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Le quotidien l'Union du 22 Juin 2007

 

CHRONIQUE POLITIQUE

Fracture politique

NOTRE pays est en proie à de multiples crises, tout le monde en convient. Il y a la crise économique et financière dans laquelle il s'est englue et qu'il tente de juguler en avalant la pilule amère des réformes structurelles prescrites par le Fonds monétaire international. A la crise morale qu'elle affronte à la suite des actes immoraux posés par de nombreux compatriotes, prouvant la sérieuse perte de nos valeurs ancestrales,main tenant une crise politique consécutive à la fracture de plus en plus grande qui sépare la classe politique et la masse populaire.

Ce fossé qui s'est creusé entre les acteurs politiques aspirant à gérer à des degrés divers les affaires de l'Etat au sein de l'exécutif, du Parlement et les populations, est l'expression d'une crise de confiance qui ne dit pas son nom, et dont le taux d'abstention enregistré lors des élections législatives partielles du 10 juin dernier, à la suite des précédents -votes, a été le révélateur, quoique certains acteurs politiques aient tenté de l'expliquer par l'effet de contagion d'un fléau qui prendrait corps même dans l'Hexagone.

Accordée au fil de la satisfaction des besoins et des réponses aux fortes attentes des populations, la confiance, qui est le socle des relations humaines et plus encore celui du rapport gouvernants-gouvernés, enregistre une érosion qui montre davantage que les populations sont insatisfaites, elles ont l'impression négative que leurs préoccupations ne sont pas prises en compte, et contraintes de se prendre en charge. Car, l'Etat providence qui leur avait, dans un passé récent, permis de bénéficier de soins gratuits, de médicaments, d'une sécurité sociale performante et enviée sur le continent, d'un enseignement accessible à tous (gratuité, distribution de manuels scolaires, etc), des emplois, etc, a laissé place à une autre réalité socio-économique. Laquelle, au fil du temps, a amené nombre de compatriotes à douter, sinon, à ne plus croire à leurs discours et promesses. Et, au point qu'ils en viennent à minimiser la portée des importants actes posés par leurs dirigeants pour assurer une meilleure distribution des richesses du pays, assurer leur mieux-être, réduire les disparités, en somme, construire la nouvelle société à laquelle ils aspirent.

PERTE DE CRÉDIT• Cette situation si elle est, dans l'ensemble, imputable aux crises économiques et financières qui ont fortement secoué le pays depuis plusieurs années, avec son corollaire la lourde dette, il y a aussi que les pratiques et autres comportements déviants de la classe gouvernante et plus généralement, des élites politiques ne sauraient être occultés. Nos gouvernants successifs ont péché dans la gestion des affaires de l'Etat, des choix opérés, sans que les résultats ne soient toujours à la mesure des espoirs et résultats escomptés. D'ailleurs, le 16 août 2000 dans un discours mémorables à l'adresse du peuple gabonais, le président Omar Bongo Ondimba dressant, avec la franchise et le courage qui sont les siens, le bilan des trois décennies, n'avait-il pas lui-même reconnu les erreurs du passé, tout en saluant les efforts de développement accomplis, avant qu'il ne fixe un nouveau cap pour le pays ? Que dire des autres politiques, notamment, ceux se réclamant de l'opposition ? Sinon, qu'ils ne sont pas non plus exempts de tout reproche. La responsabilité de opposition gabonaise est grande dans cette crise de confiance, d'autant que présentée comme une alternative, elle s est plutôt, à cause des attitudes et autres contorsions politiques auxquelles se sont livrés ses leaders, complètement décrédibilisée auprès des populations à qui elle promettait monts et merveilles.

Ayant fait ce constat, nul doute que si d'un côté les gouvernants et de l'autre l'opposition ne font pas d'efforts pour respecter leurs engagements, le risque est grand de voir cette fracture ou encore cette crise de confiance s'aggraver, et compromettre ainsi le jeu électoral et singulièrement l'expression qui n'en sera réduite qu'à la faible participation à laquelle on ne cesse d'assister, malgré l'importance des enjeux politiques pour lesquels son suffrage est sollicité pour désigner ses dirigeants.

 

Source : Journal L'Union Plus du 22/06/2007

 



   

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