INFRASTRUCTURES DE
DÉVELOPPEMENT
La route
est-elle encore une priorité du gouvernement ?
AINSI que nous l'écrivions
dans notre rubrique "Choses vues" d'hier,
mercredi 3 janvier 2007, la route demeure le
sujet le plus préoccupant des populations
gabonaises depuis plusieurs années.
Au vu de son mauvais état, de
nombreux usagers pensent que "les décideurs ne
s'en préoccupent pas parce qu'ils ne sont pas
nombreux à l'emprunter". Et pour ces usagers, a
seule façon de se faire entendre est de
manifester leur mécontentement.
Entre la mi-décembre 2006 et
le début du mois en cours, ces manifestations
ont été signalées dans les zones de Mindoubé, du
Cap Estérias (qui ont même bloqué le déroulement
des opérations de vote du 17 décembre dernier)
et celles de Nkologoum, zones dans lesquelles
les populations ont érige des barricades sur les
routes pour empêcher la circulation des
véhicules.
Plusieurs faits expliquent
cette situation qui ternit I'image du Gabon, un
Etat d'Afrique centrale classé parmi les plus
riches du continent.
Le premier et le plus
étonnant de ces constats nous révèle qu'en 47
ans d'indépendance, l'Etat gabonais n'a bitumé
qu'une vingtaine de kilomètres de routes par an.
Et bien souvent, à ce sujet, les travaux
entrepris sur les routes nationales consistent
simplement au bouchage des nids de poules sur
les voies bitumées, à l'exception des chantiers
des axes Moanda-Bakoumba (45 km) et, surtout,
Lambaréné-Fougamou dont les travaux durent
depuis une décennie.
D'une manière générale,
l'histoire de la construction des
infrastructures de transport est relativement
récente, en raison, notamment, du colonisateur
qui, à cet égard, a privilégié le territoire
voisin du Congo-Brazzaville, parce qu'abritant
la capitale de l'Afrique équatoriale française
(AEF).
Ainsi, la construction des
premières routes remonte-t-elle au lendemain de
la Seconde Guerre mondiale. Et à défaut de
bénéficier des voies de circulation assez larges
à l'image de celles d'autres pays, le diagnostic
sur notre réseau routier indiquait, en 1997, que
le Gabon disposait d'un linéaire peu développé,
avec 7 588 km (hors voiries urbaines).
Ceux-ci étaient répartis
entre les routes bitumées (878 km), latéritées
(3 969 km) et celles en terre (2 741 km).
L'évaluation de l'état de ce réseau routier
montrait aussi que son état était bon sur
seulement 17% du linéaire total, moyen sur 43%
et dégradé sur 40%.
ECHEC DES PROGRAMMES• Si
ce réseau routier est passé jusqu'à 9 200 km,
l'état de nos routes s'est davantage dégradé,
non pas parce que les pouvoirs publics manquent
de programmes d'entretien ou d'aménagement, mais
parce que tout cela n'est pas conduit dans les
règles de l'art.
En effet, depuis le début des
années 1990, le ministère technique des Travaux
publics, de l'Équipement et de la Construction a
mis en oeuvre des programmes d'entretien et de
réhabilitation du réseau routier national,
lesquels, espérait-on, devaient permettre de
régler la question de la détérioration des
routes et renforcer les capacités des quatre
directions régionales à réaliser ces travaux en
régie et en entreprise.
Malheureusement, ceux-ci se
sont soldés par des échecs, en dépit des moyens
financiers octroyés par le gouvernement à cet
effet. En plus de l'argument justificatif peu
convaincant avancé le plus souvent, deux autres
raisons seraient à l'origine de cette situation.
Il y a, premièrement, le fait
que les entreprises adjudicataires des marchés,
à cause de l'absence d'une main d'oeuvre
qualifiée et d'équipements adéquats, auraient
failli à leurs tâches.
Ensuite, l'incapacité de
l'administration à faire fonctionner normalement
les directions régionales des TP à cause de
l'obsolescence des engins. Pour apporter des
solutions, peut-être pas définitives, mais
celles pouvant améliorer l'état du réseau
routier et atténuer la souffrance des
populations, l'État, en 1997, a crée le Fonds
d'entretien routier (FER).
Cette structure devait
permettre de mobiliser les fonds nécessaires à
l'entretien routier, d'alléger les procédures de
paiement des travaux réalises en régie directe
ou en entreprise.
Le FER, dont l'administration
était assurée par le Comité d'orientation du
Fonds d'entretien routier (Cofer), devait aussi
être indépendant de l'administration des routes
et représentatif des usagers et constituer le
mécanisme de financement de l'entretien routier.
Mais, là encore, le mécanisme
de reversement des dotations budgétaires au FER
par le Trésor public n'a pas permis de lui
assurer des ressources régulières et
suffisantes, occasions des dysfonctionnements à
la structure.
Les budgets prévus
annuellement pour 14 milliards puis 24
milliards, et alimentés par le Trésor public,
sont passés, jusqu'en 2003, par des alternatives
en raison, semble-t-il, des contraintes
budgétaires de l'État.
La mise en place (toujours
attendue) du Fonds d'entretien routier de
deuxième génération devrait être la meilleure
solution au problème des routes au Gabon.
Surtout que, aux dires des nouvelles autorités
du ministère des TP, l'ambition du gouvernement
est d'arriver à bitumer, d'ici à 2010, au moins
30% de routes.
Lesquelles, il faut le dire,
ont souffert de la construction du chemin de
fer. Une infrastructure qui a absorbé beaucoup
de ressources financières.