autrefois, supposant bien évidemment un accroissement exponentiel du trafic, voire du parc automobile. C'est tout dire...

Ce ne sont nullement les financements qui font défaut: les différents programmes de réhabilitation, avec le concours des partenaires du Gabon, avec l'appui des institutions internationales, en font foi. La situation inquiète davantage, d'autant :..,que, en plus des mauvais choix qui constituent un frein à l'évolution, à l'évolution,certains comportement, des pratiques peu orthodoxes découlant du manque de transparence réelle dans l'attribution des marchés, voilà autant d'anti-valeurs qui ouvrent la voie à cette sorte d'inertie et d'apathie qu'on

déplore invariablement ici et là.

Lies fonds énormes ont été investis régulièrement pour l'entretien de l'existant et la construction de nouveaux axes. Bref la réhabilitation du réseau routier fait visiblement du surplace. Le scepticisme s'épaissit à vue d'oeil, au regard de la dégradation constante d'un bon nombre d'infrastructures routières dont on a confié la restauration à des entreprises qui - on a eu à le constater - ne fout pas vraiment l'affaire. C'est un vrai challenge pour l'actuel patron des Travaux publics qui doit disposer non seulement d'une -farce herculéenne, mais bien plus d'un tout autre pouvoir pour relever le défi.

Faire de bons choix pour la suite. Rien que cela ! En matière de fiabilité, à Libreville notamment, le boulevard Triomphal construit en 1977, dans la perspective de l'organisation par le Gabon du Sommet des chefs d'Etat membres de la défunte (QUA, par l'entreprise yougoslave Autoput, constitue un exemple patent.

Ce tronçon, ayant bénéficié d'une compétence et de la technicité qu'on peut encore mettre à contribution, jouit toujours, 30 ans plus tard, d'une bonne renommée, contrairement a bon nombre d'artères de récente création qui tiennent même pas... la route. Ces ouvrages brillent par leur piteux état. Comme on le voit, il y a dans cette matière, le bon grain qu'il convient, à tout prix; de séparer de l'ivraie.

Les exemples sont légion, A Franceville, une entreprise s'est encore illustrée de fort belle manière dans la construction des axes routiers qui sont bien visibles. Même son de cloche à Koula-Moutou, voire à Oyem. On en est à se demander pourquoi on ne remettrait pas l'ouvrage sur le métier, notamment. Dans la capitale gabonaise, en mettant à nouveau à l'épreuve la technicité yougoslave dont les réalisations plaident (encore) en sa faveur.

Faute de marchés, avec des rejets successifs aux appels d'offres qui nourrissent des frustrations, conjugués au non paiement des arriérés qui lui sont dus, ses responsables se trouvent, de leur aveu, gagnés par l'envie de mettre la clé sans le paillasson et aller voir ailleurs d'où émanent déjà d'incessants appels du pied. Au train où vont les choses, nous courons le risque de voir cette expertise nous filer entre les doigts pour bénéficier à d'autres pays de la sous-région notamment qui en font, avec instance, la demande.

On s'accorde de plus en plus sur un fait : la corruption, cette fameuse gangrène, le manque de contrôle fiable des travaux réalisés, la surfacturation l'attribution des marchés à des sociétés parfois fictives, ont entretenu. cet immobilisme. On ne le dira jamais assez, la construction des voies de communication dignes de ce nom relève de la volonté politique. Ni plus, ni moins !

L'avancée significative que connaissent de nombreux pays ne tient nullement se la sorcellerie. Le ver n'est pas dans le fruit, il est encore temps d'inverser la tendance et redresser la barre: Si toutefois on se détermine à mettre un holà à toutes ces pratiques ,décriées qui ont élu domicile au sein de l'administration en charge de cet épineux dossier.

Les fêtes tournantes organisées à Libreville en 2006 et 2007 par l'Estuaire n'ont rien changé à la situation actuelle qui se présente comme un casse-tête. A Libreville, les nouveaux chantiers s'avèrent aussi rares que les larmes d'un chien. On en est à espérer que l'instauration d'un Fer (Fonds d'entretien routier) de deuxième génération – dont on attend de voir l'efficacité – pourra le corriger. Ce n'est qu'un espoir, rien n'étant acquis à ce stade.

Source : Journal L'Union Plus du 19 et 20/05/2007

 



   

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