ENTRETIEN ET AMÉNAGEMENT
ROUTIER (SUITE ET FIN)
Petit angle
Les
raisons du scepticisme
LE Conseil des ministres de
mercredi dernier a encore annoncé une série de
mesures relatives à l'amélioration des routes
dans notre pays. Notamment dans les communes de
Libreville et d'Owendo. Cette annonce n'a pas
suscité d'euphorie chez les usagers devant
bénéficier de ces initiatives. Comme cela semble
devenir une habitude, la tendance est d'être
réservé et s'en remettre au concret. Les
Librevillois sont devenus des Saint-Thomas par
la force des choses.
D'abord par rapport à
l'effectivité des travaux. Puis du point de vue
de la qualité. L'expérience ayant montré que
l'intervention des sociétés de génie civil sur
nos routes a rarement produit des ouvrages
durables. D'où le scepticisme, même s'il
convient de relever que l'Etat dépense
énormément d'argent pour la route dans notre
pays.
La question que l'on se pose
est donc celle de savoir si, dans les mêmes
conditions, on eut espérer des résultats fables.
Le problème intervient surtout à deux niveaux.
Celui des modalités de financement, et celui du
contrôle de la qualité des travaux.
Par rapport au premier point,
il faut noter que dans notre pays, le
décaissement de l'argent ne tient pas forcément
compte de la situation sur le terrain.
C'est-à-dire l'état d'avancement et la qualité
des travaux déjà réalisés par l'entreprise. Si
dans le budget de 1 Etat, on a inscrit 500
millions de francs pour le bitumage d'un axe
routier, le Trésor décaissera la totalité de la
somme sans vérifier ce qui se passe sur le
terrain. Ce qui, soit dit en passant, n'est pas
de sa compétence, mais de celle du ministère des
Travaux publics.
A ce niveau, la prudence et
le souci d'efficacité voudraient que l'on
s'inspirât de l'exemple des établissements
financiers tels que la Banque africaine de
développement (BAD), la Banque islamique de
développement (BI D), etc. Ces structures paient
les travaux en fonction des situations sur le
terrain. Si elles ne sont pas satisfaites du
travail, elles peuvent suspendre leurs
financements. Reconnaissons que c'est là un bon
moyen de pression sur les entreprises
adjudicataires qui désormais font attention et
s'arrangent à produire un meilleur travail.
Est-il possible de procéder
ainsi dans notre pays ? A priori oui. En
traitant avec des établissements bancaires de la
place. De ce point de vue, le Trésor public
verserait directement les fonds prévus dans un
compte géré par une commission composée des
représentants des ministères des Finances et des
Travaux publics.
Seulement il existe un risque
d'ordre éthique : la probité desdits
représentants. Car, si ces derniers s'avèrent
cupides ils se laisseront corrompre par les
sociétés bénéficiaires des marchés, moyennant
l'exécution bâclée et peu soignée des travaux.
QUESTIONS • Cette
observation nous amène au deuxième aspect.
Celui-ci concerne le sérieux dans les contrôles
des travaux. Aujourd'hui, face au caractère
récurrent des récriminations sur la qualité des
travaux exécutés sur nos routes, tout le monde
se demande s'il n'y a pas une "petite mafia" au
niveau des contrôles. Dans tous les cas, même au
niveau du ministère des TP, le soupçon n'est pas
du tout écarté. Sinon, comment expliquer que la
plupart de nos routes, aussi bien au niveau des
voiries urbaines que des routes de l'intérieur
du pays, ne durent pas longtemps ? Les
contrôleurs des TP (même les cabinets avec
lesquels ce département traite) jouent-ils franc
jeu ? Y-a-t-il des mécanismes de contrôle des
contrôleurs pour éviter toutes les tentations
pouvant entraîner leur corruption par les
entreprises ? Bénéficient-. ils des complicités
au niveau de leur hiérarchie ? Pourquoi depuis
crue l'opinion énonce cette inadéquation entre
les fonds débloqués pour la route et la qualité
de celle-ci, rien n'a été fait au niveau du
ministère malgré le changement de mode de vie
(devenu ostentatoire) de certains hauts
fonctionnaires de cette administrations qui ont
un contact direct avec les entreprises ?
Autant de questions qui
demeurent sans réponses convaincantes et qui
poussent voire condamnent les usagers à être
sceptiques non seulement quant à la réalisation
effective des travaux, mais aussi et surtout sur
leur qualité. II est sans doute temps que l'on
s'intéresse aux pratiques dans l'exécution des
contrôles dans le domaine des routes au Gabon en
général et à Libreville en particulier. Sinon,
l'Etat continuera à sortir des fonds faramineux
pour de piètres résultats.