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Le quotidien l'Union du 09 Juillet 2007

 

GABON-FRANCE / ACCORD SUR LES FLUX MIGRATOIRES

Trois questions au ministre de l'Intérieur

«L'accord crée un rééquilibrage dans la gestion des flux migratoires »

André Mba Obame explique les raisons pour lesquelles le chef de l'Etat a été amené à demander aux autorités françaises de revoir la situation du Gabon, dont le flux migratoire était, jusque-là, défavorable par rapport à la France. Ses ressortissants bénéficiant d'un régime privilégié, alors que les Gabonais avaient vu le leur réduit, depuis les années 86, en dépit des accords signés entre les deux pays.

L'Union. M. le ministre d'Etat, le Gabon et la France ont signé un accord important sur les flux migratoires qui sont du ressort de votre département. Que représente cet accord pour notre pays ?

André Mba Obame : Je pense que vous avez suivi l'historique des négociations. Ce qui est important, c'est que dans un passé si lointain, Ie Gabonais bénéficiait d'un statut particulier, car munis de tous les passeports confondus, ils se rendaient en France sans visas. Les étudiants et stagiaires pouvaient aller, sans problèmes, s'inscrire dans des établissements d'enseignement. Ceux qui voulaient acquérir des petits métiers, pour une première expérience professionnelle, avaient la possibilité de les acquérir, de même qu'ils accédaient à différents emplois. C'était le résultat d'un statut particulier que le Gabon avait réussi a obtenir de la France pratiquement depuis les années 60.

Or, il s'est trouvé qu'à partir des années 1986, notamment avec les lois "Charles Pasqua"; les Gabonais ont vu leur statut particulier amoindri. Exigeant d'eux désormais, un visa pour entrer en France, notamment pour les dans des passeports de service et ordinaire, seuls les détenteurs des passeports diplomatiques n'avaient pas besoins de visas. C'est déjà un premier recul par rapport au statut spécial ou privilégié dont disposait notre pays. Pendant ce temps, les Français, parallèlement, travaillaient au Gabon, entraient facilement au Gabon. Il ne faut pas perdre de vue que durant les années 80 près de 35.000 Français vivaient sur le sol gabonais. Mais il était difficile de trouver en France, même jusqu'à ce jour, 200 ou 300 gabonais travaillant en France. Sur les trois, quatre, cinq mille étudiants et stagiaires gabonais, la grande majorité rentrait au Gabon après leur formation.

Au fur et à mesure, les privilèges des Gabonais ont donc été réduits, malgré les accords existant entre les deux pays. La France n'a jamais signifié ou notifié aux autorités gabonaises la caducité des accords antérieurs. Ces dispositions continuaient à s'appliquer, mais dans la pratique, les Gabonais étaient réduits au régime commun réservé à tous les pays Africains, il y a eu un recul significatif par rapport au régime antérieur.

Soit, quels sont les arguments dont disposait le Gabon pour convaincre la partie française de rétablir le statut particulier concédé aux Gabonais dans les conventions antérieures ?

Il y a un an, le président de la République a demandé aux autorités françaises de revoir cette situation faisant en sorte que le Gabon qui avait un statut particulier, ait été amené à perdre celui-ci, que les textes prévoyant un régime spécial n'étaient plus dans les faits appliqués, alors que rien ne le justifiait. Pourquoi rien ne le justifiait ? parce que, justement, il y a ces dispositions très anciennes qui prévoient des spéciales pour les Gabonais en France et pour les Français au Gabon. Deuxièmement, malgré toutes les lois qui ont porté atteinte au statut particulier des Gabonais, le gouvernement gabonais n'a jamais remis en causes les avantages concédés aux Français au Gabon, alors que les flux migratoires, notamment ceux des Gabonais vas la France et des Français vers le Gabon, étaient favorables à la partie française. II y a plus de Français qui viennent au Gabon que de Gabonais qui vont en France. Donc les flux sont défavorables au Gabon. C'est une raison de plus pour demander que nos partenaires français qui sont en situation de demandeurs, car c'est le Gabon qui fait plus d'efforts, maintiennent ces accords parce que les dits accords, lorsque l'on prend les statistiques, sont plus favorables pour les Français.

C'est simple : en matière de circulation des personnes, par exemple, on a connu des années ou l'on avait enregistré entre 35.000 et 40.000 français vivant au Gabon alors que le nombre des Gabonais en France sur une certaine période, n'a jamais dépassé 5000 voire les 6000. Pendant longtemps on a eu de nombreux travailleurs français au Gabon, de l'autre côté, on avait 5 à 6000 étudiants et stagiaires gabonais en France, je ne sais pas si on a eu deux cent ou trois cent travailleurs gabonais en France. Le rapport était donc défavorable au Gabon, malgré tout cela, le président de la République, dans sa volonté de maintenir des relations privilégiés, a continué à maintenir le statut particulier des Français qui entraient au Gabon sans visas, ils travaillaient sans difficultés. Un ressortissant français peut venir jusqu'à l'aéroport sans visa et y obtient une autorisation d'entrée à l'aéroport.

En 2006, le Gabon a accordé aux ressortissants français 25.000 autorisations d'entrée, dont 15.000 à l'aéroport international Léon Mba et 10.000 ailleurs, notamment dans les Ambassades du Gabon. Mais, l'année dernière, la France a accordé au Gabon 7 à 8000 visas. C'est-à-dire 25.000 demandes, 25.000 accordées, soit 100%. Mais les 7000 visas, sont évalués, selon les autorités consulaires, à 21% de demandeurs gabonais, et même-là, lorsqu'ils disent 7000, ils ajoutent les demandeurs non-gabonais qui ont demandé les visas au Gabon, ce qui,peut donner,à peine 5000 ou 6000 Gabonais y compris les détenteurs de passeports de service. Il s'est créé au fil du temps, un déséquilibre dans l'application des accords signés entre la France et le Gabon en matière de gestion des flux migratoires. Alors que Les ressortissants français continuaient à bénéficier d'un traitement avantageux et particulier que le Gabon ne réserve qu'aux ressortissants français. En matière de délivrance de cartes de séjours, les ressortissants français paient 100.000 francs Cfa, alors que les ressortissants d'autres pays européens, paient dix fois plus, les américains quinze fois plus. Ce qui prouve, une fois de plus, que nous avons continué, malgré le régime commun dans lequel était placé le Gabon, à respecter les accords relatifs au traitement spécial aux Français entrant dans notre pays.

Face à une situation jugée scandaleuse par l'opinion nationale et inégale par les autorités elles-mêmes, le président de la République a attiré l'attention des autorités français pour que tout soit fait pour rééquilibrer la situation en faveur des deux pays. Les discussions n'ont pas été faciles parce qu'elles ont duré une année, après les premières rencontres du président avec le président Nicolas Sarkozy, à l'époque ministre d'Etat à l'Intérieur dans le gouvernement de Villepin. Il a demandé le rééquilibrage en revenant à la situation antérieure, notamment par l'application des conventions signées par les deux pays.

Le président de la République a donc souhaité que la France rétablisse les acquis des Gabonais. Lesquels, en matière de flux migratoires, ne sont pas nombreux en France. Mieux, ils ne sont pas mêlés à des actes de criminalité, de banditisme et de terrorisme en France, alors que pendant ce temps, il y avait toujours une forte communauté française au Gabon. Le président de la République a vraiment porté cette requête, conscient du fait que cette situation gênait les gabonais qui perdaient patience et ne comprenaient pas que le gouvernement laisse faire alors que les statistiques et les données sur les flux migratoires entre les deux pays ne justifiaient pas le traitement infligé à nos compatriotes.

Qu'est ce qui change concrètement aujourd'hui ?

Désormais, les détenteurs de passeport diplomatiques et de service peuvent aller en France sans visas. C'est déjà un acquis. Maintenant les Gabonais détenteurs de passeports ordinaires pourront bénéficier d'un visa de circulation d'une durée de 2 ans, entrées multiples, pour ceux voyageant pour des raisons économiques, familiales, médicales. Il y a un assouplissement important qui mérite d'être également souligné surtout si les autorités consulaires jouent vraiment le jeu, mais le gouvernement veillera à cela. Pour les étudiants et stagiaires, il y aura beaucoup de souplesse. La situation devrait s'améliorer de ce côté là aussi. On n'est certes pas revenu à la situation antérieure, mais il y a des acquis importants.

Source : Journal L'Union Plus du 09/07/2007

 



   

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