CHRONIQUE POLITIQUE
Le droit
de savoir
DEPUIS deux ans, que Jean
Eyéghé Ndong est à la tête d'un gouvernement de
cinquante membres formé le 26 janvier 2006 pour
mettre en oeuvre le projet de société du
président Omar Bongo Ondimba, et surtout sortir
notre pays des eaux glaciales de la crise
dans lesquelles il s'était enfoncé.
Depuis lors, les dépenses
publiques ont augmenté à la suite des mesures
sociales pourtant salutaires, et cela malgré les
gros efforts de gestion budgétaire et des
réformes structurelles engagés depuis plusieurs
années. Le système de santé souffre aujourd'hui
davantage des dérives en matière de gestion des
médicaments, des infrastructures ainsi que des
manquements des personnels, sans que la
construction de nouveaux hôpitaux aux plateaux
techniques performants et le renforcement des
entités sanitaires ne l'améliorent
fondamentalement pour un accès aux soins
gratuits au plus grand nombre. Le problème du
chômage devient, chaque jour, un iceberg de plus
en plus dangereux contre lequel se heurtent de
nombreux jeunes diplômés, ceux sans
qualifications ainsi que ceux ayant perdu leurs
emplois, alors que es perspectives de création
d'emplois sont annoncées. L'Education tarde à se
réformer, se moderniser à telle enseigne que
l'échec scolaire déploré à la lecture des
résultats scolaires enregistrés ces dernières
années, ronge les écoles, collèges, lycées ainsi
que nos universités.
L'insécurité gagne notre
société au point que certains, par dépit, et à
la suite de la recrudescence des crimes et
délits commis sur des enfants, sont tentés de
réagir comme dans un état de non droit. L'état
actuel du réseau routier ne cesse, lui,
d'assombrir l'action et l'oeuvre de construction
du pays entamée au cours de ces dernières
décennies.
INTERROGATIONS• Pendant
ce temps, l'orchestre gouvernementale joue sa
morne partition alors que le gros du corps
social gabonais peine à avoir des places dans
les embarcations a destination des eaux du
progrès, du développement et du bien-être promis
par le président Omar Bongo Ondimba.
Un homme d'Etat, pour ne pas
dire, un dirigeant constamment à leur écoute,
proche de ses concitoyens, et au fait de leurs
craintes, leurs espoirs et leurs souhaits. Et
auprès duquel, ils fondent leurs espoirs de voir
leurs attentes et préoccupations fondamentales,
prises en compte.
Aujourd'hui, les Gabonais
attendent. Dubitatifs, certes, ils ne demandent
pas moins des comptes, mais veulent surtout, des
résultats, sinon, savoir et avoir des réponses à
leurs multiples interrogations. Qu'a fait le
gouvernement pour réduire la fracture sociale,
assurer l'accès aux soins ? Qu'a t-il fait,
qu'entend-il faire pour augmenter le pouvoir
'achat ? Pourquoi la route demeure un casse-tête
? Pourquoi le chômage ne diminue t-il pas?
A-t-on créé des emplois ? Quelles perspectives
pour notre économie ? Que représente cet accord
signé avec le FMI ? Autant des questions qui
jusque-là n'ont guère trouvé des réponses
satisfaisantes permettant de rassurer lés
Gabonais.
Cela dit, en formant une
équipe dont plusieurs membres sont rompus a la
gestion des affaires publiques, Omar Bongo
Ondimba attendait marquer une rupture avec le
passé, c'est-à-dire, changer la donne sociale
l'ayant amené à proposer un nouveau modèle dé
société pour notre pays. Les premières par du
livre des comptes ne permettent guère e se
réjouir globalement de l'action initiée pendant
ces deux premières années du gouvernement formé
au lendemain de la présidentielle 2005. Mais,
ils déclinent ce qui doit être encore fait en
direction des potions gabonaises. Tant il est
établi, au regard des actes déjà posés en deux
ans de ministères, de l'engagement et de la
volonté affichée par les gouvernants, que
beaucoup reste encore à faire, l'espoir est,
tout de même, de mise.
Dans cette perspective, tout
décline à penser qu'il y a urgence à renforcer
l'action gouvernementale pour parvenir à la
concrétisation en actes, des engagements pris en
vue de la satisfaction des besoins des
populations inquiètes de leur mieux-être.
Car, le pouvoir d'achat bien
qu'ayant été amélioré à la suite du relèvement
de 81,8% du SMIG et de l'augmentation de la
valeur du point d'indice de 400 à 425 francs,
n'en est pas moins confronté à l'inflation
galopante qui obère, dans une certaine mesure,
tous les efforts accomplis ainsi que les
ambitions sociales de ce gouvernement. Cette
situation commande donc que les gouvernants
fassent des ajustements permettant de soulager
les ménages économiquement faibles, en
améliorant l'accès aux soins, en renforçant le
dispositif social. Cela, tout en tenant compte
des contraintes financières nées de la signature
de l'accord avec le Fonds monétaire
international, dont notre pays avait fortement
besoin pour la relance de son économie, le
renforcement de la gestion financière,
l'accélération des réformes structurelles et,
plus généralement, pour lutter durablement
contre la pauvreté. Un accord qui, après les
différents échecs de programmes d'ajustement
structurel avec le Fonds monétaire international
(FMI), exige pour sa mise en oeuvre que
l'ensemble du corps politique (gouvernement,
parlementaires) et administratif (responsables
d'administration, administrateurs de crédits,
etc), la société civile s'impliquent fortement,
se l'approprient.
Ce, pour que dans la phase de
mise en œuvre de l'ensemble des composantes
s'accordent à conjurer les erreurs de gestion,
les dérapages et autres pratiques déviantes qui
ont contribué aux échecs des précédentes
négociations.
Cette exigence de communion
et d'engagement partagée, induit des pouvoirs
publics mobilisés, à expliquer aux populations
qui revendiquent leur droit de savoir, le niveau
des efforts, des sacrifices à consentir et
surtout l'importance de cet accord conclu avec
le FMI pour sortir notre pays des eaux troubles
de la crise. Ce dialogue devant permettre à
l'ensemble de la communauté nationale de
regarder dans la même direction.