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Le quotidien l'Union du 08 mai 2007

 

FAIT DIVERS

Trois personnes meurent noyées prés de Mandji

Le 2 mai dernier, une pirogue transportant seize personnes a chaviré dans la rivière Dourembou, qui coule dans le canton éponyme, situé dans la zone pétrolifère du département de Ndolou. Un enfant de dix-huit mois et deux employés de la société Gabon service de bois et génie civil (GSB-GC), ont péri dans cet accident. L'embarcation a coulé nuitamment entre les villages Moukouna d'où elle était partie et Matsouka, distants de prés de vingt kilomètres. Enquête sur une tragédie.

LA rivière Dourembou, qui arrose la région pétrolifère du département de Ndolou ( Mandji), vient d'être le théâtre d'un naufrage. Mercredi dernier, une fillette de dix-huit mois et deux employés de la Société-Gabon service bois et Génie civil (GSB-GC), les nommés Michel Boussamba et Paul-Aimé Benga, respectivement aide-conducteur et chef d'atelier, ont trouvé la mort lorsque le hors-bord qui les transportait en compagnie de treize autres pelé sonnes a coulé.

Les corps des trois victimes ont é é répêchés en fin de semaine par des éléments des sapeurs- pompiers dépêchés par GSB-GC et de la brigade de gendarmerie de Mandji, aidés par des riverains et des employés de ladite société. C'est la dépouille de l'enfant qui a ouvert le bal de ces découvertes macabres, jeudi dernier, soit vingt-quatre heures après le naufrage. Des femmes se rendant à leurs plantations à bord d'une pirogue ont aperçu le corps de 1 enfant flottant entre deux eaux.

Après le repêchage de ce corps, celui de Michel Boussamba a été retrouvé non loin du lieu du drame vingtquatre heures après. Et samedi dernier, le tour est revenu à la dépouille de Paul-Aimé Benga d'être repérée et repêchée par les secouristes. Transportés à Mandji au fur et à mesure, les corps des trois victimes ont, ensuite, été mis à la disposition des familles endeuillées. A la lumière des explications de .certains rescapés, il ressort que ce drame aurait été provoqué par l'imprudence du piroguier, qui s'est permis de naviguer la nuit, sous une pluie torrentielle.

Or, les dispositions sécuritaires en vigueur dans le périmètre où opêrent les sociétés pétrolières interdisent la navigation au delà de dix-huit heures. Pis encore, le hors-bord qui a chaviré avait vingt et une personnes à bord alors qu'il est prévu pour en transporter douze. Selon certains rescapés, la plupart des voyageurs ne disposaient pas de gilets de sauvetage leur nombre excédant le nombre prévu. Outre les passagers, l'embarcation était surchargée des denrées alimentaires ainsi que de bouteilles de gaz, qui auraient fortement contribué au déséquilibre de la pirogue.

PLUIE TORRENTIELLE* D'après nos investigations, les seize personnes crue transportait l'embarcation revenaient de la ville de Mandji où elles s'étaient rendues pour prendre part aux manifestations de la fête du travail. Ce mercredi 2 mai 2007, il est onze heures lorsque les employés de GSB-GC se retrouvent au quartier commercial de Mandji. Le chauffeur du camion qui les transporte klaxonne avec insistance pour battre le rappel des retardataires. Certains sirotent encore le vin dans les bistrots environnants. De fait, la fête a été belle. Certains travailleurs ont dansé toute la nuit et présentent des visages tirés. Ils trament les pieds pour rejoindre le camion dont le moteur est dé,à en marche.

Bientôt, tout le monde est au grand complet. Les rires se mêlent aux dernières recommandations. Lorsque le camion démarre, les voyageurs entonnent des chansons populaires. La dernière escale avant le long voyage est prévue au bar situé au quartier Guignounga. Une ambiance bon enfant règne dans le camion. Un instant, le chauffeur s'amuse à basculer la benne pour effrayer les passagers. Ceux-ci crient aussitôt au scandale. " Oh ! Es-tu devenu fou ? On t'a dit que nous sommes des cailloux que tu peux benner comme ça ? Essaie encore ! ", tonne un jeune homme, visiblement en état d'ivresse.

Peu après, le camion démarre en direction de Moukouna, le village où les travailleurs de GSB-GC empruntent souvent les pirogues pour remonter la rivière Dourembou jusqu'au village Fouanou où ils sont installés. II est quinze heures lorsqu'ils arrivent au débarcadère. Aussitôt, Christian Guissaguiliba le pilote du hors-bord, demande aux voyageurs de prendre place dans l'embarcation. Une trentaine d'agents de la société a effectué le déplacement de Mandji et il lui faudra trois rotations pour ramener, tous ses collègues au chantier. Les deux premiers tours se passent sans problème.

Lorsqu'il revient pour la dernière rotation, Guissaguiliba se retrouve face à un flux de voyageurs. Même des commerçants veulent rallier Fougamou où ils espèrent trouver des opportunités d'affaires. II est déjà vingt heures ce mercredi 2 mai 2007. Une pluie torrentielle tombe dans la région. Vingt et-une personnes réussissent à embarquer pour Fougamou. Mais certains voyageurs qui sont entassés Ies uns contre les autres - n'ont même pas de gilets de sauvetage. C'est dans ces conditions qu'ils décident d'effectuer le voyage. L'embarcation remonte vers l'amont du Dourembou.

Alors que le hors-bord fend les flots, la pluie redouble d'intensité, trempant les voyageurs recroquevillés sur eux-mêmes. A peine ont-ils dépassé le beach d'Avocette que les conditions météorologiques deviennent franchement critiques. Un vent violent balaie les eaux, faisant tanguer la pirogue. Soudain, un passager demande au pilote de se rapprocher de la rive. " Le moteur a changé de régime" fait-il observer. Mais le pilote du hors-bord n'en a cure; il continue sa route. Deux kilomètres le séparent encore du village Matsouka. Arrivée à un coude de la rivière, la pirogue perd brusquement l'équilibre et coule par la proue.

DRAME DE L'IMPRUDENCE• Aussitôt, c'est le sauve-qui-peut parmi les voyageurs. Dans un premier temps, Michel Boussamba sauve sa compagne enceinte avant d'aller secourir d'autres femmes, qu'il laisse juchées sur les bambous de Chine qui bordent la rivière. Son collègue Paul-Aimé Benga lui emboîte le pas en volant au secours d'autres personnes qui ne savent pas nager. Mais dans la nuit noire, il est difficile de distinguer une ombre humaine. La fillette de dix-huit mois a fini par sombrer dans les eaux profondes de Dourembou pendant que sa mère se débat contre la noyade.

Lorsque les premiers secours arrivent deux heures après l'accident, ils recueillent les personnes agrippées aux branchages. Pendant ce temps, les rescapés qui ont réussi à rallier la terre ferme marchent dans la forêt pour se rendre au site d'Avocette. Au finish, Michel Boussamba qui meurt par bravoure, Paul Aimé Benga et la fillette de dix-huit mois manquent à l'appel. Ils se sont noyés dans les eaux de Dourebou dont la profondeur excède vingt mètres à certains endroits. Pourquoi le pilote du hors-bord s'est-il entêté à naviguer la nuit dans des conditions météorologiques difficiles alors que le débarcadère d'où il est parti dispose d'une case de passage pour abriter les voyageurs surpris par la nuit ?

Source : Journal L'Union Plus du 08/05/2007

 



   

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