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Le quotidien l'Union du 05 Juillet 2007

 

APF/TROIS QUESTIONS AU SECRÉTAIRE GENERAL DE LA FRANCOPHONIE

Abdou Diouf : "Le développement du français doit se faire en adéquation avec le développement des langues parlées dans l'espace franco p one"

Cette question et bien d'autres font partie des objectifs que s'est fixée la Francophonie dans le cadre de la défense de la diversité culturelle.

l'union. M. le secrétaire général, qu'est ce qu'une institution comme la Francophonie, à forte connotation politique et culturelle, peut apporter à l'Afrique, notamment, dans un monde marqué par le primat de l'économie ?

Abdou Diouf. Ce qu'il faut d'abord dire c'est que l'économie c'est le quantitatif. Ce n'est qu'un moyen au service de l'Homme. Et mon prédécesseur à la tête de l'Etat sénégalais, le président Léopold Sédar Senghor, avait l'habitude de dire que la culture est au début et à la fin du développement. Ce qui veut dire que si vous n'examine pas les problèmes économiques sous l'angle culturel, c'est-à-dire de la solidarité, de la paix, de la dignité humaine et de la justice, vous avez peu de chances de résoudre les problèmes. La mondialisation est une chose inévitable et nécessaire, d'autant quelle crée des richesses. Ce qui est important c'est de savoir ce que l'on doit faire pour que cette richesse contribue au bonheur de toute l'humanité. A l'évidence on doit introduire des éléments de valeur; des éléments culturels, sans lesquels toute tentative de résolution des problèmes va s'avérer improductive. C'est la raison pour laquelle nous nous battons au niveau de la Francophonie comme au niveau des autres aires linguistico-culturelle pour une mondialisation maîtrisée, humanisée, équitable qui ne laisse pas un pan entier de la société au bord de la route. Et on a l'impression, malheureusement; que l'Afrique est justement laissée au bord de la route. A la Francophonie, nous avons centré notre rôle sur l'homme. D'où l'importance que nous accordons aux problèmes de formation, d'éducation, d'enseignement supérieur, de recherche, d'appropriation des nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC), aux problèmes du genre, c'est-à-dire l'égalité homme-femme, aux problèmes de la jeunesse qui constitue l'avenir de toute société, en particulier de nos sociétés, aux problèmes du développement local à travers la décentralisation, de la formation et du renforcement des capacités de tous les acteurs de la vie économique, sociale et politique.

Aux problèmes de la presse, de la paix, de l'Etat de droit sans lequel nos sociétés seront vouées à l échec et au désordre. Aux problèmes du respect des Droits de l'Homme et de leur promotion en permanence, au respect de la diversité et des différences. Nous sommes dans un village planétaire certes, mais un village planétaire composé de plusieurs quartiers. Car, il ne faut guère oublier que c'est la diversité des cultures qui fonde l'universalité de l'homme. Et l'universalité n'est pas l'uniformité, car elle est faite de la symbiose entre les différentes cultures, les différentes civilisations qui s'enrichissent mutuellement.

Les parlementaires francophones vont débattre de plusieurs thèmes d'actualité, parmi lesquels figurent les flux migratoires dans l'espace francophone. Quelle est votre réflexion sur cette question ?

D'abord celle de constater que les migrations ont toujours existé depuis que le monde est monde. Si l'on s'appui sur la théorie selon laquelle l' homme est né en Afrique, il s'ensuit à l'évidence que le reste du monde a été forcément peuplé par le fait migratoire. Mais force est de reconnaître qu'à l'heure actuelle, ce problème a pris un caractère massif, surtout dans le sens sud-nord. Parce qu'il ne faut pas oublier que l'immigration, qui est l'un des aspects de la mondialisation dont nous venons de parler, se vit aussi dans le sens sud-sud. Nous parlons dans la mondialisation d'échanges de capitaux de technologie, de biens et de marchandises. Mais il y a aussi l'échange humain. Il faut aller et venir, sinon nous ne voyons pas où se situerait l'unité du genre humain, sa légitimité et sa pertinence si nous ne pouvons pas accomplir ce geste d'aller et venir d'un point à un autre. Il faut que cela soit régulé autant que tous les autres aspects de la mondialisation. Et cette régulation doit nécessairement passer par un partenariat, par un dialogue permanent, en particulier entre le nord et le sud. De façon que tous les aspects politiques, économiques, sociaux et culturels soient abordés entre les pays émetteurs et récepteurs de ces migrants. Ce n'est que de cette façon que l'on pourra maîtriser au mieux les flux migratoires, les réguler de façon qu'ils servent au développement de nos sociétés et non pas à leur assèchement. Et je pense que le prochain sommet entre l'Europe et l'Afrique va aborder ce thème important même si par ailleurs on voit se développer des initiatives au niveau bilatéral, notamment entre la France et un certain nombre de nos pays pour tenter de résoudre le problème autrement que par la voie répressive. Au niveau de la Francophonie nous voulons développer dans nos pays des œuvres artistiques à savoir le cinéma, l'édition, la danse, le théâtre, la musique qui font partie des créations humaines et qui font la beauté de la vie. Comment voulez-vous être dans un espace de solidarité comme la Francophonie et qu'il y ait des entraves à la circulation des artistes, des écrivains? Ou même des étudiants, des chercheurs et des hommes d'affaires. je pense qu il y a là un problème qu'il convient de mettre sur la table pour favoriser une plus grande fluidité dans la circulation,tout en étant bien évidemment strict en ce qui concerne les phénomènes de clandestinité. Cette question de l'immigration est du reste le premier sujet que j'ai donné à la nouvelle cellule d'études et de réflexions stratégiques de la Francophonie que j'ai installée. C'est dire l'importance quelle revêt.

Parmi les objectifs que s'est fixée la Francophonie figure la défense des langues parlées à l'intérieur de espace francophone. Qu'entendez-vous par là ?

C'est une question très importantes surtout posée par un Gabonais. Souvenez-vous que ma première véritable sortie en tant que secrétaire général de la Francophonie a été ici à Libreville où nous avons tenu les états généraux de l'enseignement du français en Afrique subsaharienne. La principale conclusion de ces états généraux était que le français doit être enseigné. Que nous devons avoir un français de qualité. Mais, nous réussirons d'autant mieux que nous accorderons de l'importance aux langues nationales. Tout en sachant, au niveau de la Francophonie que nous avons le français en partage, nous devons avoir un égal respect des langues partenaires. Maison pour laquelle nous poussons et aidons nos gouvernements à développer les langues nationales. Car, il a été prouvé par des expériences que si dans un cycle scolaire primaire vous commencez à alphabétiser les jeunes dans leur langue nationale, ils sont plus à même par la suite de s'approprier la langue française. Et au bout du compte ils ont de bien meilleurs résultats que ceux qui ont commencé leur scolarité en français. La langue française, ainsi que le disait le président Senghor, est pour nous un trésor, notre langue de communication internationale. C'est la langue officielle de la plupart de nos pays. L'Afrique étant le bastion de la Francophonie et un des réservoirs des locuteurs francophones qui peut étendre dans la mesure où nous travaillerons davantage dans le développement de l'enseignement du français dans nos pays, nous devons faire des efforts dans ce domaine-là si nos gouvernements le souhaitent. L'effort de développement du français doit aller de pair; être en adéquation avec le développement des langues partenaires de l'espace francophone.

Source : Journal L'Union Plus du 05/07/2007

 



   

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