3E ANNIVERSAIRE DU CRASH DE
L'AVION DE GABON EXPRESS
Douloureux souvenir
Parents, amis et connaissances
des 19 victimes de cet accident se sont
rendus hier, sur le lieu du drame à la Sablière,
pour un moment de recueillement et de prière.
PARENTS,
amis et connaissances des dix-neuf victimes du
crash de l'avion de Gabon Express, le 8 juin
2004 au large de Libreville, ont commémoré,
hier, le troisième anniversaire de cette
tragédie. A cette occasion, la plage de la
Sablière, théâtre du drame, a abrité une
cérémonie de recueillement et de prière très
émouvante. Les proches des disparus, morts
coincés dans la carlingue de l'avion, avaient le
coeur en berne et le moral au dessous de zéro.
Et le fait que la justice
tétine dans cette affairé n'a fait qu attiser
leur rancoeur. Ils ont, à l'unisson, fustigé ce
qu'ils considèrent désormais comme un procès
politique à l'issue incertaine. Devant ce qu~ils
ont présenté comme l'incurie et le cynisme des
autorités compétentes, les proches des disparus
ont prié le Dieu Tout-Puissant pour qu'il garde
bien dans son royaume toutes ces victimes de
l'inconscience humaine. L'aumônier a d'ailleurs
imploré le Seigneur pour qu'il touche les coeurs
de ceux qui rendent la justice dans notre pays
afin que le procès connaisse l'issue souhaitée.
Trois ans après le drame, les
tribunaux gabonais n'ont toujours pas examiné au
fond le dossier de l'accident. Ce qui vaut aux
magistrats chargés de1'affaire les imprécations
et la colère des parents des victimes. En
réalité, l'on assiste au même scénario à chaque
audience consacrée à cette affaire. Dès
l'ouverture des débats, le président du tribunal
est souvent assailli par une flopée de requêtes
dénonçant l'illégalité de la citation d'un
prévenu ou réclamant la levée du contrôle
judiciaire d'un autre. Ce qui l'amène souvent à
renvoyer le dossier pour une autre séance.
Pourtant, soutiennent les
parents des victimes, l'enquête judiciaire,
ouverte dès l'accident a été menée tambour
battant. En effet, le mois ayant suivi le crash
a vu l'arrestation du pilote français de l'avion
Patrick Mbia, le directeur français de la
compagnie, Robert Sobeck, lé secrétaire général
de l'aviation civile Jean-Pierre Obiang Zué et
le responsable ré tonal du bureau Veritas,
Bernard abezies, de nationalité française.
Inculpés d'homicide involontaire ou de
complicité, les intéressés avaient été écroués.
Mieux, des experts gabonais
et britanniques ont rendu contre les quatre
hommes des conclusions accablantes, lesquelles
avaient été reprises par le juge pour les
renvoyer devant les tribunaux. L'ordonnance
mettait en exergue la vétusté de l'avion de
Gabon Express, le manque d'entretien de
l'appareil et l'absence de certaines pièces
vitales. En fait, le magistrat accuse Gabon
Express, tout comme son pilote, de savoir que
son avion n'était as apte à voler.
De même, reproche à Veritas
de n'avoir pas "correctement assumé ses
obligations" de contrôle de l'avion, non
sans condamner l'Aviation civile qui, selon lui,
savait que Gabon Express ne s'était jamais
conformée à la législation en vigueur.
PARODIE DE JUSTICE •
Malgré sa grande documentation, ce scénario est
largement rejeté par les mis en cause qui, faute
de pouvoir s'en expliquer à la barre, se
rejettent la responsabilité par avocats
interposés. "Le pilote ne savait pas que
l'avion avait des problèmes, sinon il n'aurait
pas décollé Véritas n'était responsable que du
contrôle documentaire de l'avion, pas de son
contrôle physique", a toujours répliqué la
partie défenderesse, selon des propos rapportés
par l'Agence France-Presse.
Malgré leurs divergences, les
avocats dénoncent l'iniquité de l'enquête qui,
selon eux, aurait épargné I'Etat. A leur avis,
celui-ci a été défaillant dans le contrôle de
l'avion et dans l'organisation des secours.
S'agissant de cet aspect du
problème, nombreux étaient d'ailleurs ceux qui
avaient fustigé le comportement des autorités
compétentes, lesquelles avaient manqué de
diligence, de dextérité et de cohérence ans
l'organisation des secours. Car, la plupart des
victimes étaient mortes par asphyxie. "Si les
secours avaient été organisés à temps, on
aurait pu sauver de nombreuses vies
humaines"; relève un parent de victime.
Avant d'ajouter: "On a assisté impuissants à
la mort des compatriotes. Les secours étaient
arrivés en retard. C'était une honte pour notre
pays. On n'avait pas pu sauver des personnes qui
n'étaient pourtant pas loin du rivage".
Trois ans après le drame,
les proches des victimes du crash de avion de
Gabon Express ruminent encore leur colère et
leur désappointement. Devant ce qu'ils
considèrent comme une parodie de justice,
nombreux sont d'ailleurs ceux qui préfèrent s'en
remettre à Dieu.
Hier, certains n'ont pu
vaincre leur stress pour aller recueillir sur le
lieu du drame. Ceux-ci qui s'y sont rendus ont
eu du mal à retenir leurs larmes. Pour tout
dire, de douloureux souvenirs défilent encore
dans leurs têtes. La seule chose qui puisse les
consoler reste évidemment l'emprisonnement de
tous les acteurs impliqués dans ce drame de
l'inconscience.