APRÈS L'AMER CONSTAT DU
PREMIER MINISTRE
Il faut
sauver le service public
LE
Premier ministre, Jean Eyéghé Ndong a fait
lundi, lors de la cérémonie de présentation des
voeux qui lui a été consacrée, le constat d'un
service public gabonais en déliquescence.
Celui-ci étant gangrené du fait des
"comportements déviants" détournements des
deniers publics, pots de vin, dilettantisme,
laxisme, désintérêt et glissements divers à
l'origine de son inefficacité.
Ce n'est guère la première
fois que le chef du gouvernement sonne le tocsin
et dénonce "les insuffisances et incohérences"
qui minent le service public. Il l'avait déjà
fait lors de sa déclaration de politique
générale à l'Assemblée nationale devant les
députés de la dixième législature qui vient de
s'achever.
Jean Eyéghé Ndong avait, en
outre ce jour-là, dénoncé les abus et la gabegie
dont sont coupables certains agents de l'État,
manifesté sa volonté d'y mettre fin par des
mesures appropriées. Lesquelles auront pour
effet à la fois de punir systématiquement tous
les auteurs e forfaiture et de restaurer
l'autorité de l'État.
Si les intentions du Premier
ministre étaient en tous points louables, on ne
peut pas dire, douze mois après que les
mentalités ont évolué, que le service public a
pris de l'envol, que ceux qui gèrent les deniers
de l'Etat "se sont rangés du côté de
l'orthodoxie" tel qu'il l'avait souhaité. Son
adresse, lundi dernier aux membres du
gouvernement et aux responsables des
administrations publiques et parapubliques,
vient en tout cas confirmer qu'il n'y a guère eu
d'avancées significatives dans ce domaine.
En effet, au sein de nos
administrations, rien ne se fait plus
gratuitement. A la Fonction publique par exemple
la signature de l'attestation de prise de
service donne lieu couramment au déboursement
d'espèces sonnantes et trébuchanteS. Sinon c'est
l'attente indéfinie avant de l'obtenir. Toutes
les techniques sont, en tout cas, utilisées pour
vous amener à débourser de l'argent plutôt que
d'attendre. Dans cette même administration,
l'obtention de la fiche bleue est aussi l'objet
de "bizness":
JUSTICE• Le Centre
hospitalier de Libreville n'est nullement
en reste. Au sein de cet établissement public,
devenu privé de par les pratiques qui y ont
cours, les services d'une infirmière ou d'un
médecin ne sont plus gratuits. Même le simple
pansement est payant. Ces exemples, loin d'être
exhaustifs témoignent tout simplement de la
décrépitude du service public.
Que ce soit en janvier 2006 à
l'Assemblée nationale ou lundi dernier, Jean
Eyéghé Ndong, qui prenait le relais du président
de la République qui trois jours plus tôt
demandait le retour du civisme dont les
comportements susmentionnés sont à l'origine de
son affaiblissement, a manifesté sa volonté de
mettre fin aux mauvais comportements de bien des
serviteurs de l'État.
La situation actuelle du pays
commande que l'on proscrive toute démarche
discursive pour laisser la place aux actions
concrètes, c'est-à-dire qu'on se montre
pragmatique en prenant des décisions qu'il faut
pour mettre effectivement fin aux comportements
déviants. Même s'il faut pour cela que "l'on se
déshabille sur la place publique", c'est
assurément le moment indiqué, pourrait-on dire.
Sinon, on ne sera jamais que de simples
spectateurs, condamnés à regarder sans réaction
les fossoyeurs de l'État dépouiller piller,
saccager impunément, avec arrogance et sans
vergogne le patrimoine de tous les Gabonais.
L'administration publique et
parapublique, bras séculier de l'État sur lequel
s'appuie le gouvernement dans son action
quotidienne, est complètement viciée par de tels
comportements, lesquels contribuent, on s'en
doute, à ternir l'image de l'administration
publique et à la rendre bien évidemment
repoussante.
A l'évidence, des sanctions
s'imposent pour ramener l'orthodoxie autant que
l'efficacité. Ce qui nécessite une justice
efficace et impartiale pour, sinon mettre fin
aux effets dévastateurs qui nuisent au bon
fonctionnement du service public, tout au moins
les atténuer.
Car, en tout temps la justice
est le socle sur lequel est bâti l'État de
droit. Elle est la première vertu d'un bon
gouvernement. Elle est là pour sanctionner les
fautes, les dérives, les délits et les crimes.
Elle n'est pas là pour empêcher qu'ils se
produisent, mais pour que es conséquences des
actes délictueux se retournent contre leurs
auteurs. Il est donc temps de voir la société
disposer de cet outil. Au risque de voir le lien
social être mis à mal et se déliter
irrémédiablement.