PRÉSENTATION DES VOEUX AU
PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE
Pour le
retour de l'autorité de l'Etat
RÉPONDANT
aux responsables des institutions
constitutionnelles, au maire et à l'archevêque
de Libreville venus lui adresser vendredi
dernier leurs voeux de Nouvel An, le président
de la République, Omar Bongo Ondimba, s'est
indigné de l'absence de civisme dont font preuve
certains compatriotes. derniers ont, en effet,
-développé des comportements pour le moins
blâmables, bravant souvent l'autorité de l'Etat
en érigeant à chaque mouvement d'humeur des
barricades et en se livrant à d'autres actes
répréhensibles qui causent, bien évidemment, du
tort au bon fonctionnement de la société.
Dans l'esprit du président de
la République, un retour aux vieilles méthodes
d'enseignement de l'instruction civique s'impose
donc avec beaucoup d'acuité au regard de la
perte de bien des valeurs qui fondent l'Etat de
droit. La démocratie exige un régime fort
qui impose le respect des lois et des
institutions de la République "a martelé le
chef de l'Etat qui ne comprend pas comment la
société a pu faire, ce bond en arrière au point
de perdre complètement tous ses repères.
Il est manifestement temps de
sonner le tocsin, car l'absence de civisme est
un réel frein à la construction de la nation
gabonaise. Quel amour peut-on avoir, pour le
pays lorsqu'on n'est même pas capable de chanter
l'hymne national, encore moins de respecter le
drapeau qui sont autant de symboles qui forgent
l'esprit patriotique ?
Si l'on s'en tient au fait
que l'exemple vient du haut, nul doute que c'est
d'abord et avant tout à ceux qui nous servent de
modèles au sein de la société qu'il faut en
premier poser la question sur l'origine de ce
glissement des valeurs. En tout cas les exemples
fourmillent qui montrent clairement que certains
responsables de notre pays ne sont pas du tout
exempts de tout reproche quant au dépérissement
des valeurs citoyennes. Comme en témoignent les
comportements de certaines personnes influentes
imitées par d'autres de statut social modeste
qui narguent l'arrêté interdisant aux voitures
de circuler avec des vitres fumées. Des
comportements qui font souvent le lit, on s'en
doute, à l'inobservation de la loi par les
populations.
Au demeurant, les principes
généraux du droit imposent une bonne moralité de
la part des icônes de la société. Or, bien des
personnalités ne peuvent nullement se prévaloir
d'être des références en la matière au regard de
leurs agissements (corruption, forfaiture, pots
de vin, etc.) des actions que réprouve la morale
et qui heurtent la sensibilité du plus grand
nombre.
IMPUNITE• Ces
actes répréhensibles restent curieusement
impunis. C'est à se demander du reste à quoi
sert la Commission de lutte contre
l'enrichissement illicite créée justement pour
lutter contre ce genre de maux. Ce phénomène de
l'impunité est en réalité une vraie gangrène
pour la société gabonaise. Une équation
difficile à résoudre pour les gouvernants.
Aussi longtemps que l'Etat se
montrera incapable de mettre en place des
outils de justice efficaces, certaines
personnes se sentiront toujours au-dessus
d'autres, très puissantes et intouchables. Elles
continueront de se moquer éperdument
de la justice de notre pays et
participeront activement à
l'affaiblissement de l'autorité de l'Etat.
Ainsi que l'affirmait fort justement
le premier président de la Cour de
Cassation, Antoine Nguéma Essono, la
justice en tout temps est le socle sur
lequel est bâti un Etat de droit. On
ne peut nullement construire un pays,
partant un Etat fort, sans l'instauration
d'une justice tout aussi forte
qu'équitable. "Sans justice il
n'y a pas de démocratie et sans
démocratie, il n'y a pas de développement
durable"; a dit le Premier président de la
Cour de Cassation.
Au demeurant, un Etat
démocratique et fort ne se justifie pas
seulement par la seule mise en place d'un cadre
institutionnel. Celui-ci doit reposer davantage
sur le strict respect des règles édictées pour
son fonctionnement.
Aussi, en dépit de
l'organisation actuelle de la vie politique
basée sur l'institutionnalisation du pouvoir, la
société devrait-elle, elle-même s'organiser en
vue de limiter un certain nombre d'abus. Cela à
travers la mise en place de véritables
contre-pouvoirs. De sorte que le corps
électoral, judiciaire, le Parlement, les
syndicats, la presse bien évidemment et autres
associations qui constituent autant d'entités de
limitation des abus, ne soient pas de simples
instruments au service des décideurs.
Bâtir une société équitable
passe, certes, nécessairement par le
fonctionnement de la justice, mais aussi par
i'accomplissement par chacune de ces entités du
rôle qui lui est dévolu. Dès lors qu'il y a
connivence et compromission, la société
démocratique, juste et équitable à laquelle les
uns et les autres aspirent ne sera lamais qu'une
simple vue de l'esprit. Et le retour de
l'autorité de l'Etat que préconise le président
de la République aura du mal à prendre corps.