CONTENTIEUX ÉLECTORAL A LA
COUR
La
pratique électorale des acteurs politiques en
question
Malgré les nombreuses
modifications et innovations apportées dans
l'outil électoral pour garantir la transparence
du vote, les contestations des résultats à
chaque élection confirment que certaines
mauvaises habitudes et pratiques ont la vie dure
dans le pays. A tel point qu'on se demande si
les élites du pays ne sont pas en train de
vouloir saper la démocratie.
AU terme de l'enregistrement
à la Cour constitutionnelle des recours en
annulation introduits par de nombreux candidats
qui contestent les résultats des dernières
législatives, la procédure d'examen desdites
requêtes a été entamée, hier lundi 15 janvier
2006, au siège de cette institution sis
boulevard de l'Indépendance.
Huit membres de la
juridiction constitutionnelle, en dehors de la
présidente Mme Marie-Madeleine Mborantsuo, ont
amorcé la phase d'instruction de ces dossiers
enregistrés par le Greffe, ouvrant ainsi la
période de confrontation juridique à laquelle
les conseils des différentes parties engagées
dans ce processus vont se soumettre pendant deux
mois, période légale au terme de laquelle
devrait être vidé ce lourd contentieux
électoral.
Si cette possibilité de
contestation est offerte, à la lecture de la loi
portant dispositions communes à toutes les
élections politiques, modifiée, à tout candidat,
tout électeur pour demander l'annulation des
opérations électorales (article 119), le
volumineux contentieux soumis à l'instruction
des hauts juges ne pose pas moins, en revanche,
le problème de la pratique électorale dans notre
pays. Car, non seulement leur nombre ne régresse
pas par rapport au précédent contentieux, en
dépit des modifications et d'importantes
innovations tendant à restaurer la crédibilité
du vote et l'outil électoral. Mais, la teneur
des griefs invoqués par les plaignants, même si
l'examen contradictoire n'a pas encore eu lieu,
en dit long autant sur le déroulement du vote
que sur le rôle majeur des acteurs politiques,
qui sont pourtant les principaux initiateurs de
ces réformes. Celles-ci découlent des leçons
tirées des différentes consultations électorales
émaillées de contestations et d'irrégularités.
Elles ont été prises après l'ouverture des
pourparlers parfois longs et harassants
régulièrement organisés depuis 1994 par les
forces politiques de la majorité et de
l'opposition gabonaise.
ORGANISATION. La dernière
concertation politique organisée sous l'égide du
président de la République, Omar Bongo Ondimba,
après les élections présidentielles de novembre
2005, dont les résultats avaient été fortement
contestés par les candidats malheureux Pierre
Mamboundou de l'Union du peuple gabonais (UPG)
et Zacharie Myboto, de l'Union gabonaise pour la
démocratie et le développement (UGDD), avait
permis de débattre des modalités et procédures
permettant de réduire ces manquements. Et,
surtout de garantir la transparence du vote tant
recherchée par l'ensemble des acteurs politiques
et les électeurs gabonais. En ce sens que des
avancées significatives permettant de garantir
une meilleure organisation des élections, et de
favoriser une meilleure pratique du vote dans le
pays ont été prises, portaient sur la remise des
procès-verbaux sanctionnant le vote aux
représentants des candidats. La suppression du
Centre technique des élections (CTE), critiquée
par l'opposition, au motet qu'il était centre de
toutes les manipulations des fichiers
électoraux, fut admise.
Au même titre que le
transfert de l'établissement des listes
électorales et des cartes d'électeurs à
l'échelon provincial. La mention des
renseignements sur l'ascendance de l'électeur,
c'est-à-dire, les noms du père et de la mère,
l'attribution d'un numéro d'identification
unique à chaque électeur, ont également été
approuvées pour sécuriser le vote. La retour au
collège électoral unique avec la suppression du
vote séparé des militaires et autres agents des
forces de sécurité et la création d'une
Commission électorale nationale autonome et
permanente (CENAP), s'inscrivaient en droite
ligne des objectifs de transparence du vote dans
notre pays.
IMPERFECTIONS. Bien que
toutes ces nouvelles dispositions contenues dans
l'ordonnance du 22 août 2006, portant
modification du Code électoral sur la base de
laquelle les dernières élections ont été
organisées par la Cenap, malgré tout, cette
élection des 17 et 24 décembre en vue du
renouvellement de l'Assemblée nationale ayant vu
la participation de l'ensemble des partis
politiques, a débouché sur un lot important de
contestations. Lesquelles, loin donc d'avoir été
provoquées uniquement des conditions
d'organisation de cette consultation électorale
par la Commission électorale nationale autonome
et permanente que dirige René Aboghé Ella, qui,
du reste, auront été jugées satisfaisantes
malgré quelques imperfections, n'occultent
nullement la responsabilité première qui est
celle des hommes et principalement des acteurs
politiques dans la mauvaise pratique observée
dans l'arène électorale au fil des scrutins. Ce
qui, à l'analyse, donne clairement à penser que,
nonobstant la qualité et la teneur juridique des
textes qui régissent le vote dans notre pays
pour garantir le bon déroulement du vote et
éviter les irrégularités ainsi que les fraudes
susceptibles d'entacher le résultat final des
opérations de votation, le problème reste
entier. Le chapelet des dispositions, les
garde-fous qui jalonnent le dispositif électoral
n'auront pas changé considérablement la donne.
Comme en témoignent les contestations et
nombreux recours enregistrés à la Cour
constitutionnelle. Laquelle juge des élections,
dans une démarche de pédagogie répétitive et
préventive, avait, à la veille de l'élection,
porté à l'attention des acteurs politiques, des
candidats, des électeurs et de l'ensemble des
citoyens, d'importantes précisions sur le
fonctionnement des commissions, la composition
des bureaux de vote, l'accès des électeurs dans
les bureaux en milieu urbain et rural ainsi que
les opérations de votation, l'établissement des
procès-verbaux, la consultation de ces
documents. L'objectif était manifestement de
rappeler à la conscience collective la nécessité
pour tous de respecter les règles du jeu.
ANCRAGE. Or, il apparaît
que dans la plupart des cas, la volonté de
gagner coûte que coûte, et cela quelle que soit
la manière, semble avoir marqué davantage les
esprits malins qui n'ont pas hésité de se livrer
à des contorsions, des manipulations de tout
genre et à des pratiques déviantes pour
s'imposer. Cela s'est traduit sur le champ
électoral par les manoeuvres frauduleuses
orchestrées par certains candidats de différents
bords politiques pour le contrôle des bureaux de
vote et les procès-verbaux de plusieurs
circonscriptions électorales. Et aussi, par les
actions initiées pour obtenir des votes
multiples, les falsifications des documents
afférents à l'expression des suffrages, l'achat
des consciences, etc. Autant d'irrégularités qui
démontrent bien l'ancrage des mauvaises
pratiques de vote dont les auteurs sont bien les
acteurs politiques eux-mêmes. Il se pose un réel
problème de comportements et de changement de
mentalités pour ces derniers, mus par la seule
ambition de gagner, qu'il faut nécessairement
résoudre, au risque de patauger encore
longtemps, en dépit des efforts déployés pour
élaborer des bons textes, dans le même bourbier.