ÉVOLUTION ÉCONOMIQUE EN
AFRIQUE CENTRALE
L'or
noir, locomotive des bonnes perspectives de
croissance en 2007
Ces cours favorables du baril
de pétrole permettront une amélioration des
soldes commerciaux. Pour les pays enclavés, les
conditions défavorables pourront trouver une
issue à travers le renforcement des institutions
d'intégration et de coopération sous-régionale,
et le développement des infrastructures.
C'EST à l'occasion de la 25e
réunion du Comité intergouvernemental d'experts
(CIE) de la Commission économique des Nations
unies pour l'Afrique centrale (CEA) organisée à
Libreville en avril dernier, que l'analyse
quantitative des politiques économiques dans
a0zone de la Communauté économique des Etats de
l'Afrique centrale (CEEAC) au cours de la
période 2005 - 2006, a été rendue publique. Ce
que l'on retiendra de cette analyse, c'est que
dans la zone CEEAC, les bonnes perspectives de
croissance en 2007 résultent du dynamisme du
secteur pétrolier de certains pays.
La performance hors pétrole
est moins brillante. Le secteur agricole, par
exemple, est vulnérable aux contions
météorologiques et aux fluctuations des prix
internationaux des produits de base.
Quant au secteur industriel
et celui des services, ils sont pénalisés par la
faiblesse des infrastructures et du système
financier. Au niveau national, les structures
productives sont encore peu diversifiées.
Ce qui limite le potentiel de
croissance dans le moyen et long terme. Pour
tout dire, le commerce extérieur se base surtout
sur l'exportation des produits bruts (le
pétrole, d'autres matières premières et les
produits agricoles).
Les cours favorables du baril
de pétrole et la stabilisation des prix de
certains produits de base tels que le cacao et
le café permettront une amélioration des soldes
commerciaux. Paradoxalement, les producteurs de
l'Afrique centrale pourraient rester au bout de
la chaîne de valeur en n'obtenant qu'une modeste
part de la valeur ajoutée totale des biens.
Par ailleurs, les données
montrent des conditions particulièrement
défavorables pour les pays enclavés, surtout en
raison des mauvaises connexions et des
transports. Il y a, de ce fait, des défis à
relever, notamment le renforcement des
institutions d'intégration et de coopération
sous-régionale.
L'autre défi, et non des
moindres, concerne le développement des
infrastructures. S'agissant d'abord de ce
dernier point, on peut relever la nécessité de
renforcer le secteur des transports.
Ceci est d'autant plus
important que le manque ou l'insuffisance des
infrastructures de transport est l'une des
causes les plus évidentes de la faible
compétitivité internationale des pays de
l'Afrique centrale. Cette carence est aussi à la
base du retard dans la réalisation d'un
véritable marché régional (en zone Cémac) et du
faible niveau des échanges intracommunautaires.
Le désavantage comparatif des
pays enclavés est évidemment lié aux problèmes
des infrastructures de transport. Les
gouvernements de la sous-région devront relever
ce défi et, bien sûr, exploiter les opportunités
offertes par la coopération sous-régionale.
CADRE INSTITUTIONNEL • Le
Plan directeur consensuel des transports en
Afrique centrale (PDCT-AC) est un exemple de
projet communautaire pour la création
d'infrastructures de transports. Cependant, la
concrétisation véritable de ce projet paraît
difficile, dans la mesure où, au niveau
national, les infrastructures de transport dans
plusieurs pays sont peu développées.
L'on ne comprendrait donc pas
que les gouvernements de notre sous-région
pensent d'abord à développer un projet
communautaire, alors que les initiatives
nationales stagnent. Qu'à cela ne tienne, il est
important de noter que ce type de projets
sous-régionaux peuvent être financés, en grande
partie, par les excédents budgétaires
enregistrés dans les pays pétroliers.
Ces excédents budgétaires
peuvent être mobilisé à travers différents
canaux et mis à la disposition de la BDEAC.
Toutefois, pour des raisons de crédibilité, il
est possible d'envisager la création d'une
Banque sous-régionale d'investissement à
l'instar de la Banque européenne
d'investissement (BEI).
Au sujet du défi
institutionnel, on a évoqué plusieurs fois
l'importance de la coopération sous-régionale
pour aborder certains défis. Pourtant, le succès
de la coopération et de l'intégration repose sur
l'existence d'un cadre institutionnel efficace.
Au cours de ces dernières
années, la faiblesse des institutions
sous-régionales s'est manifestée au niveau des
ressources financières et humaines. En ce qui
concerne le financement des institutions
sous-régionales, celui-ci est principalement
assuré par la Taxe communautaire d'intégration
(TCI) dont le taux est de 1 % pour les pays de
la Cémac.
Il est aussi assuré par la
Contribution communautaire d'intégration (CCI)
fixée à 0,4% pour la CEEAC. On regrette,
cependant, le fait que les ressources de ces
deux taxes sont, non seulement insuffisamment
collectées, mais sont rarement reversées dans
leur intégralité aux différentes institutions
auxquelles elles sont destinées.
De ce fait, il convient de
trouver les mécanismes contraignants qui
permettent de reverser intégralement les sommes
dues aux institutions, afin d'assurer leur bon
fonctionnement. En ce qui concerne la
gouvernance des institutions, dans le cadre des
réformes de "deuxième génération" de la Banque
des Etats de l'Afrique centrale (BEAC), il est
souhaitable qu'un comité de la politique
monétaire soit créé et que la Banque . rende des
comptes dès qu'un parlement communautaire sera
mis en place.
Au niveau de la Cémac, les
réformes en cours, coordonnées par la Guinée
Equatoriale, prévoient la création d'une
commission avec un président et des commissaires
en charge des domaines de coopération clairement
identifiés.
La question fondamentale est
celle de savoir si la faiblesse des institutions
communautaires n'est pas que le reflet de la
faiblesse des institutions nationales. Si tel
est le cas, est-il possible d'avoir des entités
communautaires fortes pour entraîner celles des
nations membres ?