ÉDUCATION/FRAUDES AUX EXAMENS
A quand
les sanctions contre les coupables et leurs
complices ?
Les examens nationaux et les
diplômes délivrés à l'issue de ceux-ci n'en
finissent plus de perdre leur crédibilité.
L'image du pays s'en trouve forcément écornée.
UN
candidat au baccalauréat a été pris mercredi, en
pleine composition, avec le corrigé de l'épreuve
de philosophie au centre du lycée national Léon
Mba. Ce candidat tricheur, c'est peut-être la
partie visible de l'iceberg: les membres du
réseau de vente des sujets d'examens au
ministère de l'Education nationale ne sauraient
se contenter d'un client pour faire leur beurre.
Et tant qu' ils demeureront impunis, ils ne
s'arrêteront pas en si bon chemin.
Les fraudeurs aux examens
ayant bénéficié de coin licité en amont sont, en
effet, légion. Mais si de temps en temps on
punit les coupables, les complices, ceux qui
mettent les épreuves ou les corrigés à la
disposition des candidats, ne sont jamais
inquiétés.
Jusqu'à présent, l'opinion
nationale, que le ministre de l'Education
nationale de l'époque avait ameutée, attendes
sanctions disciplinaires et pénales promises aux
employés de ce département qui avaient vendu en
2005 les corrigés des épreuves du BEPC (brevet
d'études du premier cycle) aux candidats.
L'enquête confiée à la direction générale des
recherches (DGR), aux fins de débusquer les
fonctionnaires indélicats, suit certainement son
cours.
Tout comme celles qui ont été
diligentées en 2002 et en 2000, pour les mêmes
raisons. Mais il n'y a as d'illusions à se faire
sur aboutissement desdites enquêtes, donc sut
les châtiments, tant les pourvoyeurs des sujets
d'examens et des corrigés semblent bénéficier de
protection, pour le moins, à un niveau élevé. Il
y a quelques années, un ministre de l'Education
nationale s'était répandu dans les médias pour
protester contre la détention préventive d'un
proche collaborateur soupçonné d'avoir organisé
des fuites la veille d'un examen.
Des élèves également
bénéficient de protection. Il est arrivé que des
candidats pris la main dans le sac échappent
curieusement à la sanction.
Il résulte de ce
laisser-aller la perte de crédibilité pour les
examens nationaux et les diplômes délivrés à
l'issue de ceux-ci. Dans certains pays où ils
vont poursuivre les études, les jeunes Gabonais
doivent parfois refaire une partie du cursus
afin de le valider.
Les bons étudiants se
passeraient volontiers de cette perte de temps
et d'énergie. L'Etat, qui finance les études, se
passerait du gaspillage des moyens.
Pour le pire des cas, à cause
du discrédit jeté par les fraudeurs et leurs
complices sur les examens et les diplômes
nationaux, les étudiants ont du mal à obtenir
les visas dans les représentations diplomatiques
des pays occidentaux. Le commerce des épreuves
et des corrigés tient à la tendance, de plus en
plus prononcée, des Gabonais à tirer
coûte que coûte profit de la position qu'ils
occupent.
Sa prospérité s'explique par
une autre tendance : la perte du goût de
l'effort et le recours aux solutions de
facilité. Au lieu de préparer les examens, les
candidats attendent patiemment le «carreau» (le
corrigé des épreuves).
En classe, la perte du goût
de l'effort a favorisé les fameuses «moyennes
sexuellement transmissibles» et se traduit
par la baisse du niveau, dans un système
éducatif dont les lacunes crèvent désormais les
yeux. Les résultats des examens pourraient
encore en faire foi.
Le ministre de l'Education
nationale avait qualifié ceux de l'année
dernière de «désastre national».