ÉDITORIAL
L'inaction des «Actes»
« LES hommes, si lassants a
voir dans les manoeuvres de l'ambition, combien
sont-ils attrayants dans l'action pour une
grande cause"?
Si au"' Fil de l'épée"'.
Charles de Gaulle, dont on peut s'offrir
l'économie de la présentation, l'a exalté, Bongo
Ondimba a voulu visiblement l'appliquer à
l'actuel gouvernement. Sans doute pour
apprécier, plus d'un an après la réélection du
chef de l'État, son efficacité et sa
détermination dans la matérialisation du projet
de société, socle de ce quasi plébiscite.
Certainement aussi pour mesurer l'estime portée
à ce projet par son destinataire légitime: le
peuple.
A cette tâche d'évaluation
non seulement du travail accompli; mais aussi de
la méthode employée par Eyéghé Ndong et son
équipe, il faut tout simplement dire que la
missive présidentielle du 6 avril dernier n'a
fait que révéler ce que, avec d'autres confrères
ayant su garder lucidité, nous relevons tous les
jours dans ces mêmes colonnes. Il ne nous
appartient pas de livrer tout le contenu de ce
document à nos lecteurs : mais les membres du
gouvernement conviendront avec nous que l'"amertume"
clairement exprimée et "l'immobilisme
pervers " dénoncés parle chef de l'Etat,
traduisent très nettement sa déception et son
inquiétude.
La déception, c'est cette
absence de " dynamique de l'action du
concret ". Exactement ce que d'aucuns
admettent, en toute honnêteté, être une
politique du spectacle tribunaire inscrite dans
une oisiveté d'État aussi bien remarquée que
remarquable. On tourne en rond et on gère la
parole pour mieux enraciner l'indolence
routinière dans l'action gouvernementale. Plus
d'une année à s'y évertuer ne pouvait échapper à
un chef de l'État dont on a trop pris le silence
de sagesse pour caution, encouragement ou
pusillanimité. Se replongeant dans la culture de
son terroir, l'homme vient réagir: Non pas pour
sévir, mais pour pousser ceux qui veulent encore
réellement faire quelque chose pour le pays,
leur nombre n'est d'ailleurs pas négligeable. Et
pour signifier aux adeptes de "l'immobilisme
pervers ", cette bonne virgule de François
Mitterrand : " Le silence n'est pas
ignorance, n'est pas inconscience, n'est pas
insouciance, encore moins poltronnerie ".
De " la dernière fois "
présidentielle, il se dégage un parfum très
précis de "dernière chance ". Celle de
2008, date du grand bilan. Un bilan qu'aucun
Gabonais ne croit possible, sauf dans son aspect
négatif. Et la preuve de ce qui précède est là:
l'interpellation date du 6 avril, depuis lors
quelle a été concrètement la réaction du
gouvernement ?Rien du tout.
Sans trop vouloir entrer dans
une quelconque polémique ou accabler une équipe
déjà tancée par le chef de l'Etat lui même, il
faut tout de même poser la question lancinante
qui taraude tous les Gabonais: comment des
inactifs peuvent-ils poser des " Actes " ?
A ceux qui y croient, la compassion de ne pas
avoir entendu la terrible parole de Marcel
Arland: " Chacun de mes actes est une
destruction ". Là aussi, on en pose.