CHRONIQUE POLITIQUE
Fracture
politique
NOTRE pays est en proie à de
multiples crises, tout le monde en convient. Il
y a la crise économique et financière dans
laquelle il s'est englue et qu'il tente de
juguler en avalant la pilule amère des réformes
structurelles prescrites par le Fonds monétaire
international. A la crise morale qu'elle
affronte à la suite des actes immoraux posés par
de nombreux compatriotes, prouvant la sérieuse
perte de nos valeurs ancestrales,main tenant une
crise politique consécutive à la fracture de
plus en plus grande qui sépare la classe
politique et la masse populaire.
Ce fossé qui s'est creusé
entre les acteurs politiques aspirant à
gérer à des degrés divers les affaires de l'Etat
au sein de l'exécutif, du Parlement et les
populations, est l'expression d'une crise de
confiance qui ne dit pas son nom, et dont le
taux d'abstention enregistré lors des élections
législatives partielles du 10 juin dernier, à la
suite des précédents -votes, a été le
révélateur, quoique certains acteurs politiques
aient tenté de l'expliquer par l'effet de
contagion d'un fléau qui prendrait corps même
dans l'Hexagone.
Accordée au fil de la
satisfaction des besoins et des réponses aux
fortes attentes des populations, la confiance,
qui est le socle des relations humaines
et plus encore celui du rapport
gouvernants-gouvernés, enregistre une érosion
qui montre davantage que les populations sont
insatisfaites, elles ont l'impression négative
que leurs préoccupations ne sont pas prises en
compte, et contraintes de se prendre en charge.
Car, l'Etat providence qui leur avait, dans un
passé récent, permis de bénéficier de soins
gratuits, de médicaments, d'une sécurité sociale
performante et enviée sur le continent, d'un
enseignement accessible à tous (gratuité,
distribution de manuels scolaires, etc), des
emplois, etc, a laissé place à une autre réalité
socio-économique. Laquelle, au fil du temps, a
amené nombre de compatriotes à douter, sinon, à
ne plus croire à leurs discours et promesses.
Et, au point qu'ils en viennent à minimiser la
portée des importants actes posés par leurs
dirigeants pour assurer une meilleure
distribution des richesses du pays, assurer leur
mieux-être, réduire les disparités, en somme,
construire la nouvelle société à laquelle ils
aspirent.
PERTE DE CRÉDIT• Cette
situation si elle est, dans l'ensemble,
imputable aux crises économiques et financières
qui ont fortement secoué le pays depuis
plusieurs années, avec son corollaire la lourde
dette, il y a aussi que les pratiques et autres
comportements déviants de la classe gouvernante
et plus généralement, des élites politiques ne
sauraient être occultés. Nos gouvernants
successifs ont péché dans la gestion des
affaires de l'Etat, des choix opérés, sans que
les résultats ne soient toujours à la mesure des
espoirs et résultats escomptés. D'ailleurs, le
16 août 2000 dans un discours mémorables à
l'adresse du peuple gabonais, le président Omar
Bongo Ondimba dressant, avec la franchise et le
courage qui sont les siens, le bilan des trois
décennies, n'avait-il pas lui-même reconnu les
erreurs du passé, tout en saluant les efforts de
développement accomplis, avant qu'il ne fixe un
nouveau cap pour le pays ? Que dire des autres
politiques, notamment, ceux se réclamant de
l'opposition ? Sinon, qu'ils ne sont pas non
plus exempts de tout reproche. La responsabilité
de opposition gabonaise est grande dans cette
crise de confiance, d'autant que présentée comme
une alternative, elle s est plutôt, à cause des
attitudes et autres contorsions politiques
auxquelles se sont livrés ses leaders,
complètement décrédibilisée auprès des
populations à qui elle promettait monts et
merveilles.
Ayant fait ce constat, nul
doute que si d'un côté les gouvernants et de
l'autre l'opposition ne font pas d'efforts pour
respecter leurs engagements, le risque est grand
de voir cette fracture ou encore cette crise de
confiance s'aggraver, et compromettre ainsi le
jeu électoral et singulièrement l'expression qui
n'en sera réduite qu'à la faible participation à
laquelle on ne cesse d'assister, malgré
l'importance des enjeux politiques pour lesquels
son suffrage est sollicité pour désigner ses
dirigeants.