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Le quotidien l'Union du 05 Janvier 2007

 

ENVIRONNEMENT ET DÉVELOPPEMENT/ENTRETIEN AVEC UN EXPERT DU "PLAN CARBONE" NATIONAL

Chris Mombo Nzatsi : "Les satellites et les laboratoires permettent de connaître la quantité de carbone en réserve au Gabon".

APRES avoir été, des années durant, directeur général de l'Environnement, Chris Mombo Nzatsi est, depuis quelques mois, conseiller du vice-Premier ministre en charge de l'Environnement. Il a donc largement contribué ci l'élaboration du "Plan carbone" national du Gabon. Le projet, une fois sur les rails, va permettre à notre pays de commercialiser sur les marchés émergents ses ressources en carbone tenues en réserve. Dans l'interview qu'il nous a accordée, M. Mombo Nzatsi fait le point.

l'Union : Quelles sont les mécanismes de mise en place du "Projet carbone" ?

Chris Mombo Nzatsi : D'abord, il faut souligner que la situation géographique de notre pays, à cheval sur l'équateur et avec une façade maritime de 801 km, donne au Gabon des atouts dans la perspective de la prise en compte des ressources en carbone. Il y a plusieurs variables. Primo, la "séquestration" du carbone par la biomasse tient compte du couvert forestier et de l'existence des plaines herbeuses. Ce couvert garde en moyenne 30à 60 % de tonnes de carbone à l'hectare La font primaire produit 60 à 180 tonnes de carbone à l'hectare. C'est là où réside la question de la définition des types de forêts éligibles. La. prise en compte du marché du carbone est inscrite dans les négociations de 2012.

Il faut aussi souligner que la réinjection du gaz carbonique dans les fonds marins permet de réguler les réserves de carbone et le Gabon possède une zone économique exclusive de grande importance.

Deuxio, il y a la "séquestration" géologique, c'est-à-dire toutes les possibilités qui s'offrent en la matière au niveau des sols. A ce propos, des partenaires ont parle passé proposé à l'Etat la plantation de nouvelles forêts afin de repeupler en essences exotiques les zones de plaines dans le Sud et le Sud Est du Gabon. Cette initiative a pour objectif de faire face à la destruction des écosystèmes, et à l'invasion de certaines essences qui peuvent s'avérer nuisibles. Si l'État désire mettre en place un plan carbone, il doit nécessairement former les ressources humaines, en vue d'une meilleure connaissance des ressources pour le marché du carbone et partant environnementales. Il est également judicieux de bâtir des laboratoires en vue d'apprécier et de quantifier les ressources. C'est dans les laboratoires que se fera le véritable échange de savoir-faire entre les nations industrialisées et celles de l'Afrique.

Dans ce contexte, l'échange de savoir-faire et des experts en la matière produira des effets bénéfiques pour mieux asseoir ce processus qui augure des intérêts marchands indéniables.

Tertio, mettre en oeuvre les accords de partenariat avec les partenaires intéressés ou qui accompagneront le Gabon dans la voie économique, il faut ajouter que les satellites envoyés sur orbite ont leur repère sur l'équateur. Et au niveau national, deux localités ont été identifiées. Il s'agit des villages Oyane IV (dans la province de l'Estuaire) et Tebé (dans la province du Haut-Ogooué). Dans ces deux localités, les angles de rotation de satellites donnent des inclinaisons de 360 kilomètres de rayon. Les signaux émis par les satellites, y compris leur identité, sont interprétables au sol. Ainsi, à travers les satellites et des laboratoires installés au sol, on peut savoir la quantité de carbone en réserve dans notre pays.

Aujourd'hui, l'utilisation de l'espace répond à des simulations des droits de passage qui peuvent être négociés entre les nations du Sud et les pays industrialisés, sous forme de contrats marchands, à la seule condition de posséder sur le sol national des infrastructures de contrôle et d'interprétation.

De quels moyens doit-on disposer pour parvenir à ce vaste programme futuriste ?

- Les nations industrialisées ont mis en oeuvre des mécanismes. Elles ont déjà lancé des programmes dans la gestion des ressources mondiales en eaux de surface qui permettent le contrôle des nappes d'eau souterraines non polluées histoire de prévenir la raréfaction des ressources en eau dues à la désertification d'une part, et aux changements climatiques d'autre part.

Cet ambitieux programme futuriste vise les migrations environnementales des populations des zones à risques élevées vers les zones us viables et vitales. L'ensemble des effets ci-dessus énumérés participe de la connaissance de l'environnement d'une part, de la capacité d'avoir des ressources humaines bien formée d'autre part.

En plus, il est important de tisser des partenariats opérationnels avec les autres centres des pays industrialisés. Le Gabon pourra part, a conçu le Plan carbone-national en vue de commercialiser sur les marchés émergents des ressources en carbones séquestres. A côté de cela, il faut prendre en compte la participation des partenaires privés dans la mise en oeuvre d'une stratégie nationale de lutte contre les émissions de gaz à effets de serre. Cette stratégie permettra à noire pays d'entrer dans le processus des "Mécanismes de développement propres" (MDP) issue du Protocole de Kyoto sur les changements climatiques.

Tous les pays des principaux bassins forestiers de l'Amazonie (Amérique centrale) et du Congo (Afrique centrale) ont déjà élaboré des stratégies pour contrecarrer la déforestation.

Par ailleurs, la déforestation ainsi définie ne règle pas la question de production de gaz à effets de serre (GES) dans les pays du Sud où les industries sont quasi inexistantes ou bien en voie d'implantation.

Pour cela, il faut la mise en place des investissements susceptibles de permettre à nos États de tirer le meilleur profit de cette nouvelle donne économique.

Dans les principes de base; les pays du Nord disposent déjà des perspectives économiques suffisamment élaborées pour le prochain demi-siècle. L'Europe a déjà sa Bourse du carbone à Bonn (Allemagne) et les Amériques la leur à Chicago.

Comment peut-on matérialiser toutes ces politiques ?

- La matérialisation de ces politiques passe par la prise en compte de quatre principes: la connaissance de l'environnement, la surveillance des écosystèmes, l'alerte précoce des risques et dangers, et la rentabilisation des biens et services environnementaux.

Dans toute entreprise, la ressource humaine est le point de départ dont l'action première est la formation des hommes et des femmes pour gérer tout le processus. En outre, il faut dans ce vaste programme, préparer des compétences humaines capables d'intervenir efficacement dans les nouveaux domaines technologiques. Le DSRP (Document stratégique pour la réduction de la pauvreté) national doit prendre en compte les perspectives de mise en œuvre du plan carbone et de la politique énergétique qui tiennent compte des énergies renouvelables (hydro-électricité, éolienne et centrale de co-génération) afin de bénéficier des changements novateurs issues des protocoles tels Kyoto sur les changements climatiques, Cartegena sur la diversité biologique et d'autres encore...

Après la formation des ressources humaines, il faut la mise en place des laboratoires de contrôle sur la surveillance des écosystèmes, l'alerte précoce des risques et des dangers. Le personnel ainsi formé sera capable de préconiser des mesures d'adaptation, d'atténuation relatives à la production, de préconiser au contrôle des principes de précaution édictés dans des gaz à effet de serre selon les principes de l'Agenda 21 de la Conférence des Nations unies sur le développement durable, tenue à Rio de Janeiro en 1992.

Pour aboutir à la rentabilité des biens et services environnementaux, il faut tisser des partenariats pour les échanges d'expériences. A ce jour, les pays d'Amérique centrale (Brésil, Costa Rica...) ont déjà mis en œuvre des perspectives économiques en la matière : l'adaptation et la réglementation de la fiscalité environnementale, des faisceaux de contrôle et d'occupation des sols. L'ensemble de ces outils va permettre l'implantation dos industrie de récupération et de transformation des déchets ménagers et industriels.

Source : Journal L'Union Plus du 05 Janvier 2007

 



   

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