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Le quotidien l'Union du 13 Février 2008

 

 

JUSTICE

"Me Gisèle Eyue Bekalé a provoqué un scandale"
Affirmation du procureur de la République, Bosco Alaba Fall, qui précise que le parquet a ordonné l’audition de cette avocate par la direction générale des recherches, au lendemain d’un acte de violation de la loi à la prison centrale de Libreville.

 

M. le Procureur, le bruit court depuis quelques jours que le parquet de la République a lancé un mandat d'arrêt contre une avocate, Me Gisèle Eyue Bekalé, pour l'empêcher de défendre son client, un certain Félix Bongo. Qu'en est-il exactement?

« Je suis très étonné au risque de tomber des nues si ce sont des hommes qui se disent honnête qui vous ont raconté un si grossier mensonge. A vrai dire, il n y a pas de mandat d'arrêt lancé contre quiconque, mais une simple convocation d'un officier de police judicaire adressée à un citoyen gabonais, dans le cadre d’une enquête préliminaire normale. La personne convoquée ne connaît que trop bien la procédure pénale, savait pourtant qu’elle n’avait qu'à se rendre tranquillement à la brigade pour savoir pourquoi elle était convoquée, et en même temps répondre aux questions de l'enquêteur, comme cela se fait tous les jours, avec tous les autres citoyens, dans tous les commissariats de police et toutes les brigades de gendarmerie, sans que cela pose un problème particulier, et sans que la République s'arrête de tourner. Je dois vous dire franchement que le parquet que je dirige, au moins jusqu'en fin juin 2008 est si respectueux du travail des avocats qu'il ne saurait empêcher un avocat de défendre son client. Je puis vous assurer, par ailleurs, que les faits ayant motivé la convocation ne sont pas liés à l'affaire Félix Bongo. Si des esprits malins vous ont établi une relation entre les deux, il s'agit d'une pure diversion dont l'échec est programmé d'avance ».

Justement, quel est le problème particulier qui s'est posé?

En fait, la personne convoquée, sans doute consciente de la gravite des faits dans lesquels elle s'est illustrée au niveau de la prison centrale, dans la soirée du 30 janvier 2008, a embarqué un certain nombre de ses confrères qui ont, hélas, et sans réfléchir, pris fait et cause en s’alignant, avec le bureau du barreau national, dans une sorte de front du refus et du non respect de la légalité. Ce "front", dans une sorte de bravade s'est catégoriquement opposé à ce que la personne convoquée se rende au lieu de la convocation, sans que cette attitude soit justifiée par une disposition quelconque de la loi.

Mais comme tous ceux qui bravaient la loi ce jeudi 07 février 2008, savaient que leur comportement n'était pas légalement justifiable, ils ont plongé dans le trafic d'influence en tentant vainement d'obtenir du Procureur Général et du ministre de la Justice, la délocalisation de l’audition de l’avocate au palais de justice de Libreville.

Le parquet, gardien direct de la loi pénale, a clairement interpellé ces deux autorités sur le fait que l'Etat de droit que tout le monde réclame ne s’accommode plus des traitements de faveur; et qu’il n’était pas nécessaire d'accéder à la demande de délocalisation de l'audition de l'avocate, car ce serait un fâcheux précédent qui ouvrirait la boîte de Pandore où la justice commence seulement à enfermer tous les mauvais comportements que la grande opinion gabonaise réprouve.

Tous les citoyens étant égaux devant la loi, tous les Gabonais doivent désormais intégrer qu’en ce qui concerne le parquet de la République, l'heure des traitements de faveur est terminée, et que la justice se fera, au niveau du tribunal, sans tenir compte des origines et du statut des individus.

Ce qui me déçoit aujourd'hui, c'est que des avocats, partisans naturels de la justice, oublient ce qu'ils défendent nuit et jour, parce que l'un d'eux est face à la loi.

Vous vous imaginez qu'aujourd’hui, si des pressions parviennent à soustraire un citoyen, fût il avocat, des poursuites judiciaires, demain, un autre groupe de la société réclamera les mêmes faveurs, et l'on verra peu-être des marches et des sit-in se faire au nom de l'ethnie, de la religion, de la province, pour contester la légalité lorsqu’elle ne sert pas les intérêts de son groupe. La nation que nous construisons ne peut plus s'accommoder de tels errements. C'est du passé, et s'il y a encore des citoyens qui pensent être des intouchables, au dessus de la loi, qu’ils se détrompent dès aujourd’hui.

Peut-on savoir ce dont on accuse Me Eyue Bekalé?

« C'est bien à ce niveau que je relève le paradoxe, car ceux qui protestent illégalement aujourd'hui, auraient dû commencer par éclairer l'opinion sur les faits qui sont reprochés à l'avocate. Ils évitent, par mauvaise foi, d'aborder le sujet dans ses causes, mais s’empressent d'aller le saisir au niveau des conséquences pour faire des amalgames ave le cas de Félix Bongo. C'est une aberration. Pour en revenir à votre question, permettez-moi de ne pas violer la loi, et de m'en tenir au devoir de réserve, d’autant qu’au stade où se trouve l'enquête, celle-ci est secrète. Mais je puis vous dire seulement, sans porter atteinte au caractère secret de l’enquête, que les faits ont trait à un scandale qu'elle a causé, par excès de zèle, dans la soirée du 30 janvier 2008, au niveau de la prison centrale de Libreville. De ce scandale est née une infraction punie par la loi. Ce qui justifie les poursuites dont elle est l'objet présentement.

Finalement, est-ce que les pressions de tout bord ne vont pas avoir raison de votre détermination à faire respecter la loi?

Je puis vous assurer que les pressions dont vous parlez n'ont pas eu raison de la force de la loi, car depuis vendredi dernier, les protestataires ayant compris qu’ils agissaient en marge de la loi, ont fini par se rendre avec leur « protégée » à la brigade de gendarmerie, où l'officier de police judiciaire chargé du dossier l'a entendue sur les faits qui lui sont reprochés. Je puis vous dire qu'elle ne les a pas niés, et en temps utile, l'opinion sera informée sur ces faits pour qu'elle juge elle aussi, de la réalité du comportement de certains donneurs de leçons qui, j'en suis convaincu, auraient été plus responsables en gérant cette affaire, sans faire trop de bruit. Je profite d'ailleurs de l'occasion pour fustiger l'attitude de tous ceux qui ont envahi la brigade vendredi, pour exercer une pression morale sur les gendarmes, et m'interroger sur le rôle d'un membre influent du gouvernement dans cette foule. Pour ce niveau de responsabilité, je suis profondément déçu, de voir que la proximité culturelle efface la retenue qui doit guider les grands hommes, pour prendre le pas sur les comportements républicains.

Mais des avocats disent que le Parquet a violé leur statut en faisant convoquer l'un d'eux dans une brigade.

J'ose espérer qu'ils vous ont cité l'article de la loi que le parquet a violé en la circonstance. Je mets quiconque au défi de me produire cet article qui n'existe nulle part. Cependant, il faut que l'opinion sache que les avocats sont des justiciables comme tout le monde, et qu’ils ne jouissent d'aucune immunité. Cependant, il faut relever que par le passé, il avait tacitement été mis en place une sorte de consensus pour que le parquet soit bienveillant pour rechercher les voies de la négociation et du règlement amiable, à chaque fois que les avocats auraient maille à partir avec la société. Et plusieurs d'entre eux peuvent, même en coulisse reconnaître les traitements de faveur dont ils ont toujours fait l'objet de la part du parquet de la République. Or; la tolérance n’est pas une permission, c'est une simple faveur qui n'est pas un droit.

Les avocats qui, au lieu de se rapprocher du parquet en adoptant un profil bas devant la gravité des faits, ont préféré ameuter l'opinion jusque suries antennes d'une radio internationale, choisissant, ainsi, de rompre unilatéralement ce consensus. Le parquet n'a fait que tirer la conséquence. Les avocats auraient dû être plus conséquents. Ce d'autant que je me suis entretenu personnellement, la veille de la convocation, avec le bâtonnier qu'accompagnaient certains membres du Conseil de l'ordre des avocats, pour les rassurer sur le traitement bienveillant qui devait être fait à l'avocat dans cette affaire. Je n’ai donc pas compris le revirement de comportement qu'ils ont affiché 24 heures après, alors qu'ils savaient bien que cette convocation devait arriver et qu’aucune mesure de garde à vue ne devait être prise à l'encontre de leur consœur. En agissant de la sorte, ils nous ont implicitement demandé de prendre nos responsabilités. C'est ce que nous faisons depuis lors, et en toute légalité.

 

Source : Journal L'Union Plus du 13/02/2008

 


 
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