CHRONIQUE POLITIQUE
Questions sans réponses
L'ASSEMBLÉE nationale dispose
en matière de contrôle de l'action
gouvernementale de plusieurs moyens et
procédures que sont: l'interpellation, les
questions écrites ou orales auxquelles se
soumettent le Premier ministre et les membres de
son gouvernement.
L'interpellation, jeudi
dernier, du ministre d'Etat, ministre de l'Economie,
des Finances, du Budget et de la Privatisation,
et du Premier ministre, chef du gouvernement,
entrant dans le cadre de cette procédure, a
permis à Paul Toungui et Jean Eyéghé Ndong, de
s'expliquer devant la Représentation nationale,
sur les conditions de la cession de Gabon
Télécom et Libertis à Maroc Télécom, ainsi que
sur la gestion des fêtes tournantes du 17-Août,
deux dossiers qui suscitent de multiples
interrogations, interprétations, voire des
passions et des remous dans l'opinion nationale,
notamment sur la manière dont ils ont été
conduits et gérés.
Dans cet affrontement prenant
des allures d'un jeu consistant à lancer
un paquet de boue au visage de l'adversaire, le
torrent de critiques, de plaintes et de regrets
exprimés a été opposé à des arguments et
contre-arguments juridiques, techniques et
financiers. Le flot de chiffres et de
commentaires contradictoires alimentant les
rumeurs les plus folles a le plus souvent pris
le pas sur la véritable information, le faux se
parant des habits du vrai. Sans pour autant,
fort malheureusement, que l'océan
d'incompréhension qui sépare les gouvernants et
les citoyens sur ces dossiers, n'ait été
forcément réduit. La suspicion sur les modalités
ayant présidé à la privatisation de cette
société nationale, naguère fleuron en matière
des télécommunications, et sur la capacité du
gouvernement à faire aboutir correctement
l'ambition présidentielle de développer par le
biais des Fêtes tournantes, de manière
harmonieuse le pays, subsiste toujours.
Car, des joutes oratoires
auxquelles se sont livrées députés et
gouvernement, l'on aura retenu, en ce qui
concerne le dossier de la Privatisation, que le
gouvernement a été amené à privatiser Gabon
Télécom, au bord de la faillite, sans en avoir
réellement achevé d'évaluer le coût réel de
vente de l'entreprise, que cette cession porte,
en elle, des manquements éventuellement
imputables à l'urgence, que les négociations se
poursuivent entre les parties gabonaise et
marocaine. Que le gouvernement n'a pas forcément
réussi à dissiper toute illusion sur son
attitude à mieux gérer le dossier des fêtes
tournantes, à l'occasion desquelles de nombreux
hommes politiques et des chefs d'entreprises se
sont frauduleusement enrichis. Que les sommes
allouées et dégagées ont été, dans la plupart
des cas, détournées à d'autres fins.
POLITIQUE SPECTACLE. En
admettant que Gabon Télécom ait été vendue, car
au bord du dépôt de bilan pourquoi a-t-on
attendu la mort de la poule aux oeufs d'or pour
réagir ? Que fait-on des auteurs de la gabegie
financière ? En admettant que la cession a été
faite précipitamment, que fait-on ? Doit-on
revoir le processus, réorienter les discussions
avec le nouveau partenaire ? En admettant que
les fêtes tournantes ont été mal gérées par les
politiques ou les patrons d'entreprises, que
fait-on, sinon que réserve-t-on aux responsables
de ces malversations financières ? Comment
doit-on s'y prendre dorénavant ?
Ce sont là autant de
questions non posées, mais qui renferment les
principales préoccupations des Gabonais qui sont
restés sur leur faim, pour n'avoir pas perçu
dans la démarche des politiques, en dépit de
fortes critiques, une volonté réelle de aire la
lumière sûr ces dossiers brûlants. Là aussi, la
Représentation nationale a manqué une occasion
de jouer pleinement son rôle. Ne serait-ce qu'en
poussant le gouvernement dans ses derniers
retranchements, pour inspirer des sanctions
susceptibles de décourager ceux qui aujourd'hui
sont tentés par la même aventure que ceux qui
sont incriminés.
Reste à savoir si les
députés, dont un bon nombre traînent aussi des
casseroles et qui, plus est, s'érigent en
donneurs de leçons, sont vraiment motives pour
un tel débat. Un échange qui aurait pu éviter au
peuple gabonais 'assister à une sorte de
théâtralisation du jeu politique et surtout à la
politique spectacle à grande échelle médiatique
à laquelle on a assisté au palais Léon Mba,
d'autant que les questions de fond ont été
occultées pour complaire, semble t-il à la rue
qui se nourrit de ragots et du sensationnel.