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Le quotidien l'Union du 04 Janvier 2007

 

CRISE DU LOGEMENT

La leçon venue de France

Avec près d'un million de personnes sans logement permanent en France et environ 100.000 personnes vivant dans la rue, ce pays va essayer de régler totalement, avant 2012, la question des sans-abri qui relève des droits fondamentaux de l'Homme. Dans le même temps, au Gabon, l'absence totale de visibilité en ce qui concerne le règlement de la crise de l'habitat n'autorise pas d'espérer que cette question sera abordée cette année 2007, que ce soit par le gouvernement ou par le parlement.

LA crise du logement est réelle dans de nombreux pays du monde, qu'ils soient développés, en voie de développement ou carrément sous-développés. La seule différence est qu'à certains endroits, la question préoccupe les politiques. Tandis qu'à d'autres, c'est manifestement le dernier souci des responsables. Mais peut-on comparer ce qui se fait en France et ce qui se passe au Gabon ?.Non, diront certains pourtant prêts à sauter sur des parallèles entre ces deux pays dès qu'ils en sont bénéficiaires. Oui, répondront les autres, ceux qui pensent que les nouveaux Etats, aidés par les technologies importées et les idées novatrices, peuvent prendre des raccourcis pour rattraper des retards considérables.

Tandis qu'au Gabon, où on enregistre un déficit de 300 000 logements décents pour la seule capitale Libreville, mais où l'Etat a mis en place des structures pour s'occuper du logement, seuls le discours fortement médiatisé des autorités ministérielles à la journée mondiale de l'habitat, ainsi que quelques visites (également télévisées) effectuées sur des chantiers incertains, rappellent qu'il existe un département chargé de régler la question du logement... Tandis que la Société nationale immobilière (SNI) se satisfait d'avoir construit quelques cités dans un pays où la crise est aiguë... Tans que les Domaines hésitent encore à débloquer la situation pour permettre au plus grand nombre d'accéder en un temps raisonnable à la propriété foncière... Tandis que des enfants continent de périr sous une coulée de boue, parce que les parents n'avaient d'autre choix que celui d'ériger leur bicoque sur le flanc d une colline... Tandis que des sans-abri nationaux et autres sont chassés manu militari de l'ancienne maison du parti... Tandis que des budgets enviables continuent être alloués à un département qui, finalement, ne manifeste pas un engouement particulier à régler la question du logement dans notre pays, alors que la natalité encouragée et surtout l'immigration sauvage contribuent à accélérer une explosion démographique déjà vertigineuse... Tandis que... Tandis que...

POURCENTAGE DANS LES OPÉRATIONS* L'échec de la cité marocaine, des projets sud-africain et chinois sont révélateurs de l'absence totale de volonté politique pour ce qui concerne le règlement de ce phénomène. Selon des sources dignes de foi, le réflexe et l'obsession de nos responsables à exiger de percevoir un pourcentage dans les opérations de construction immobilière, seraient les causes principales de l'échec de ces projets.

Dans le même temps, en France, le gouvernement vient de promettre due le logement pour tous serait garanti par la loi à partir de 2012, répondant ainsi à la pression des associations qui multiplient les actions en faveur des sans-abri à l'approche de l'élection présidentielle. En Europe, seule l'Écosse s'est dotée jusqu'à présent d'une législation de ce type, le 'Homeless-Act" voté en 2003. Peut-être est-ce chez nous, l'absence d'opinion publique et de société civile réellement apolitique qui constitue notre plus grand handicap.

En tout cas, lors d'une conférence de presse, le Premier ministre français, Dominique de Villepin, a annoncé que son gouvernement présenterait le 17 janvier un projet de loi sur un droit au logement opposable, c'est-à-dire susceptible de donner lieu à un recours devant les tribunaux en cas d'impossibilité pour quelqu'un de trouver un toit. Le texte devrait être présenté dans la foulée au Parlement afin d'être voté avant l'élection présidentielle d'avril.

Jusqu'à maintenant, seuls deux droits fondamentaux sont opposables en France: le droit à la scolarité et celui à l'accès aux soins, dont l'Etat est le garant ultime.

Selon M. de Villepin, le droit au logement sera garanti par la loi dès la fin 2008 pour "les personnes dans les situations les plus difficiles", notamment les SDF (sans domicile fixe), et au 1er janvier 2012 pour l'ensemble des mal-logés. La nouvelle loi sur le logement "fera de la France l'un des pays les plus avancés en matière de droits sociaux", a assuré M. de Villepin, en déplorant "la réalité inacceptable" que vivent „ "quotidiennement les sans-abri comme les mal-logés'

Près d'un million de personnes en France n'ont pas de logement permanent et environ 100.000 personnes vivent dans la rue, selon l'association ATD Quart Monde.

Depuis le début de l'hiver, plusieurs initiatives ont braqué les projecteurs sur leur sort, obligeant les candidats à l'élection présidentielle à se positionner. La plus médiatique est celle des Enfants de Don Quichotte, qui ont installé près d'un canal, dans un quartier à la mode de Paris, plusieurs centaines de tentes rouges. Les "bien logés" prêts à braver le froid sont invités à y rejoindre les SDF en signe de solidarité. Des campements plus petits ont été érigés sur le même principe dans plusieurs villes de province, bénéficiant d'un large écho médiatique.

La charte des Enfants de Don Quichotte, signée par des milliers d'anonymes mais aussi des responsables politiques de tous bords, réclame précisément que le droit au logement soit renforcé afin de "rompre avec les solutions provisoires et les logiques d'urgence ".

D'autres associations ont organisé le squat d'un immeuble de 1.000 mètres carrés près de la Bourse de Paris, où ont été installées des familles et leurs enfants.

Elles ont rebaptisé "ministère de la Crise du logement" les locaux de cette banque désaffectée, choisie symboliquement pour dénoncer la spéculation immobilière qui a contribué, en France comme dans d'autres pays d'Europe, au doublement du prix de vente des logements en quelques années.

GUICHET UNIQUE. Au Gabon, en ce début d'année 2007, la population attend davantage. Qu'on allège le budget du ministère de l'Habitat, de l'Urbanisme et des travaux topographiques, trop administratif, pour déverser le différentiel dans la construction effective de logements sociaux. Que la législation sur le logement impose un accès plus facile à la propriété foncière. Que l'État mette en place un Guichet unique pour une acquisition plus rapide et plus facile des titres fonciers. Que le Gabon s'inspire des petits pays tels le Bénin, le Togo et le Burkina Faso et plus près de nous la Guinée Équatoriale où ce sont les terrains lotis (avec compteur électrique, branchement d'eau et parfois ligne téléphonique ou des cités entièrement équipées qui attendent des acquéreurs, et non l'inverse. Que ce ne soit plus une structure privée qui se charge de borner les terrains des Gabonais. On attend que le prix du ciment soit partiellement subventionné par l'État.

Que le sable soit vendu, non par des spéculateurs et autres égoïstes primaires et boulimiques, mais par une structure d'État. Et pourquoi pas, on attend que le politique, encouragé par le législateur, décrète, comme dans certains pays voisins, que les terrains appartiennent désormais aux populations et non à un Etat qui ne semble pas être capable de les viabiliser et de les lotir. Le Gabon s'en porterait mieux.

Source : Journal L'Union Plus du 04 Janvier 2007

 



   

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