GABON-FRANCE / ACCORD SUR LES
FLUX MIGRATOIRES
Trois questions au ministre de
l'Intérieur
«L'accord crée un rééquilibrage dans la gestion
des flux migratoires »
André Mba Obame explique les
raisons pour lesquelles le chef de l'Etat a été
amené à demander aux autorités françaises de
revoir la situation du Gabon, dont le flux
migratoire était, jusque-là, défavorable par
rapport à la France. Ses ressortissants
bénéficiant d'un régime privilégié, alors que
les Gabonais avaient vu le leur réduit, depuis
les années 86, en dépit des accords signés entre
les deux pays.
L'Union.
M. le ministre d'Etat, le Gabon et la France
ont signé un accord important sur les flux
migratoires qui sont du ressort de votre
département. Que représente cet accord pour
notre pays ?
André Mba Obame : Je
pense que vous avez suivi l'historique des
négociations. Ce qui est important, c'est que
dans un passé si lointain, Ie Gabonais
bénéficiait d'un statut particulier, car munis
de tous les passeports confondus, ils se
rendaient en France sans visas. Les étudiants et
stagiaires pouvaient aller, sans problèmes,
s'inscrire dans des établissements
d'enseignement. Ceux qui voulaient acquérir des
petits métiers, pour une première expérience
professionnelle, avaient la possibilité de les
acquérir, de même qu'ils accédaient à différents
emplois. C'était le résultat d'un statut
particulier que le Gabon avait réussi a obtenir
de la France pratiquement depuis les années 60.
Or, il s'est trouvé qu'à
partir des années 1986, notamment avec les lois
"Charles Pasqua"; les Gabonais ont vu leur
statut particulier amoindri. Exigeant d'eux
désormais, un visa pour entrer en France,
notamment pour les dans des passeports de
service et ordinaire, seuls les détenteurs des
passeports diplomatiques n'avaient pas besoins
de visas. C'est déjà un premier recul par
rapport au statut spécial ou privilégié dont
disposait notre pays. Pendant ce temps, les
Français, parallèlement, travaillaient au Gabon,
entraient facilement au Gabon. Il ne faut pas
perdre de vue que durant les années 80 près de
35.000 Français vivaient sur le sol gabonais.
Mais il était difficile de trouver en France,
même jusqu'à ce jour, 200 ou 300 gabonais
travaillant en France. Sur les trois, quatre,
cinq mille étudiants et stagiaires gabonais, la
grande majorité rentrait au Gabon après leur
formation.
Au fur et à mesure, les
privilèges des Gabonais ont donc été réduits,
malgré les accords existant entre les deux pays.
La France n'a jamais signifié ou notifié aux
autorités gabonaises la caducité des accords
antérieurs. Ces dispositions continuaient à
s'appliquer, mais dans la pratique, les Gabonais
étaient réduits au régime commun réservé à tous
les pays Africains, il y a eu un recul
significatif par rapport au régime antérieur.
Soit, quels sont les
arguments dont disposait le Gabon pour
convaincre la partie française de rétablir le
statut particulier concédé aux Gabonais dans les
conventions antérieures ?
Il y a un an, le président de
la République a demandé aux autorités françaises
de revoir cette situation faisant en sorte que
le Gabon qui avait un statut particulier, ait
été amené à perdre celui-ci, que les textes
prévoyant un régime spécial n'étaient plus dans
les faits appliqués, alors que rien ne le
justifiait. Pourquoi rien ne le justifiait ?
parce que, justement, il y a ces dispositions
très anciennes qui prévoient des spéciales pour
les Gabonais en France et pour les Français au
Gabon. Deuxièmement, malgré toutes les lois qui
ont porté atteinte au statut particulier des
Gabonais, le gouvernement gabonais n'a jamais
remis en causes les avantages concédés aux
Français au Gabon, alors que les flux
migratoires, notamment ceux des Gabonais vas la
France et des Français vers le Gabon, étaient
favorables à la partie française. II y a plus de
Français qui viennent au Gabon que de Gabonais
qui vont en France. Donc les flux sont
défavorables au Gabon. C'est une raison de plus
pour demander que nos partenaires français qui
sont en situation de demandeurs, car c'est le
Gabon qui fait plus d'efforts, maintiennent ces
accords parce que les dits accords, lorsque l'on
prend les statistiques, sont plus favorables
pour les Français.
C'est simple : en matière de
circulation des personnes, par exemple, on a
connu des années ou l'on avait enregistré entre
35.000 et 40.000 français vivant au Gabon alors
que le nombre des Gabonais en France sur une
certaine période, n'a jamais dépassé 5000 voire
les 6000. Pendant longtemps on a eu de nombreux
travailleurs français au Gabon, de l'autre côté,
on avait 5 à 6000 étudiants et stagiaires
gabonais en France, je ne sais pas si on a eu
deux cent ou trois cent travailleurs gabonais en
France. Le rapport était donc défavorable au
Gabon, malgré tout cela, le président de la
République, dans sa volonté de maintenir des
relations privilégiés, a continué à maintenir le
statut particulier des Français qui entraient au
Gabon sans visas, ils travaillaient sans
difficultés. Un ressortissant français peut
venir jusqu'à l'aéroport sans visa et y obtient
une autorisation d'entrée à l'aéroport.
En 2006, le Gabon a accordé
aux ressortissants français 25.000 autorisations
d'entrée, dont 15.000 à l'aéroport international
Léon Mba et 10.000 ailleurs, notamment dans les
Ambassades du Gabon. Mais, l'année dernière, la
France a accordé au Gabon 7 à 8000 visas.
C'est-à-dire 25.000 demandes, 25.000 accordées,
soit 100%. Mais les 7000 visas, sont évalués,
selon les autorités consulaires, à 21% de
demandeurs gabonais, et même-là, lorsqu'ils
disent 7000, ils ajoutent les demandeurs
non-gabonais qui ont demandé les visas au Gabon,
ce qui,peut donner,à peine 5000 ou 6000 Gabonais
y compris les détenteurs de passeports de
service. Il s'est créé au fil du temps, un
déséquilibre dans l'application des accords
signés entre la France et le Gabon en matière de
gestion des flux migratoires. Alors que Les
ressortissants français continuaient à
bénéficier d'un traitement avantageux et
particulier que le Gabon ne réserve qu'aux
ressortissants français. En matière de
délivrance de cartes de séjours, les
ressortissants français paient 100.000 francs
Cfa, alors que les ressortissants d'autres pays
européens, paient dix fois plus, les américains
quinze fois plus. Ce qui prouve, une fois de
plus, que nous avons continué, malgré le régime
commun dans lequel était placé le Gabon, à
respecter les accords relatifs au traitement
spécial aux Français entrant dans notre pays.
Face à une situation jugée
scandaleuse par l'opinion nationale et inégale
par les autorités elles-mêmes, le président de
la République a attiré l'attention des autorités
français pour que tout soit fait pour
rééquilibrer la situation en faveur des deux
pays. Les discussions n'ont pas été faciles
parce qu'elles ont duré une année, après les
premières rencontres du président avec le
président Nicolas Sarkozy, à l'époque ministre
d'Etat à l'Intérieur dans le gouvernement de
Villepin. Il a demandé le rééquilibrage en
revenant à la situation antérieure, notamment
par l'application des conventions signées par
les deux pays.
Le président de la République
a donc souhaité que la France rétablisse les
acquis des Gabonais. Lesquels, en matière de
flux migratoires, ne sont pas nombreux en
France. Mieux, ils ne sont pas mêlés à des actes
de criminalité, de banditisme et de terrorisme
en France, alors que pendant ce temps, il y
avait toujours une forte communauté française au
Gabon. Le président de la République a vraiment
porté cette requête, conscient du fait que cette
situation gênait les gabonais qui perdaient
patience et ne comprenaient pas que le
gouvernement laisse faire alors que les
statistiques et les données sur les flux
migratoires entre les deux pays ne justifiaient
pas le traitement infligé à nos compatriotes.
Qu'est ce qui change
concrètement aujourd'hui ?
Désormais, les détenteurs de
passeport diplomatiques et de service peuvent
aller en France sans visas. C'est déjà un
acquis. Maintenant les Gabonais détenteurs de
passeports ordinaires pourront bénéficier d'un
visa de circulation d'une durée de 2 ans,
entrées multiples, pour ceux voyageant pour des
raisons économiques, familiales, médicales. Il y
a un assouplissement important qui mérite d'être
également souligné surtout si les autorités
consulaires jouent vraiment le jeu, mais le
gouvernement veillera à cela. Pour les étudiants
et stagiaires, il y aura beaucoup de souplesse.
La situation devrait s'améliorer de ce côté là
aussi. On n'est certes pas revenu à la situation
antérieure, mais il y a des acquis importants.