A PROPOS DU FORT TAUX
D'ABSTENTION AUX ÉLECTIONS
Les
politiques condamnés à redorer leur blason
Le fait que les électeurs
boudent les urnes traduit la perte de confiance
progressive des acteurs politiques auprès des
populations. Ce qui constitue la principale
cause du désintérêt de ces dernières pour la
chose politique. Il y a urgence pour les
politiques à restaurer leur crédibilité. Comment
?
LE fait devient récurrent
dans notre pays. A chaque fois qu'il y a une
élection, le taux de participation s'avère très
bas. Cela s'est confirmé lors des élections
législatives partielles que notre pays vient
d'organiser dans certaines circonscriptions des
provinces de l'Estuaire, l'Ogooué-Lolo, l'Ogooué-Ivindo,
la Ngounié, la Nyanga, l'Ogooué-Maritme et le
Woleu-Ntem. Dans l'ensemble le taux d'abstention
atteignait en moyenne les 60%. Dans la capitale,
on a même enregistré des taux de 88% et de 91%.
On peut invoquer plusieurs
raisons pour expliquer cet état de choses.
D'aucuns y voient la défaillance des listes
électorales mal faite, comportant doublons et
omissions à la pelle. Ce qui décourage
automatiquement beaucoup d'électeurs. D'autres
parlent des retards dans la distribution des
cartes d'électeurs. Bref, tout le monde met en
cause la mauvaise organisation.
Ces arguments sont certes
valables. Mais ils ne peuvent pas à eux seuls
suffire four justifier les forts taux d
abstention enregistrés ici et là. Car, cela
accréditerait la thèse de ceux qui pensent que
pour combattre l'abstention il faut rendre le
vote obligatoire. Ce qui serait une façon
d'esquiver le vrai problème. Notamment celui des
rapports entre les acteurs politiques et le
peuple.
Le fait abstentionniste qui
se répète régulièrement peut trouver sa cause
principale dans le désintérêt des populations
pour la chose politique. Il s'agit-là d'une
conséquence de la perte progressive de confiance
des acteurs politiques gabonais, toutes
tendances confondues, auprès de ces dernières.
Dès lors, il faut se poser la
question de savoir si, au Gabon qui est une
démocratie, on considère que celle-ci lest le
pouvoir du peuple par le peuple"
Auquel cas, il faudra tout
faire pour instaurer la confiance entre le
peuple et ses dirigeants. De sorte que les
populations se reconnaissent en ceux-ci. Cette
charge incombe en priorité aux acteurs
politiques. Car ce sont eux qui doivent se
sentir réellement investis du droit de parler au
nom de leurs administrés.
Cette entreprise nécessite
que l'on recense les différentes causes de cette
perte de confiance des acteurs politiques auprès
des populations. D une manière générale, on dira
crue cette situation est essentiellement
provoquée par l'écart entre le discours et
l'action.
Dans la première catégorie,
il faudra distinguer la majorité et
l'opposition. En ce sens que ce qui est reproché
aux uns est différent de ce qu'on reproche aux
autres.
CONTRADICTION. Aux
acteurs politiques au pouvoir, les populations
reprochent souvent la contradiction entre les
principe qu'ils prônent et les actes qu'ils
posent. Notamment en ce qui concernent les
difficultés financières que connaît le pays, et
l'enrichissement ostentatoire de certains
dirigeants. Comment peut-on demander à des
personnes faisant face à des difficultés
quotidiennes, de croire que le pays a réellement
des problèmes, lorsque d'autres Gabonais, parce
qu'ils sont aux affaires, ont un train de vie
fastueux frisant la provocation.
Dans le même ordre d'idées,
comment les populations peuvent-elles croire au
discours des politiques lorsque par exemple ils
proclament haut et fort la lutte contre
l'impunité, et qu'au terme des enquêtes personne
n'est inquiété ?
Aux acteurs de l'opposition,
les populations reprochent le double jeu. Lequel
fait en sorte qu'ils viennent dénoncer tous les
travers des gouvernants devant les populations,
et que des années plus tard, ils se retrouvent
du côté de ceux-là même dont ils dénonçaient la
gestion, épuisant ainsi, à leur tour, le crédit
gagné auprès du peuple découragé.
Ce reproche est surtout à
faire aux parlementaires qui, malgré leur devoir
de contrôler l'action du gouvernement, donnent
plutôt l'impression de se complaire dans des
facilités aux allures de complicité. Cela, en
refusant par exemple de rendre publics les
résultats des enquêtes parlementaires. Ou en
s'abstenant d'initier des motions de censure, au
nom d'une certaine discipline de parti. Montrant
ouvertement aux populations que leurs intérêts
sont relégués au second plan après ceux des
partis politiques...
DES PISTES • Pour éviter
donc que cette fracture entre les populations
gabonaises et leurs acteurs politiques ne
s'accentuent avantage, ils revient à ces
derniers de redorer leur blason. Et l'une des
pistes est de changer la manière de faire
la politique. Aussi bien pour la majorité,
notamment les gouvernants et les parlementaires,
que pour les acteurs politiques de l'opposition.
Des premiers, il faut exiger
des signaux forts. Notamment en matière d'actes
dans la lutte contre la pauvreté, en veillant à
ce que ceux-ci soient ciblés, coordonnés et
efficaces. De même, la lutte contre l'impunité
doit devenir effective et non de simples
engagements.
Dans le même sens, les
parlementaires dont les populations attendent
beaucoup doivent veiller à ce que le
gouvernement fasse réellement ce qu'il dit.
Sinon, qu'ils utilisent les moyens dont ils
disposent de par la Constitution pour le ramener
à l'ordre. Et dans tous les cas, les médias
doivent être mis à contribution pour montrer aux
populations que leurs dirigeants s'occupent
vraiment de leurs préoccupations.
Tout comme l'opposition doit
être déterminée et cohérente avec elle-même. En
menant, de jour comme de nuit, son combat contre
l'arbitraire et la mauvaise redistribution des
richesses du pays.
Ce sont-là quelques efforts à
fournir si les politiques veulent que les
populations se remettent à croire. De peur que
les détracteurs du Gabon ne trouvent des raisons
de dire que notre pays n'est pas une démocratie.
Le pouvoir n'y étant pas celui du peuple pour le
peuple.