MAUX ET DÉBAT
Réseau
routier : le grain et l'ivraie
QUAND on glose sur le secteur
routier au Gabon – faisant partie des domaines
où des chiffres paraissent faramineux; - ce
n'eut vraisemblablement pas pour en dresser un
portrait flatteur: D'autant que lorsqu'on y
regarde de très près, on se: rend bien à
l'évidence: la route avance cahin-caha, avec des
fortunes diverses, voire à pas de tortue en
convalescence.
Les statistiques établies à
ce propos, il y a une décennie sont fort
éloquentes: le pays disposait, à cette époque,
d'un linéaire relativement développé, soit 7600
kms (hors voiries) répartis entre 878 kms de
routes bitumées, 3969 des voies latéritées et
2741 en terre.
Le diagnostic établissait en
outre due sa condition était"; bonne sur
seulement 17% du linéaire total, moyenne sur,
43°/ et dégradée sur 4Q°h. Une situation qui
variait bien évidemment selon les routes et
était un peu plus reluisante "pour celles
bitumées où le trafic est le plus important.
Celles en terre sont plutôt dégradées à plus de
70%. Selon l'étude, les routes latéritées
étaient en bien meilleur état que celles non
latéritées.
Force est de reconnaître qu'à
l'heure actuelle, certaines artères sont même
devenues des "zones de non droit" où circuler
relève d'une vraie gageure, d'autres carrément
comme des anti-chambres de l'enfer. En somme,
une véritable quadrature du cercle,
singulièrement dans la capitale 5abonaise où se
concentre une grande masse de la population
coin° posant le pays gagnée par l'incertitude:
Face a la désolation du spectacle qui se
développe à ses yeux; on grince plus des dents
qu'on en sourit... Et l'on se résigne à
l'admettre !
En dépit de la détermination
affichée, depuis plus de deux décennies,
par les équipes gouvernementales qui se sont
succédé, cette lancinante question, bien plus
qu'une préoccupation, continue à se poser
toujours avec autant d'acuité, aujourd'hui plus
qu'hier. Il y a davantage de monde, à l'heure°
où nous couchons ces lignes,
qu'autrefois, supposant bien évidemment un
accroissement exponentiel du trafic, voire du
parc automobile. C'est tout dire...
Ce ne sont nullement les
financements qui font défaut: les différents
programmes de réhabilitation, avec le concours
des partenaires du Gabon, avec l'appui des
institutions internationales, en font foi. La
situation inquiète davantage, d'autant :..,que,
en plus des mauvais choix qui constituent un
frein à l'évolution, à l'évolution,certains
comportement, des pratiques peu orthodoxes
découlant du manque de transparence réelle
dans l'attribution des marchés, voilà
autant d'anti-valeurs qui ouvrent la voie
à cette sorte d'inertie et d'apathie qu'on
déplore invariablement ici et
là.
Lies fonds énormes ont été
investis régulièrement pour l'entretien de
l'existant et la construction de nouveaux axes.
Bref la réhabilitation du réseau routier fait
visiblement du surplace. Le scepticisme
s'épaissit à vue d'oeil, au regard de la
dégradation constante d'un bon nombre
d'infrastructures routières dont on a confié la
restauration à des entreprises qui - on a eu à
le constater - ne fout pas vraiment l'affaire.
C'est un vrai challenge pour l'actuel patron des
Travaux publics qui doit disposer non seulement
d'une -farce herculéenne, mais bien plus d'un
tout autre pouvoir pour relever le défi.
Faire de bons choix pour la
suite. Rien que cela ! En matière de fiabilité,
à Libreville notamment, le boulevard Triomphal
construit en 1977, dans la perspective de
l'organisation par le Gabon du Sommet des chefs
d'Etat membres de la défunte (QUA, par
l'entreprise yougoslave Autoput, constitue un
exemple patent.
Ce tronçon, ayant bénéficié
d'une compétence et de la technicité qu'on peut
encore mettre à contribution, jouit toujours, 30
ans plus tard, d'une bonne renommée,
contrairement a bon nombre d'artères de récente
création qui tiennent même pas... la route. Ces
ouvrages brillent par leur piteux état. Comme on
le voit, il y a dans cette matière, le bon grain
qu'il convient, à tout prix; de séparer de
l'ivraie.
Les exemples sont légion,
A Franceville, une entreprise s'est encore
illustrée de fort belle manière dans la
construction des axes routiers qui sont bien
visibles. Même son de cloche à Koula-Moutou,
voire à Oyem. On en est à se demander pourquoi
on ne remettrait pas l'ouvrage sur le métier,
notamment. Dans la capitale gabonaise, en
mettant à nouveau à l'épreuve la technicité
yougoslave dont les réalisations plaident
(encore) en sa faveur.
Faute de marchés, avec des
rejets successifs aux appels d'offres qui
nourrissent des frustrations, conjugués au non
paiement des arriérés qui lui sont dus, ses
responsables se trouvent, de leur aveu, gagnés
par l'envie de mettre la clé sans le paillasson
et aller voir ailleurs d'où émanent déjà
d'incessants appels du pied. Au train où vont
les choses, nous courons le risque de voir cette
expertise nous filer entre les doigts pour
bénéficier à d'autres pays de la sous-région
notamment qui en font, avec instance, la
demande.
On s'accorde de plus en plus
sur un fait : la corruption, cette fameuse
gangrène, le manque de contrôle fiable des
travaux réalisés, la surfacturation
l'attribution des marchés à des sociétés parfois
fictives, ont entretenu. cet immobilisme. On
ne le dira jamais assez, la construction des
voies de communication dignes de ce nom relève
de la volonté politique. Ni plus, ni moins !
L'avancée significative que
connaissent de nombreux pays ne tient nullement
se la sorcellerie. Le ver n'est pas dans le
fruit, il est encore temps d'inverser la
tendance et redresser la barre: Si toutefois on
se détermine à mettre un holà à toutes ces
pratiques ,décriées qui ont élu domicile au sein
de l'administration en charge de cet épineux
dossier.
Les fêtes tournantes
organisées à Libreville en 2006 et 2007 par
l'Estuaire n'ont rien changé à la situation
actuelle qui se présente comme un casse-tête. A
Libreville, les nouveaux chantiers s'avèrent
aussi rares que les larmes d'un chien. On en est
à espérer que l'instauration d'un Fer (Fonds
d'entretien routier) de deuxième génération –
dont on attend de voir l'efficacité – pourra le
corriger. Ce n'est qu'un espoir, rien n'étant
acquis à ce stade.