Affirmation du procureur de la République,
Bosco Alaba Fall, qui précise que le parquet a
ordonné l’audition de cette avocate par la
direction générale des recherches, au lendemain
d’un acte de violation de la loi à la prison
centrale de Libreville.
M. le Procureur, le
bruit court depuis quelques jours que le parquet
de la République a lancé un mandat d'arrêt
contre une avocate, Me Gisèle Eyue Bekalé, pour
l'empêcher de défendre son client, un certain
Félix Bongo. Qu'en est-il exactement?
« Je suis très
étonné au risque de tomber des nues si ce sont
des hommes qui se disent honnête qui vous ont
raconté un si grossier mensonge. A vrai dire, il
n y a pas de mandat d'arrêt lancé contre
quiconque, mais une simple convocation d'un
officier de police judicaire adressée à un
citoyen gabonais, dans le cadre d’une enquête
préliminaire normale. La personne convoquée ne
connaît que trop bien la procédure pénale,
savait pourtant qu’elle n’avait qu'à se rendre
tranquillement à la brigade pour savoir pourquoi
elle était convoquée, et en même temps répondre
aux questions de l'enquêteur, comme cela se fait
tous les jours, avec tous les autres citoyens,
dans tous les commissariats de police et toutes
les brigades de gendarmerie, sans que cela pose
un problème particulier, et sans que la
République s'arrête de tourner. Je dois vous
dire franchement que le parquet que je dirige,
au moins jusqu'en fin juin 2008 est si
respectueux du travail des avocats qu'il ne
saurait empêcher un avocat de défendre son
client. Je puis vous assurer, par ailleurs, que
les faits ayant motivé la convocation ne sont
pas liés à l'affaire Félix Bongo. Si des esprits
malins vous ont établi une relation entre les
deux, il s'agit d'une pure diversion dont
l'échec est programmé d'avance ».
Justement, quel est
le problème particulier qui s'est posé?
En fait, la
personne convoquée, sans doute consciente de la
gravite des faits dans lesquels elle s'est
illustrée au niveau de la prison centrale, dans
la soirée du 30 janvier 2008, a embarqué un
certain nombre de ses confrères qui ont, hélas,
et sans réfléchir, pris fait et cause en
s’alignant, avec le bureau du barreau national,
dans une sorte de front du refus et du non
respect de la légalité. Ce "front", dans une
sorte de bravade s'est catégoriquement opposé à
ce que la personne convoquée se rende au lieu de
la convocation, sans que cette attitude soit
justifiée par une disposition quelconque de la
loi.
Mais comme tous
ceux qui bravaient la loi ce jeudi 07 février
2008, savaient que leur comportement n'était pas
légalement justifiable, ils ont plongé dans le
trafic d'influence en tentant vainement
d'obtenir du Procureur Général et du ministre de
la Justice, la délocalisation de l’audition de
l’avocate au palais de justice de Libreville.
Le parquet, gardien
direct de la loi pénale, a clairement interpellé
ces deux autorités sur le fait que l'Etat de
droit que tout le monde réclame ne s’accommode
plus des traitements de faveur; et qu’il n’était
pas nécessaire d'accéder à la demande de
délocalisation de l'audition de l'avocate, car
ce serait un fâcheux précédent qui ouvrirait la
boîte de Pandore où la justice commence
seulement à enfermer tous les mauvais
comportements que la grande opinion gabonaise
réprouve.
Tous les citoyens
étant égaux devant la loi, tous les Gabonais
doivent désormais intégrer qu’en ce qui concerne
le parquet de la République, l'heure des
traitements de faveur est terminée, et que la
justice se fera, au niveau du tribunal, sans
tenir compte des origines et du statut des
individus.
Ce qui me déçoit
aujourd'hui, c'est que des avocats, partisans
naturels de la justice, oublient ce qu'ils
défendent nuit et jour, parce que l'un d'eux est
face à la loi.
Vous vous imaginez
qu'aujourd’hui, si des pressions parviennent à
soustraire un citoyen, fût il avocat, des
poursuites judiciaires, demain, un autre groupe
de la société réclamera les mêmes faveurs, et
l'on verra peu-être des marches et des sit-in se
faire au nom de l'ethnie, de la religion, de la
province, pour contester la légalité lorsqu’elle
ne sert pas les intérêts de son groupe. La
nation que nous construisons ne peut plus
s'accommoder de tels errements. C'est du passé,
et s'il y a encore des citoyens qui pensent être
des intouchables, au dessus de la loi, qu’ils se
détrompent dès aujourd’hui.
Peut-on savoir ce
dont on accuse Me Eyue Bekalé?
« C'est bien à ce
niveau que je relève le paradoxe, car ceux qui
protestent illégalement aujourd'hui, auraient dû
commencer par éclairer l'opinion sur les faits
qui sont reprochés à l'avocate. Ils évitent, par
mauvaise foi, d'aborder le sujet dans ses
causes, mais s’empressent d'aller le saisir au
niveau des conséquences pour faire des amalgames
ave le cas de Félix Bongo. C'est une aberration.
Pour en revenir à votre question, permettez-moi
de ne pas violer la loi, et de m'en tenir au
devoir de réserve, d’autant qu’au stade où se
trouve l'enquête, celle-ci est secrète. Mais je
puis vous dire seulement, sans porter atteinte
au caractère secret de l’enquête, que les faits
ont trait à un scandale qu'elle a causé, par
excès de zèle, dans la soirée du 30 janvier
2008, au niveau de la prison centrale de
Libreville. De ce scandale est née une
infraction punie par la loi. Ce qui justifie les
poursuites dont elle est l'objet présentement.
Finalement, est-ce
que les pressions de tout bord ne vont pas avoir
raison de votre détermination à faire respecter
la loi?
Je puis vous
assurer que les pressions dont vous parlez n'ont
pas eu raison de la force de la loi, car depuis
vendredi dernier, les protestataires ayant
compris qu’ils agissaient en marge de la loi,
ont fini par se rendre avec leur « protégée » à
la brigade de gendarmerie, où l'officier de
police judiciaire chargé du dossier l'a entendue
sur les faits qui lui sont reprochés. Je puis
vous dire qu'elle ne les a pas niés, et en temps
utile, l'opinion sera informée sur ces faits
pour qu'elle juge elle aussi, de la réalité du
comportement de certains donneurs de leçons qui,
j'en suis convaincu, auraient été plus
responsables en gérant cette affaire, sans faire
trop de bruit. Je profite d'ailleurs de
l'occasion pour fustiger l'attitude de tous ceux
qui ont envahi la brigade vendredi, pour exercer
une pression morale sur les gendarmes, et
m'interroger sur le rôle d'un membre influent du
gouvernement dans cette foule. Pour ce niveau de
responsabilité, je suis profondément déçu, de
voir que la proximité culturelle efface la
retenue qui doit guider les grands hommes, pour
prendre le pas sur les comportements
républicains.
Mais des avocats
disent que le Parquet a violé leur statut en
faisant convoquer l'un d'eux dans une brigade.