CHRONIQUE ÉCONOMIQUE
Le
permis de conduire : une affaire de gros sous
LORS du Conseil
"Transports" qui s'est tenu en octobre 2003
au Luxembourg, L'Union européenne a décidé de la
mise en place de nouvelles dispositions visant à
améliorer la sécurité routière, à réduire les
possibilités de fraude et à garantir la liberté
de circulation (Directive du Parlement européen
IP/03/1435-doc.COM/03/621).
Aujourd'hui, plus de 150
Etats et gouvernements s'organisent pour
introduire, quand ils ne l'ont pas déjà fait,
l'Intelligence technologique artificielle pour
produire leurs documents officiels sécurisés
comme le permis de conduire informatisé et
infalsifiable.
Comme de nombreux pays
africains soucieux de mettre fin à l'insécurité,
à la fraude et à la corruption, le Gabon a fait
ce choix: une convention a donc été signée entre
un concessionnaire privé - MS Consulting - et l'Etat
par l'intermédiaire du ministère des Transports
pour fabriquer le document infalsifiable. Cette
convention supposait la suppression de la
délivrance du permis de conduire, modèle en
papier à trois volets, au profit d'un modèle
sécurisé.
A la demande expresse du
ministre d'Etat aux Finances, le Directeur
général de la Comptabilité publique et le
Trésorier payeur général ont exigé que le coût
de ce permis au Gabon ne soit pas supérieur à 5
000 Fcfa. Demande à laquelle a accédé MS
Consulting, enregistrant ainsi son premier
manque à gagner. "De 60%" affirme le patron de
la boîte.
Malgré ce premier petit
incident, le concessionnaire s'est doté d'un
équipement de haute technologie pour que tous
les dossiers qui lui seraient soumis soient
fabriqués au bout de 48 heures, conformément au
cahier de charges arrêté avec le gouvernement.
Et actuellement, un total de 5000 permis
infalsifiables ont été édités et sont mis à la
disposition de la DGTT.
Mais pour des raisons
totalement inconnues, aux demandeurs de permis
qui se rendent à la DGTT pour entrer en
possession leur document, on leur répond
systématiquement qu'ils ne sont pas encore
imprimés et qu'il faut s'adresser au
concessionnaire. Des manoeuvres qui font croire
que malgré l'utilisation de la nouvelle
technologie, les vieilles habitudes font de la
résistance quand il s' agit d'un manque à gagner
important pour ces fraudeurs.
Dans les coulisses du
ministère des Transports, il se murmure que les
patrons cherchent actuellement, une formule pour
dénoncer le concessionnaire, afin d'engager un
nouveau partenaire. Mais personne ne cite
clairement les reproches qui sont faits à la
convention signée avec MS Consulting. Alors,
pourquoi chaque ministre nommé à ce département
doit-il toujours revoir des conventions signées
par son prédécesseur ? Ces conventions
sont-elles signées au nom de l'Etat ou à titre
personnel ?
Interrogé, le patron de MS
Consulting a, promis de se plier au choix de
l'Etat souverain, si ce dernier décidait de
dénoncer la convention. Une telle option
conduirait évidemment les parties en cause
devant des tribunaux. Car, c'est une question du
droit de respect des engagements pris au nom de
l' Etat.
C'est précisément, en janvier
2007 que l'Etat devait rendre obligatoire le
permis macaron. Mais on continue à ce
jour,d'imprimer des permis à trois volets dans
une semi clandestinité. Et les agents de la DGTT
continuent de les vendre sous le manteau, a 350
000 Fcfa aux nationaux et 500 000 fcfa aux
expatriés. L'imprimerie Saint Joseph continue de
livrer des lots entiers d'anciens permis au
ministère.
L'inconvénient d'une telle
manoeuvre est préjudiciable pour les caisses de
l'Etat dans la mesure où ce document est à la
porté des faussaires de la Gare Routière, toutes
les nationalités confondues. Ce serait une
aberration si l'on ne prenait en compte le
nouveau permis macaron fabriqué par MS
Consulting qui remplit parfaitement les critères
exiges par l'Etat quand on sait qu'il est
infalsifiable.
Il est inacceptable que le
Gabon qui a initié le projet d'impression de
permis infalsifiables il y a deux ans, se fasse
rattraper puis dépasser par le Cameroun qui ne
l'a commencé, que depuis quatre mois. Et bien
plus, par le Congo-Brazzaville qui l'a mis en
oeuvre il y a deux ans. La Côte d'Ivoire, il y a
trois ans. Le Nigeria depuis un an. Pour ne
citer que ces pays-là. De telles pratiques ne
sont pas de nature à encourager des
investisseurs étrangers et nationaux.
Des membres du gouvernement,
mieux placés que quiconque pour apprécier les
efforts fournis par le chef de l'Etat visant à
mettre en place un environnement propice aux
affaires, à la bonne gouvernance et à la
transparence, à la lutte contre la corruption et
la fraude, semblent paradoxalement se passer de
cette politique salutaire pour le pays. Affaire
à suivre.