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Le quotidien l'Union du 18 mai 2007

 

SOCIÉTÉ NATIONALE DE BOIS DU GABON (SNBG)

A qui profite la levée du monopole ?

La décision gouvernementale, pressée il est vrai par la Banque mondiale et le fonds monétaire international, de retirer l'exclusivité de la commercialisation de l'Okoumé et de l'Ozigo à la Société nationale des bois du Gabon suscite, à bien des égards, plusieurs interrogations: Quel a été réellement l'impact économique et social de cette décision ? A-t-elle eu les effets escomptés ? Cette redistribution des cartes s'est-elle faite au profit du tissu économique national ou à celui des entreprises étrangères?

LES mouvements d'ensemble qui se dessinent sur le plan économique nous invite à réfléchir. Aujourd'hui de plus en plus, se sont imposés a l'économie mondiale les notions de bonne gouvernance, de libre concurrence, de globalisation des échanges et... de désengagement de l'Etat du secteur productif et commercial.

Dans les économies des pays en développement, ce credo ultralibéral ne s'effectue pas sans heurtS. Pour le cas spécifique du Gabon, cela s'est traduit par la privatisation, souvent dans la douleur, des entreprises considérées comme des fleurons nationaux : Gabon Telecom, Air Gabon, Octra, Hévégab...

Un arrêt sur le cas de la SNBG qui, en 2006, s'est vu retirer le monopole sur la commercialisation de l'Okoumé et de l'Ozigo, nous conduit à formuler les interrogations suivantes : Quel a, été l'impact économique et social dé cette mesure'. A-t-elle eu les effets escomptés ? Cette redistribution des cartes s'est-elle faite au profit du tissu économique national ou au profit des entreprises étrangères ?

Si en 2005, la part de marché de la SNBG en Okoumé était encore de 74% contre 26% pour les autres opérateurs, elle ne représentait plus que 57% contre ...43%, dans les mêmes proportions en 2006.

Des entreprises telles que Rougier, deuxième gros chargeur en Okoumé après la SNBG, a vu sa part de marché pratiquement doubler :de 60 589 M3 en 2005, elle est passée à 107 892M3 en 2006.

Cette tendance à la hausse des exportations, entre 2005 et 2006, est quasi générale pour l'ensemble des opérateurs, à l'exclusion de la SNBG.

Selon les chiffres des embarquements à Owendo, Port Gentil et Mayumba, à volume d'exportation stable pour toute la filière bois durant cette période (20052006), la perte de la part de marché de la SNBG en 2006 s'est faite principalement au bénéfice de Rougier, CBG, BSO et LEROY Gabon, et a permis à d'autres opérateurs tel que Sunly, Olam, Bordamur, Honest Timber Gabon, Cora Wood, Sfik, BSG... qui n'exportaient pas en 2005 de le faire en 2006.

Cette libéralisation de la commercialisation des produits forestiers sur toute l'étendue du territoire est donc, à proprement dit, une aubaine pour les opérateurs' de la filière à majorité étrangère ou pour les entreprises à capitaux majoritairement étranger qui réalisent ainsi de substantiels profits à l'exportation. Mais est-ce réellement l'effet recherché par l'Etat ?

LIBÉRALISATION• Le 4 décembre 2004, sous la pression de la Banque mondiale et du FMI, le gouvernement décidait de lever le monopole conféré à la SNBG sur l'exportation de l'Okoumé et de l'Ozigo. Argument avancé .: L'Etat ne doit plus se mêler de la production et de la commercialisation. Pour les consultants et les institutions financières, la SNBG se trouve dans une position de juge et partie dans ses relations avec les coupeurs familiaux et les petits exploitants forestiers.

Dans la justification de cette décision (levée du monopole) la Banque mondiale a estimé, qu'il y a chevauchement de mandat dans les attributions de la SNBG avec les administrations telles que le ministère des finances et celui de l'économie forestière.

Effectivement, la SNBG est chargée selon les textes portant réglementation de la commercialisation des bois en République gabonaise, de prélever pour le compte du ministère des finances, les taxes, redevances DTS et autres prélèvements sur les règlements qu'elle effectue aux forestiers.

Il y a donc, pour les institutions de Bretton woods, nécessité de faire respecter l'article 235 du code forestier sur la liberté de commercialisation des produits forestiers sur toute l'étendue du territoire.

L'objectif stratégique de l'Etat, consigné dans ce code adopté en 2001 est d'amener les exploitants forestiers à transformer localement 75% de leur production de grumes d'ici 2012 (entre 30% et 40%actuellement), et les obliger à procéder dans le même temps à un aménagement rationnel des concessions forestières. Comme cela se fait, d'ailleurs, avec succès au Cameroun.

Mais cette nécessité répond aussi davantage au programme d'ajustement structurel imposé par les bailleurs de fonds, avec les processus de privatisation et de restructuration des entreprises publiques (Air Gabon, Gabon Télécom, Gabon poste, Octra...). Lesquelles ne se sont pas faites sans casse sociale.

Le ter janvier 2006, la mesure de levée du monopole devenait donc officielle.

Dix, mois plus tard, en juin, l'Etat fixait des quotas d'exportations, pour d'une part préserver la ressource forestière A la biodiversité environnante, et d'autre part, favoriser l'industrialisation de la filière par la transformation locale des grumes, répondant ainsi à l'évolution des marchés plus porteurs vers les produits transformés. Et obéir surtout à un impératif de rentabilité, en exportant des produits à plus rte valeur ajoutée, et à créer des emplois pour les nationaux.

Déjà que son volume total exporté en bois divers reste encore marginal et représente moins de 1 % de part de marché, ce repli d'activité de la SNBG s'est traduite par une baisse de son chiffre d'affaires passant de 60 milliards de francs en 2005 à 44,8 milliards de francs en 2006. Soit un recul net de 24 % sur la période.

CRAINTE. Qu'en est il aujourd'hui exactement de l'aménagement forestier et du taux de transformation de la ressource forestière tels que souhaité par l'Etat? S'il est trop tôt de faire un bilan sur les superficies aménagées et le volume de bois transformé depuis la perte de monopole de la SNBG, il n'est, cependant, pas inutile, de s'interroger sur les moyens et la capacité dont disposent l'Etat pour les faire respecter. Surtout que plusieurs inquiétudes se dégagent déjà au niveau du volume de quotas d'exportations attribué à chaque opérateur, aménagiste et industriel.

Selon plusieurs sources autorisées du secteur, quatre entreprises auraient dépassé leur quota durant l'exercice 2006. Il s'agirait des entreprises CBG, BSO, EGG et Leroy Gabon SA. Les surplus exportés seraient, en moyenne, de l'ordre de 10%.

Par ailleurs, ce qui semble plus grave: Plus de 600 000 m3 de bois en grumes auraient été exportés par des entreprises non détentrices de quotas à l'exportation. Soit environ 1/3 du volume national exporté en 2006.

La libéralisation du marché, si elle n'est donc pas suivie d'une politique de contrôle de l'Etat tarit au niveau du respect des quotas, de l'emploi des nationaux, de la commercialisation ou de la perception des impôts, pourrait se faire, selon l'expression d'un observateur très avisé du secteur, au détriment de «Gabon d'abord».

L'implication des nationaux dans les activités du secteur forestier continuerait à être marginale quand bien même, ces derniers sont titulaires de plus de 60% des concessions forestières.

Qu'il s'agisse de l'exploitation, du transport de grumes, de la transformation, de l'a gréage ou du négoce, les Gabonais restent encore réduits au fermage des concessions forestières et des activités-annexes.

Déjà, entre 2003 et 2004, les unités de transformation employant la main d'oeuvre locale ont même accusé un repli de 19,7%.

PLAN SOCIAL NÉCESSAIRE• La restructuration de la société, avec la mise en place d'un plan social, qui va se traduire par l'adaptation des effectifs au niveau de l'activité de l'entreprise, entraînant dans la foulé, des tensions sociales au sein des familles est devenue... inévitable.

Pour amortir ce choc, la Direction Générale de l'entreprise prévoit une réinsertion du personnel concerné. Cette approche doit retenir toute l'attention du gouvernement, bénéficier de son appui et de la compréhension des chefs d'entreprises du secteur.

Maintenir la SN BG en activité en la restructurant devrait tenir compte de sa position historique, économique et sociale. Et apparaît, en contrepartie, comme un devoir national, pour ne pas dire patriotique. Car il ne s'agit pas d'appliquer aveuglément les préceptes de la mondialisation mais de faire ce qui est conforme à la défense des intérêts des populations rurales, de notre balance commerciale et de celle de paiement.

Le pétrole, le manganèse et ensuite le bois . Ce serait mettre entre les mains des non nationaux 97% des exportations nationales et près de 3/4 des recettes budgétaires.

Une liquidation de cette société, si elle est envisagée, ne serait pas avantageuse pour le Gabon car elle aurait, comme résultat contraire, d'exclure presque définitivement les gabonais de la filière bois - 2e employeur après la fonction publique - et à réserver les fruits attendus de la libéralisation du bois au profit des seules entreprises étrangères ou à leurs filiales. Ce serait, en quelque sorte, comme brader 75%... du territoire national.

Mais qu'attendent les Gabonais pour s'approprier leur forêt.

Source : Journal L'Union Plus du 18/05/2007

 



   

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