FAIT DIVERS
Trois
personnes meurent noyées prés de
Mandji
Le 2 mai dernier, une pirogue
transportant seize personnes a chaviré dans la
rivière Dourembou, qui coule dans le canton
éponyme, situé dans la zone pétrolifère du
département de Ndolou. Un enfant de dix-huit
mois et deux employés de la société Gabon
service de bois et génie civil (GSB-GC), ont
péri dans cet accident. L'embarcation a coulé
nuitamment entre les villages Moukouna d'où elle
était partie et Matsouka, distants de prés de
vingt kilomètres. Enquête sur une tragédie.
LA
rivière Dourembou, qui arrose la région
pétrolifère du département de Ndolou ( Mandji),
vient d'être le théâtre d'un naufrage. Mercredi
dernier, une fillette de dix-huit mois et deux
employés de la Société-Gabon service bois et
Génie civil (GSB-GC), les nommés Michel
Boussamba et Paul-Aimé Benga, respectivement
aide-conducteur et chef d'atelier, ont trouvé la
mort lorsque le hors-bord qui les transportait
en compagnie de treize autres pelé sonnes a
coulé.
Les corps des trois victimes
ont é é répêchés en fin de semaine par des
éléments des sapeurs- pompiers dépêchés par
GSB-GC et de la brigade de gendarmerie de Mandji,
aidés par des riverains et des employés de
ladite société. C'est la dépouille de l'enfant
qui a ouvert le bal de ces découvertes macabres,
jeudi dernier, soit vingt-quatre heures après le
naufrage. Des femmes se rendant à leurs
plantations à bord d'une pirogue ont aperçu le
corps de 1 enfant flottant entre deux eaux.
Après le repêchage de ce
corps, celui de Michel Boussamba a été retrouvé
non loin du lieu du drame vingtquatre heures
après. Et samedi dernier, le tour est revenu à
la dépouille de Paul-Aimé Benga d'être repérée
et repêchée par les secouristes. Transportés à
Mandji au fur et à mesure, les corps des trois
victimes ont, ensuite, été mis à la disposition
des familles endeuillées. A la lumière des
explications de .certains rescapés, il ressort
que ce drame aurait été provoqué par
l'imprudence du piroguier, qui s'est permis de
naviguer la nuit, sous une pluie torrentielle.
Or, les dispositions
sécuritaires en vigueur dans le périmètre où
opêrent les sociétés pétrolières interdisent la
navigation au delà de dix-huit heures. Pis
encore, le hors-bord qui a chaviré avait vingt
et une personnes à bord alors qu'il est prévu
pour en transporter douze. Selon certains
rescapés, la plupart des voyageurs ne
disposaient pas de gilets de sauvetage leur
nombre excédant le nombre prévu. Outre les
passagers, l'embarcation était surchargée des
denrées alimentaires ainsi que de bouteilles de
gaz, qui auraient fortement contribué au
déséquilibre de la pirogue.
PLUIE TORRENTIELLE*
D'après nos investigations, les seize personnes
crue transportait l'embarcation revenaient de la
ville de Mandji où elles s'étaient rendues pour
prendre part aux manifestations de la fête du
travail. Ce mercredi 2 mai 2007, il est onze
heures lorsque les employés de GSB-GC se
retrouvent au quartier commercial de Mandji. Le
chauffeur du camion qui les transporte klaxonne
avec insistance pour battre le rappel des
retardataires. Certains sirotent encore le vin
dans les bistrots environnants. De fait, la fête
a été belle. Certains travailleurs ont dansé
toute la nuit et présentent des visages tirés.
Ils trament les pieds pour rejoindre le camion
dont le moteur est dé,à en marche.
Bientôt, tout le monde est au
grand complet. Les rires se mêlent aux dernières
recommandations. Lorsque le camion démarre, les
voyageurs entonnent des chansons populaires. La
dernière escale avant le long voyage est prévue
au bar situé au quartier Guignounga. Une
ambiance bon enfant règne dans le camion. Un
instant, le chauffeur s'amuse à basculer la
benne pour effrayer les passagers. Ceux-ci
crient aussitôt au scandale. " Oh ! Es-tu
devenu fou ? On t'a dit que nous sommes des
cailloux que tu peux benner comme ça ? Essaie
encore ! ", tonne un jeune homme,
visiblement en état d'ivresse.
Peu après, le camion démarre
en direction de Moukouna, le village où les
travailleurs de GSB-GC empruntent souvent les
pirogues pour remonter la rivière Dourembou
jusqu'au village Fouanou où ils sont installés.
II est quinze heures lorsqu'ils arrivent au
débarcadère. Aussitôt, Christian Guissaguiliba
le pilote du hors-bord, demande aux voyageurs de
prendre place dans l'embarcation. Une trentaine
d'agents de la société a effectué le déplacement
de Mandji et il lui faudra trois rotations pour
ramener, tous ses collègues au chantier. Les
deux premiers tours se passent sans problème.
Lorsqu'il revient pour la
dernière rotation, Guissaguiliba se retrouve
face à un flux de voyageurs. Même des
commerçants veulent rallier Fougamou où ils
espèrent trouver des opportunités d'affaires. II
est déjà vingt heures ce mercredi 2 mai 2007.
Une pluie torrentielle tombe dans la région.
Vingt et-une personnes réussissent à embarquer
pour Fougamou. Mais certains voyageurs qui sont
entassés Ies uns contre les autres - n'ont même
pas de gilets de sauvetage. C'est dans ces
conditions qu'ils décident d'effectuer le
voyage. L'embarcation remonte vers l'amont du
Dourembou.
Alors que le hors-bord fend
les flots, la pluie redouble d'intensité,
trempant les voyageurs recroquevillés sur
eux-mêmes. A peine ont-ils dépassé le beach
d'Avocette que les conditions météorologiques
deviennent franchement critiques. Un vent
violent balaie les eaux, faisant tanguer la
pirogue. Soudain, un passager demande au pilote
de se rapprocher de la rive. " Le moteur a
changé de régime" fait-il observer. Mais le
pilote du hors-bord n'en a cure; il continue sa
route. Deux kilomètres le séparent encore du
village Matsouka. Arrivée à un coude de la
rivière, la pirogue perd brusquement l'équilibre
et coule par la proue.
DRAME DE L'IMPRUDENCE•
Aussitôt, c'est le sauve-qui-peut parmi
les voyageurs. Dans un premier temps, Michel
Boussamba sauve sa compagne enceinte avant
d'aller secourir d'autres femmes, qu'il laisse
juchées sur les bambous de Chine qui bordent la
rivière. Son collègue Paul-Aimé Benga lui
emboîte le pas en volant au secours d'autres
personnes qui ne savent pas nager. Mais dans la
nuit noire, il est difficile de distinguer une
ombre humaine. La fillette de dix-huit mois a
fini par sombrer dans les eaux profondes de
Dourembou pendant que sa mère se débat contre la
noyade.
Lorsque les premiers secours
arrivent deux heures après l'accident, ils
recueillent les personnes agrippées aux
branchages. Pendant ce temps, les rescapés qui
ont réussi à rallier la terre ferme marchent
dans la forêt pour se rendre au site d'Avocette.
Au finish, Michel Boussamba qui meurt par
bravoure, Paul Aimé Benga et la fillette de
dix-huit mois manquent à l'appel. Ils se sont
noyés dans les eaux de Dourebou dont la
profondeur excède vingt mètres à certains
endroits. Pourquoi le pilote du hors-bord
s'est-il entêté à naviguer la nuit dans des
conditions météorologiques difficiles alors que
le débarcadère d'où il est parti dispose d'une
case de passage pour abriter les voyageurs
surpris par la nuit ?