Minée par des
querelles intestines sur fond politique cette
organisation patronale chargée de regrouper uniquement
les opérateurs économiques gabonais face à la puissante
confédération patronale gabonaise (CPG) et de les
intégrer dans le tissu économique national, ne présente
pas un bilan réluisant après 20 ans d'existence. Seul
résultat palpable, le changement du sigle du Conseil
national du patronat gabonais en la Confédération
nationale du patronat gabonais et le fait d'avoir
suscité chez les nationaux, l'esprit d'entreprise. L'un
des membres‑fondateurs, M. Samuel Ntoutoume Ndzeng qui
fait encore partie intégrante de la centrale patronale,
analyse pour nos lecteurs les missions assignées à la
CNPG depuis sa création en 1987.
IL n'a pas été facile
en 1987 affirme, M. Samuel Ntoutoume Ndzeng de créer une
centrale patronale dont l'objectif était de regrouper
uniquement des opérateurs économiques nationaux afin de
mettre en oeuvre la politique du gouvernement, sous le
parti unique, relative à l'intégration des Gabonais,
dans le tissu économique du pays et par conséquent,
d'élargir la base adhérents aux non nationaux lors de
la réforme de 1990 en vue de prendre compte le contexte
d'intégration régionale notamment la CEEAC et puis la
CEMAC. Il était aussi question de mieux encadrer les
entrepreneurs gabonais afin de circonscrire le commerce
informel et la fuite des capitaux. Partant de ces
objectifs tous louables, il a été mis en place en 1987
conformément aux dispositions du code du Travail
réglementant les syndicats des travailleurs et
d'employeurs un Conseil national du patronat gabonais
(CNPG), a déclaré et reconnu par le gouvernement par un
récépissé définitif, délivré le 28 septembre 1987.
Dès lors, M. Ntoutoume
Ndzeng est le seul à rester dans le bateau, les autres
membres‑fondateurs ayant abandonné le navire au profit
d'autres structures comme la FESYPAG (née à la veille de
la conférence nationale de 1990), de l'AGFAD
(Asssociation gabonaise des femmes d'affaires et du
développement créée en 1985) ou des organisations
récemment créées comme le MEDEG ou le CGP, etc.
"A cette époque,
nous formions une plate‑forme commune de négociation qui
regroupait la CNPG et l'AGFAD afin d'harmoniser le
point de vue des responsables des PME gabonaises
vis‑à‑vis de la CPG et de parler d'une même voix face à
l'État gabonais.Toutefois,
il faut reconnaître que lorsque le président de la
République recevait le patronat des employeurs, la
CNPG/AGFAD et la CPG se concertaient pour parler d'une
seule voix"
précise Ntoutoume Ndzeng.
Bien plus ajoute‑t‑il,
les missions des uns et des autres dans la mesure où la
CPG encadrait les multinationales et autres grosses
compagnies qui n'étaient gabonaises que de droit
(entreprises de droit gabonais) alors que la CNPG
regroupait les PME nationales.
MAIGRE BILAN
Cette répartition
répondait aux objectifs du nouvel ordre économique
national des différents gouvernements de l'ancien
Premier ministre Léon Mébiame dont la finalité était la
reprise progressive en main, de l'économie nationale.
Et la question que l'on
est en droit de poser à M. Ntoutoume Ndzeng est de
savoir si effectivement les opérateurs économiques
gabonais ont pris en mains après 20 ans existence de la
CNPG, le contrôle de leur économie. Le bilan est bien
maigre au regard des objectifs que s'est fixée la CNPG
puisque la centrale patronale n'a réussi que le premier
objectif de ses statuts notamment, susciter l'esprit
d'entreprise auprès des Gabonais. Cependant le second
objectif qui était de former les opérateurs économiques
nationaux en complément des actions déployées par le
gouvernement de la République a été un échec et M. Ntoutoume Ndzeng s'en explique en ces termes: "la confusion
introduite par les structures de formation de l'État
dont les programmes ne correspondaient pas aux attentes
de la CNPG au point que la feuille de route conçue par
la CNPG, le dossier de l'institut des PME/PMI et de la
micro finance créé et déposé par la patronat gabonais,
au cabinet du président de la République ou du Premier
ministre, sont restés sans effet. Par ailleurs, les
rapports entre l'État et la CNPG n'ont pas été
soutenus. Ils ont été parfois, dans l'impasse à cause
de la complicité négative entre certains acteurs
politiques au détriment de l'émergence d'une classe
d'hommes et de femmes d'affaires gabonais qui feraient
de l'ombre aux acteurs politiques. Vous comprendrez donc
pourquoi, les moyens financiers mis à la disposition des
PME gabonaises en vue de leur décollage, ont été
dispersés au profit d'autres secteurs ou souvent
détournés à d'autres fins sans qu'aucune sanction ne
soit prise à l'encontre de ceux qui ont commis ces
malversations de fonds publics".
Toutefois,
Ntoutoume Ndzeng a également fustigé le comportement
des Gabonais ont créé des entreprises peu viables
malgré tous les fonds dont ils ont bénéficié. Selon lui,
la CNPG étant devenue une "mangeoire" aussi bien pour
dirigeants que pour les acteurs politiques qui ne se
sont pas souciés des misions assignées au ministère des
PME et à la Chambre de commerce, d'agriculture,
d'industrie et des mines du Gabon.
Cependant, il a espoir
qu'après le discours du président de la République à
l'occasion de l'anniversaire de ses 40 ans au pouvoir,
les membres du nouveau gouvernement prendront à coeur
les missions assignées au patronat gabonais et éviter
d'assimiler les organisations patronales à des
formations politiques ainsi que la nécessité de traiter
avec des interlocuteurs compétents en vue de la création
des entreprises visibles et viables qui contribueront à
jeter les bases véritables de la prise en mains de
l'économie par les nationaux.