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Le quotidien l'Union du 12 et 13 mai 2007

 

CHRONIQUE ÉCONOMIQUE

Le permis de conduire : une affaire de gros sous

LORS du Conseil "Transports" qui s'est tenu en octobre 2003 au Luxembourg, L'Union européenne a décidé de la mise en place de nouvelles dispositions visant à améliorer la sécurité routière, à réduire les possibilités de fraude et à garantir la liberté de circulation (Directive du Parlement européen IP/03/1435-doc.COM/03/621).

Aujourd'hui, plus de 150 Etats et gouvernements s'organisent pour introduire, quand ils ne l'ont pas déjà fait, l'Intelligence technologique artificielle pour produire leurs documents officiels sécurisés comme le permis de conduire informatisé et infalsifiable.

Comme de nombreux pays africains soucieux de mettre fin à l'insécurité, à la fraude et à la corruption, le Gabon a fait ce choix: une convention a donc été signée entre un concessionnaire privé - MS Consulting - et l'Etat par l'intermédiaire du ministère des Transports pour fabriquer le document infalsifiable. Cette convention supposait la suppression de la délivrance du permis de conduire, modèle en papier à trois volets, au profit d'un modèle sécurisé.

A la demande expresse du ministre d'Etat aux Finances, le Directeur général de la Comptabilité publique et le Trésorier payeur général ont exigé que le coût de ce permis au Gabon ne soit pas supérieur à 5 000 Fcfa. Demande à laquelle a accédé MS Consulting, enregistrant ainsi son premier manque à gagner. "De 60%" affirme le patron de la boîte.

Malgré ce premier petit incident, le concessionnaire s'est doté d'un équipement de haute technologie pour que tous les dossiers qui lui seraient soumis soient fabriqués au bout de 48 heures, conformément au cahier de charges arrêté avec le gouvernement. Et actuellement, un total de 5000 permis infalsifiables ont été édités et sont mis à la disposition de la DGTT.

Mais pour des raisons totalement inconnues, aux demandeurs de permis qui se rendent à la DGTT pour entrer en possession leur document, on leur répond systématiquement qu'ils ne sont pas encore imprimés et qu'il faut s'adresser au concessionnaire. Des manoeuvres qui font croire que malgré l'utilisation de la nouvelle technologie, les vieilles habitudes font de la résistance quand il s' agit d'un manque à gagner important pour ces fraudeurs.

Dans les coulisses du ministère des Transports, il se murmure que les patrons cherchent actuellement, une formule pour dénoncer le concessionnaire, afin d'engager un nouveau partenaire. Mais personne ne cite clairement les reproches qui sont faits à la convention signée avec MS Consulting. Alors, pourquoi chaque ministre nommé à ce département doit-il toujours revoir des conventions signées par son prédécesseur ? Ces conventions sont-elles signées au nom de l'Etat ou à titre personnel ?

Interrogé, le patron de MS Consulting a, promis de se plier au choix de l'Etat souverain, si ce dernier décidait de dénoncer la convention. Une telle option conduirait évidemment les parties en cause devant des tribunaux. Car, c'est une question du droit de respect des engagements pris au nom de l' Etat.

C'est précisément, en janvier 2007 que l'Etat devait rendre obligatoire le permis macaron. Mais on continue à ce jour,d'imprimer des permis à trois volets dans une semi clandestinité. Et les agents de la DGTT continuent de les vendre sous le manteau, a 350 000 Fcfa aux nationaux et 500 000 fcfa aux expatriés. L'imprimerie Saint Joseph continue de livrer des lots entiers d'anciens permis au ministère.

L'inconvénient d'une telle manoeuvre est préjudiciable pour les caisses de l'Etat dans la mesure où ce document est à la porté des faussaires de la Gare Routière, toutes les nationalités confondues. Ce serait une aberration si l'on ne prenait en compte le nouveau permis macaron fabriqué par MS Consulting qui remplit parfaitement les critères exiges par l'Etat quand on sait qu'il est infalsifiable.

Il est inacceptable que le Gabon qui a initié le projet d'impression de permis infalsifiables il y a deux ans, se fasse rattraper puis dépasser par le Cameroun qui ne l'a commencé, que depuis quatre mois. Et bien plus, par le Congo-Brazzaville qui l'a mis en oeuvre il y a deux ans. La Côte d'Ivoire, il y a trois ans. Le Nigeria depuis un an. Pour ne citer que ces pays-là. De telles pratiques ne sont pas de nature à encourager des investisseurs étrangers et nationaux.

Des membres du gouvernement, mieux placés que quiconque pour apprécier les efforts fournis par le chef de l'Etat visant à mettre en place un environnement propice aux affaires, à la bonne gouvernance et à la transparence, à la lutte contre la corruption et la fraude, semblent paradoxalement se passer de cette politique salutaire pour le pays. Affaire à suivre.

Source : Journal L'Union Plus du 12 et 13/05/2007

 



   

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