ENVIRONNEMENT ET
DÉVELOPPEMENT/ENTRETIEN AVEC UN EXPERT DU "PLAN
CARBONE" NATIONAL
Chris
Mombo Nzatsi :
"Les satellites
et les laboratoires permettent de connaître la
quantité de carbone en réserve au Gabon".
APRES avoir été, des années
durant, directeur général de l'Environnement,
Chris Mombo Nzatsi est, depuis quelques mois,
conseiller du vice-Premier ministre en charge de
l'Environnement. Il a donc largement contribué
ci l'élaboration du "Plan carbone" national du
Gabon. Le projet, une fois sur les rails, va
permettre à notre pays de commercialiser sur les
marchés émergents ses ressources en carbone
tenues en réserve. Dans l'interview qu'il nous a
accordée, M. Mombo Nzatsi fait le point.
•
l'Union : Quelles sont les mécanismes
de mise en place du "Projet carbone"
?
Chris Mombo Nzatsi :
D'abord, il faut souligner que la situation
géographique de notre pays, à cheval sur
l'équateur et avec une façade maritime de 801
km, donne au Gabon des atouts dans la
perspective de la prise en compte des ressources
en carbone. Il y a plusieurs variables. Primo,
la "séquestration" du carbone par la biomasse
tient compte du couvert forestier et de
l'existence des plaines herbeuses. Ce couvert
garde en moyenne 30à 60 % de tonnes de carbone à
l'hectare La font primaire produit 60 à 180
tonnes de carbone à l'hectare. C'est là où
réside la question de la définition des types de
forêts éligibles. La. prise en compte du marché
du carbone est inscrite dans les négociations de
2012.
Il faut aussi souligner que
la réinjection du gaz carbonique dans les fonds
marins permet de réguler les réserves de carbone
et le Gabon possède une zone économique
exclusive de grande importance.
Deuxio, il y a la
"séquestration" géologique, c'est-à-dire toutes
les possibilités qui s'offrent en la matière au
niveau des sols. A ce propos, des partenaires
ont parle passé proposé à l'Etat la plantation
de nouvelles forêts afin de repeupler en
essences exotiques les zones de plaines dans le
Sud et le Sud Est du Gabon. Cette initiative a
pour objectif de faire face à la destruction des
écosystèmes, et à l'invasion de certaines
essences qui peuvent s'avérer nuisibles. Si
l'État désire mettre en place un plan carbone,
il doit nécessairement former les ressources
humaines, en vue d'une meilleure connaissance
des ressources pour le marché du carbone et
partant environnementales. Il est également
judicieux de bâtir des laboratoires en vue
d'apprécier et de quantifier les ressources.
C'est dans les laboratoires que se fera le
véritable échange de savoir-faire entre les
nations industrialisées et celles de l'Afrique.
Dans ce contexte, l'échange
de savoir-faire et des experts en la matière
produira des effets bénéfiques pour mieux
asseoir ce processus qui augure des intérêts
marchands indéniables.
Tertio, mettre en oeuvre les
accords de partenariat avec les partenaires
intéressés ou qui accompagneront le Gabon dans
la voie économique, il faut ajouter que les
satellites envoyés sur orbite ont leur repère
sur l'équateur. Et au niveau national, deux
localités ont été identifiées. Il s'agit des
villages Oyane IV (dans la province de
l'Estuaire) et Tebé (dans la province du
Haut-Ogooué). Dans ces deux localités, les
angles de rotation de satellites donnent des
inclinaisons de 360 kilomètres de rayon. Les
signaux émis par les satellites, y compris leur
identité, sont interprétables au sol. Ainsi, à
travers les satellites et des laboratoires
installés au sol, on peut savoir la quantité de
carbone en réserve dans notre pays.
Aujourd'hui, l'utilisation de
l'espace répond à des simulations des droits de
passage qui peuvent être négociés entre les
nations du Sud et les pays industrialisés, sous
forme de contrats marchands, à la seule
condition de posséder sur le sol national des
infrastructures de contrôle et d'interprétation.
• De quels moyens doit-on
disposer pour parvenir à ce vaste programme
futuriste ?
- Les nations industrialisées
ont mis en oeuvre des mécanismes. Elles ont déjà
lancé des programmes dans la gestion des
ressources mondiales en eaux de surface qui
permettent le contrôle des nappes d'eau
souterraines non polluées histoire de prévenir
la raréfaction des ressources en eau dues à la
désertification d'une part, et aux changements
climatiques d'autre part.
Cet ambitieux programme
futuriste vise les migrations environnementales
des populations des zones à risques élevées vers
les zones us viables et vitales. L'ensemble des
effets ci-dessus énumérés participe de la
connaissance de l'environnement d'une part, de
la capacité d'avoir des ressources humaines bien
formée d'autre part.
En plus, il est important de
tisser des partenariats opérationnels avec les
autres centres des pays industrialisés. Le Gabon
pourra part, a conçu le Plan carbone-national en
vue de commercialiser sur les marchés émergents
des ressources en carbones séquestres. A côté de
cela, il faut prendre en compte la participation
des partenaires privés dans la mise en oeuvre
d'une stratégie nationale de lutte contre les
émissions de gaz à effets de serre. Cette
stratégie permettra à noire pays d'entrer dans
le processus des "Mécanismes de développement
propres" (MDP) issue du Protocole de Kyoto sur
les changements climatiques.
Tous les pays des principaux
bassins forestiers de l'Amazonie (Amérique
centrale) et du Congo (Afrique centrale) ont
déjà élaboré des stratégies pour contrecarrer la
déforestation.
Par ailleurs, la
déforestation ainsi définie ne règle pas la
question de production de gaz à effets de serre
(GES) dans les pays du Sud où les industries
sont quasi inexistantes ou bien en voie
d'implantation.
Pour cela, il faut la mise en
place des investissements susceptibles de
permettre à nos États de tirer le meilleur
profit de cette nouvelle donne économique.
Dans les principes de base;
les pays du Nord disposent déjà des perspectives
économiques suffisamment élaborées pour le
prochain demi-siècle. L'Europe a déjà sa Bourse
du carbone à Bonn (Allemagne) et les Amériques
la leur à Chicago.
• Comment peut-on
matérialiser toutes ces politiques ?
- La matérialisation de ces
politiques passe par la prise en compte de
quatre principes: la connaissance de
l'environnement, la surveillance des
écosystèmes, l'alerte précoce des risques et
dangers, et la rentabilisation des biens et
services environnementaux.
Dans toute entreprise, la
ressource humaine est le point de départ dont
l'action première est la formation des hommes et
des femmes pour gérer tout le processus. En
outre, il faut dans ce vaste programme, préparer
des compétences humaines capables d'intervenir
efficacement dans les nouveaux domaines
technologiques. Le DSRP (Document stratégique
pour la réduction de la pauvreté)
national doit prendre en compte les perspectives
de mise en œuvre du plan carbone et de la
politique énergétique qui tiennent compte des
énergies renouvelables (hydro-électricité,
éolienne et centrale de co-génération) afin de
bénéficier des changements novateurs issues des
protocoles tels Kyoto sur les changements
climatiques, Cartegena sur la diversité
biologique et d'autres encore...
Après la formation des
ressources humaines, il faut la mise en place
des laboratoires de contrôle sur la surveillance
des écosystèmes, l'alerte précoce des risques et
des dangers. Le personnel ainsi formé sera
capable de préconiser des mesures d'adaptation,
d'atténuation relatives à la production, de
préconiser au contrôle des principes de
précaution édictés dans des gaz à effet de
serre selon les principes de l'Agenda 21 de
la Conférence des Nations unies sur le
développement durable, tenue à Rio de Janeiro en
1992.
Pour aboutir à la rentabilité
des biens et services environnementaux, il faut
tisser des partenariats pour les échanges
d'expériences. A ce jour, les pays d'Amérique
centrale (Brésil, Costa Rica...) ont déjà mis en
œuvre des perspectives économiques en la matière
: l'adaptation et la réglementation de la
fiscalité environnementale, des faisceaux de
contrôle et d'occupation des sols. L'ensemble de
ces outils va permettre l'implantation dos
industrie de récupération et de transformation
des déchets ménagers et industriels.