MAUX ET DÉBAT
Chikungunya et réveil des consciences
A quelque chose malheur est
bon, a-t-on coutume de dire. Il a fallu que se
déclare dans notre pays une épidémie du
Chikungunya pour que le gouvernement, les
pouvoirs publics, la société civile et la
population elle-même, se rendent compte
curieusement que Libreville est une ville
insalubre, toue les montagnes d'ordures jonchent
les rues à longueur de journée, que la décharge
de Mindoubé est déjà saturée, que les hautes
herbes parsèment la cité notamment les abords
des concessions pour que l'on découvre qu'ils
constituent le lit où ont couvé pendant des
années,de nombreuses pathologies connues comme
le paludisme, le typhus, le choléra, ou
émergentes, de type chikungunya, qui vient de
faire son apparition au Gabon.
La mobilisation; mieux
l'activisme (désintéressé ?) et le réveil des
consciences de différents acteurs, constatés ces
derniers mois, sur le terrain de l'insalubrité
sont donc à mette à l'actif du Chikugunya. La
propagation de l'épidémie a tiré de la léthargie
les gouvernants, qui ont le devoir de protégé la
santé des citoyens, qui ont compris l'urgence
d'entreprendre des actions concrètes sur le
terrain, afin de rassurer la population. Les
campagnes de sensibilisation; de nettoyage
d'ordures, de désinsectisation et autres
pulvérisations, les opérations "quartiers
propres", menées' ici et là, obéissent a cette
logique. Avec pour finalité d'impliquer le
citoyen â l'assainissement de son environnement.
S'agissant justement de
l'insalubrité décriée à travers la vile, la
population est pointée du doigt dans cette
situation de par son comportement incivique et
désinvolte. En effet, en foulant aux pieds les
mesures d'hygiène et les arrêtés municipaux
relatifs la salubrité publique, le citoyen
favorise lui-même les conditions de sa propre
déchéance.
Mais il faut reconnaître que
cette désinvolture est renforcée, en partie,
par l'inertie de l'autorité municipale,
qui manque de fermeté dans l'application
stricte de ses décisions, et l'absence de
sanctions vis-à-vis des réfractaires. Pourtant,
les nouvelles dispositions mises en place par la
mairie de Libreville et la Société de
valorisation des ordures ménagères du Gabon (Sovog)
relatives au ramassage des ordures ménagères
dans la commune de Libreville, et qui entrent en
application le mois prochain, exigent une
adhésion et une implication des citoyens, au
risque de voir cette opération vouée à l'échec.
Comme d'autres l'ont été dans
le passé.
Face à une population qui a
développé le sentiment d'impunité el
&irresponsabilité, comment le nouvel édile de la
capitale l'entend-il s'y prendre pour faire
changer de comportements à ses administrés, lui
qui menace en ces termes: "le non respect de
cette mesure sera fermement sanctionné par des
poursuites judiciaires et de fortes amendes"
Attendons de voir.
Quoi qu'il en soit, cette
volonté manifeste de s'attaquer de front au
problème des ordures ménagères dans la ville est
louable. A condition que chaque acteur impliqué
dans la gestion de celle-ci joue correctement et
honnêtement sa partition. Car, autant les
producteurs des déchets sont mis à l'index pour
leurs comportements inciviques, tout comme la
mairie pour son inertie, autant la société
chargée de la collecte de ces déchets a aussi sa
part de responsabilité dans la prolifération des
dépôts d'immondices. L'insuffisance et/ou
l'absence des bacs dans tous les quartiers,
l'irrégularité du passage des camions dans
certains quartiers, l'extension de la ville et
ses corollaires dont l'augmentation de la
population, etc, sont sources de la persistance
de l'insalubrité à Libreville. Ville en
constante expansion, avec de nouvelles zones
urbanisées ou non, elle nécessite un
redéploiement des moyens matériels et humains.
Or, le constat sur le terrain
démontre que la Sovog, qui détient le monopole
de la collecte des ordures ans les six
arrondissements de Libreville, pour une ville de
près de 700.000 habitants ne parvient pas, toute
seule, â couvrir tout cet espace en temps réel.
Si bien que dans certains quartiers, il n'est
~as rare de voir des poubelles débordant
d'immondices rester des jours entiers, sans être
vidées.
De quels moyens peut alors
user l'habitant, à qui on demande d'assainir son
environnement pour lutter contre le paludisme et
le chikungunya, s'il cohabite avec des dépôts où
des, bacs à ordures lion nettoyés ou non vidés
quotidiennement ? .
C'est dire que le problème de
la gestion des ordures ménagères par la mairie
Libreville, dont la responsabilité n'est pas à
épargner, impose une renégociation de la
convention qui la lie avec la Sovog, afin de
voir dans quelle mesure, ni pratiquer d'autres
entreprises prestataires dans la collecte des
déchets ménagers dans les six arrondissements de
Libreville . Des circonscriptions,
administratives à l'intérieur desquelles
certains quartiers sont devenus des villes dans
la ville. Le cas d'Agondjè, Nzeng-Ayong, etc.
La concurrence recèle des
vertus que le monopole ne se donne pas la pair
de révéler.