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Le quotidien l'Union du 22 Juin 2007

 

A PROPOS DU FORT TAUX D'ABSTENTION AUX ÉLECTIONS

Les politiques condamnés à redorer leur blason

Le fait que les électeurs boudent les urnes traduit la perte de confiance progressive des acteurs politiques auprès des populations. Ce qui constitue la principale cause du désintérêt de ces dernières pour la chose politique. Il y a urgence pour les politiques à restaurer leur crédibilité. Comment ?

LE fait devient récurrent dans notre pays. A chaque fois qu'il y a une élection, le taux de participation s'avère très bas. Cela s'est confirmé lors des élections législatives partielles que notre pays vient d'organiser dans certaines circonscriptions des provinces de l'Estuaire, l'Ogooué-Lolo, l'Ogooué-Ivindo, la Ngounié, la Nyanga, l'Ogooué-Maritme et le Woleu-Ntem. Dans l'ensemble le taux d'abstention atteignait en moyenne les 60%. Dans la capitale, on a même enregistré des taux de 88% et de 91%.

On peut invoquer plusieurs raisons pour expliquer cet état de choses. D'aucuns y voient la défaillance des listes électorales mal faite, comportant doublons et omissions à la pelle. Ce qui décourage automatiquement beaucoup d'électeurs. D'autres parlent des retards dans la distribution des cartes d'électeurs. Bref, tout le monde met en cause la mauvaise organisation.

Ces arguments sont certes valables. Mais ils ne peuvent pas à eux seuls suffire four justifier les forts taux d abstention enregistrés ici et là. Car, cela accréditerait la thèse de ceux qui pensent que pour combattre l'abstention il faut rendre le vote obligatoire. Ce qui serait une façon d'esquiver le vrai problème. Notamment celui des rapports entre les acteurs politiques et le peuple.

Le fait abstentionniste qui se répète régulièrement peut trouver sa cause principale dans le désintérêt des populations pour la chose politique. Il s'agit-là d'une conséquence de la perte progressive de confiance des acteurs politiques gabonais, toutes tendances confondues, auprès de ces dernières.

Dès lors, il faut se poser la question de savoir si, au Gabon qui est une démocratie, on considère que celle-ci lest le pouvoir du peuple par le peuple"

Auquel cas, il faudra tout faire pour instaurer la confiance entre le peuple et ses dirigeants. De sorte que les populations se reconnaissent en ceux-ci. Cette charge incombe en priorité aux acteurs politiques. Car ce sont eux qui doivent se sentir réellement investis du droit de parler au nom de leurs administrés.

Cette entreprise nécessite que l'on recense les différentes causes de cette perte de confiance des acteurs politiques auprès des populations. D une manière générale, on dira crue cette situation est essentiellement provoquée par l'écart entre le discours et l'action.

Dans la première catégorie, il faudra distinguer la majorité et l'opposition. En ce sens que ce qui est reproché aux uns est différent de ce qu'on reproche aux autres.

CONTRADICTION. Aux acteurs politiques au pouvoir, les populations reprochent souvent la contradiction entre les principe qu'ils prônent et les actes qu'ils posent. Notamment en ce qui concernent les difficultés financières que connaît le pays, et l'enrichissement ostentatoire de certains dirigeants. Comment peut-on demander à des personnes faisant face à des difficultés quotidiennes, de croire que le pays a réellement des problèmes, lorsque d'autres Gabonais, parce qu'ils sont aux affaires, ont un train de vie fastueux frisant la provocation.

Dans le même ordre d'idées, comment les populations peuvent-elles croire au discours des politiques lorsque par exemple ils proclament haut et fort la lutte contre l'impunité, et qu'au terme des enquêtes personne n'est inquiété ?

Aux acteurs de l'opposition, les populations reprochent le double jeu. Lequel fait en sorte qu'ils viennent dénoncer tous les travers des gouvernants devant les populations, et que des années plus tard, ils se retrouvent du côté de ceux-là même dont ils dénonçaient la gestion, épuisant ainsi, à leur tour, le crédit gagné auprès du peuple découragé.

Ce reproche est surtout à faire aux parlementaires qui, malgré leur devoir de contrôler l'action du gouvernement, donnent plutôt l'impression de se complaire dans des facilités aux allures de complicité. Cela, en refusant par exemple de rendre publics les résultats des enquêtes parlementaires. Ou en s'abstenant d'initier des motions de censure, au nom d'une certaine discipline de parti. Montrant ouvertement aux populations que leurs intérêts sont relégués au second plan après ceux des partis politiques...

DES PISTES • Pour éviter donc que cette fracture entre les populations gabonaises et leurs acteurs politiques ne s'accentuent avantage, ils revient à ces derniers de redorer leur blason. Et l'une des pistes est de changer la manière de faire la politique. Aussi bien pour la majorité, notamment les gouvernants et les parlementaires, que pour les acteurs politiques de l'opposition.

Des premiers, il faut exiger des signaux forts. Notamment en matière d'actes dans la lutte contre la pauvreté, en veillant à ce que ceux-ci soient ciblés, coordonnés et efficaces. De même, la lutte contre l'impunité doit devenir effective et non de simples engagements.

Dans le même sens, les parlementaires dont les populations attendent beaucoup doivent veiller à ce que le gouvernement fasse réellement ce qu'il dit. Sinon, qu'ils utilisent les moyens dont ils disposent de par la Constitution pour le ramener à l'ordre. Et dans tous les cas, les médias doivent être mis à contribution pour montrer aux populations que leurs dirigeants s'occupent vraiment de leurs préoccupations.

Tout comme l'opposition doit être déterminée et cohérente avec elle-même. En menant, de jour comme de nuit, son combat contre l'arbitraire et la mauvaise redistribution des richesses du pays.

Ce sont-là quelques efforts à fournir si les politiques veulent que les populations se remettent à croire. De peur que les détracteurs du Gabon ne trouvent des raisons de dire que notre pays n'est pas une démocratie. Le pouvoir n'y étant pas celui du peuple pour le peuple.

 

Source : Journal L'Union Plus du 22/06/2007

 



   

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