CRISE DU LOGEMENT
La leçon
venue de France
Avec près d'un million de
personnes sans logement permanent en France et
environ 100.000 personnes vivant dans la rue, ce
pays va essayer de régler totalement, avant
2012, la question des sans-abri qui relève des
droits fondamentaux de l'Homme. Dans le même
temps, au Gabon, l'absence totale de visibilité
en ce qui concerne le règlement de la crise de
l'habitat n'autorise pas d'espérer que cette
question sera abordée cette année 2007, que ce
soit par le gouvernement ou par le parlement.
LA crise du logement est
réelle dans de nombreux pays du monde, qu'ils
soient développés, en voie de développement ou
carrément sous-développés. La seule différence
est qu'à certains endroits, la question
préoccupe les politiques. Tandis qu'à d'autres,
c'est manifestement le dernier souci des
responsables. Mais peut-on comparer ce qui se
fait en France et ce qui se passe au Gabon
?.Non, diront certains pourtant prêts à sauter
sur des parallèles entre ces deux pays dès
qu'ils en sont bénéficiaires. Oui, répondront
les autres, ceux qui pensent que les nouveaux
Etats, aidés par les technologies importées et
les idées novatrices, peuvent prendre des
raccourcis pour rattraper des retards
considérables.
Tandis qu'au Gabon, où on
enregistre un déficit de 300 000 logements
décents pour la seule capitale Libreville, mais
où l'Etat a mis en place des structures pour
s'occuper du logement, seuls le discours
fortement médiatisé des autorités ministérielles
à la journée mondiale de l'habitat, ainsi que
quelques visites (également télévisées)
effectuées sur des chantiers incertains,
rappellent qu'il existe un département chargé de
régler la question du logement... Tandis que la
Société nationale immobilière (SNI) se satisfait
d'avoir construit quelques cités dans un pays où
la crise est aiguë... Tans que les Domaines
hésitent encore à débloquer la situation pour
permettre au plus grand nombre d'accéder en un
temps raisonnable à la propriété foncière...
Tandis que des enfants continent de périr sous
une coulée de boue, parce que les parents
n'avaient d'autre choix que celui d'ériger leur
bicoque sur le flanc d une colline... Tandis que
des sans-abri nationaux et autres sont chassés
manu militari de l'ancienne maison du parti...
Tandis que des budgets enviables continuent être
alloués à un département qui, finalement, ne
manifeste pas un engouement particulier à régler
la question du logement dans notre pays, alors
que la natalité encouragée et surtout
l'immigration sauvage contribuent à accélérer
une explosion démographique déjà vertigineuse...
Tandis que... Tandis que...
POURCENTAGE DANS LES
OPÉRATIONS* L'échec de la cité marocaine,
des projets sud-africain et chinois sont
révélateurs de l'absence totale de volonté
politique pour ce qui concerne le règlement de
ce phénomène. Selon des sources dignes de foi,
le réflexe et l'obsession de nos responsables à
exiger de percevoir un pourcentage dans les
opérations de construction immobilière, seraient
les causes principales de l'échec de ces
projets.
Dans le même temps, en
France, le gouvernement vient de promettre due
le logement pour tous serait garanti par la loi
à partir de 2012, répondant ainsi à la pression
des associations qui multiplient les actions en
faveur des sans-abri à l'approche de l'élection
présidentielle. En Europe, seule l'Écosse s'est
dotée jusqu'à présent d'une législation de ce
type, le 'Homeless-Act" voté en 2003. Peut-être
est-ce chez nous, l'absence d'opinion publique
et de société civile réellement apolitique qui
constitue notre plus grand handicap.
En tout cas, lors d'une
conférence de presse, le Premier ministre
français, Dominique de Villepin, a annoncé que
son gouvernement présenterait le 17 janvier un
projet de loi sur un droit au logement
opposable, c'est-à-dire susceptible de donner
lieu à un recours devant les tribunaux en cas
d'impossibilité pour quelqu'un de trouver un
toit. Le texte devrait être présenté dans la
foulée au Parlement afin d'être voté avant
l'élection présidentielle d'avril.
Jusqu'à maintenant, seuls
deux droits fondamentaux sont opposables en
France: le droit à la scolarité et celui à
l'accès aux soins, dont l'Etat est le garant
ultime.
Selon M. de Villepin, le
droit au logement sera garanti par la loi dès la
fin 2008 pour "les personnes dans les
situations les plus difficiles", notamment
les SDF (sans domicile fixe), et au 1er janvier
2012 pour l'ensemble des mal-logés. La nouvelle
loi sur le logement "fera de la France l'un
des pays les plus avancés en matière de droits
sociaux", a assuré M. de Villepin, en
déplorant "la réalité inacceptable" que
vivent „ "quotidiennement les sans-abri comme
les mal-logés'
Près d'un million de
personnes en France n'ont pas de logement
permanent et environ 100.000 personnes vivent
dans la rue, selon l'association ATD Quart
Monde.
Depuis le début de l'hiver,
plusieurs initiatives ont braqué les projecteurs
sur leur sort, obligeant les candidats à
l'élection présidentielle à se positionner. La
plus médiatique est celle des Enfants de Don
Quichotte, qui ont installé près d'un canal,
dans un quartier à la mode de Paris, plusieurs
centaines de tentes rouges. Les "bien logés"
prêts à braver le froid sont invités à y
rejoindre les SDF en signe de solidarité. Des
campements plus petits ont été érigés sur le
même principe dans plusieurs villes de province,
bénéficiant d'un large écho médiatique.
La charte des Enfants de Don
Quichotte, signée par des milliers d'anonymes
mais aussi des responsables politiques de tous
bords, réclame précisément que le droit au
logement soit renforcé afin de "rompre avec
les solutions provisoires et les logiques
d'urgence ".
D'autres associations ont
organisé le squat d'un immeuble de 1.000 mètres
carrés près de la Bourse de Paris, où ont été
installées des familles et leurs enfants.
Elles ont rebaptisé "ministère
de la Crise du logement" les locaux de cette
banque désaffectée, choisie symboliquement pour
dénoncer la spéculation immobilière qui a
contribué, en France comme dans d'autres pays
d'Europe, au doublement du prix de vente des
logements en quelques années.
GUICHET UNIQUE. Au Gabon,
en ce début d'année 2007, la population attend
davantage. Qu'on allège le budget du ministère
de l'Habitat, de l'Urbanisme et des travaux
topographiques, trop administratif, pour
déverser le différentiel dans la construction
effective de logements sociaux. Que la
législation sur le logement impose un accès plus
facile à la propriété foncière. Que l'État mette
en place un Guichet unique pour une acquisition
plus rapide et plus facile des titres fonciers.
Que le Gabon s'inspire des petits pays tels le
Bénin, le Togo et le Burkina Faso et plus près
de nous la Guinée Équatoriale où ce sont les
terrains lotis (avec compteur électrique,
branchement d'eau et parfois ligne téléphonique
ou des cités entièrement équipées qui attendent
des acquéreurs, et non l'inverse. Que ce ne soit
plus une structure privée qui se charge de
borner les terrains des Gabonais. On attend que
le prix du ciment soit partiellement
subventionné par l'État.
Que le sable soit vendu, non
par des spéculateurs et autres égoïstes
primaires et boulimiques, mais par une structure
d'État. Et pourquoi pas, on attend que le
politique, encouragé par le législateur,
décrète, comme dans certains pays voisins, que
les terrains appartiennent désormais aux
populations et non à un Etat qui ne semble pas
être capable de les viabiliser et de les lotir.
Le Gabon s'en porterait mieux.