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Le quotidien l'Union du 12 Janvier 2007

 

APRÈS L'AMER CONSTAT DU PREMIER MINISTRE

Il faut sauver le service public

LE Premier ministre, Jean Eyéghé Ndong a fait lundi, lors de la cérémonie de présentation des voeux qui lui a été consacrée, le constat d'un service public gabonais en déliquescence. Celui-ci étant gangrené du fait des "comportements déviants" détournements des deniers publics, pots de vin, dilettantisme, laxisme, désintérêt et glissements divers à l'origine de son inefficacité.

Ce n'est guère la première fois que le chef du gouvernement sonne le tocsin et dénonce "les insuffisances et incohérences" qui minent le service public. Il l'avait déjà fait lors de sa déclaration de politique générale à l'Assemblée nationale devant les députés de la dixième législature qui vient de s'achever.

Jean Eyéghé Ndong avait, en outre ce jour-là, dénoncé les abus et la gabegie dont sont coupables certains agents de l'État, manifesté sa volonté d'y mettre fin par des mesures appropriées. Lesquelles auront pour effet à la fois de punir systématiquement tous les auteurs e forfaiture et de restaurer l'autorité de l'État.

Si les intentions du Premier ministre étaient en tous points louables, on ne peut pas dire, douze mois après que les mentalités ont évolué, que le service public a pris de l'envol, que ceux qui gèrent les deniers de l'Etat "se sont rangés du côté de l'orthodoxie" tel qu'il l'avait souhaité. Son adresse, lundi dernier aux membres du gouvernement et aux responsables des administrations publiques et parapubliques, vient en tout cas confirmer qu'il n'y a guère eu d'avancées significatives dans ce domaine.

En effet, au sein de nos administrations, rien ne se fait plus gratuitement. A la Fonction publique par exemple la signature de l'attestation de prise de service donne lieu couramment au déboursement d'espèces sonnantes et trébuchanteS. Sinon c'est l'attente indéfinie avant de l'obtenir. Toutes les techniques sont, en tout cas, utilisées pour vous amener à débourser de l'argent plutôt que d'attendre. Dans cette même administration, l'obtention de la fiche bleue est aussi l'objet de "bizness":

JUSTICE• Le Centre hospitalier de Libreville n'est nullement en reste. Au sein de cet établissement public, devenu privé de par les pratiques qui y ont cours, les services d'une infirmière ou d'un médecin ne sont plus gratuits. Même le simple pansement est payant. Ces exemples, loin d'être exhaustifs témoignent tout simplement de la décrépitude du service public.

Que ce soit en janvier 2006 à l'Assemblée nationale ou lundi dernier, Jean Eyéghé Ndong, qui prenait le relais du président de la République qui trois jours plus tôt demandait le retour du civisme dont les comportements susmentionnés sont à l'origine de son affaiblissement, a manifesté sa volonté de mettre fin aux mauvais comportements de bien des serviteurs de l'État.

La situation actuelle du pays commande que l'on proscrive toute démarche discursive pour laisser la place aux actions concrètes, c'est-à-dire qu'on se montre pragmatique en prenant des décisions qu'il faut pour mettre effectivement fin aux comportements déviants. Même s'il faut pour cela que "l'on se déshabille sur la place publique", c'est assurément le moment indiqué, pourrait-on dire. Sinon, on ne sera jamais que de simples spectateurs, condamnés à regarder sans réaction les fossoyeurs de l'État dépouiller piller, saccager impunément, avec arrogance et sans vergogne le patrimoine de tous les Gabonais.

L'administration publique et parapublique, bras séculier de l'État sur lequel s'appuie le gouvernement dans son action quotidienne, est complètement viciée par de tels comportements, lesquels contribuent, on s'en doute, à ternir l'image de l'administration publique et à la rendre bien évidemment repoussante.

A l'évidence, des sanctions s'imposent pour ramener l'orthodoxie autant que l'efficacité. Ce qui nécessite une justice efficace et impartiale pour, sinon mettre fin aux effets dévastateurs qui nuisent au bon fonctionnement du service public, tout au moins les atténuer.

Car, en tout temps la justice est le socle sur lequel est bâti l'État de droit. Elle est la première vertu d'un bon gouvernement. Elle est là pour sanctionner les fautes, les dérives, les délits et les crimes. Elle n'est pas là pour empêcher qu'ils se produisent, mais pour que es conséquences des actes délictueux se retournent contre leurs auteurs. Il est donc temps de voir la société disposer de cet outil. Au risque de voir le lien social être mis à mal et se déliter irrémédiablement.

Source : Journal L'Union Plus du 12 Janvier 2007

 



   

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