COMMENT LE SECTEUR PRIVE
GABONAIS PEUT TIRER
PROFIT DE CAPE
Les opérateurs économiques
interpelés
Nous publions aujourd'hui,
la réaction d'un jeune entrepreneur gabonais sur
l'Accord de partenariat économique (APE) qui
interpelle les opérateurs économiques sur la
question de l'APE. 11 s'agit d'uns démarche
optimiste par opposition à la vision pessimiste
de beaucoup d'Africains qui n'y croient pas.
C'est le cas du directeur des douanes
sénégalaises qui cite les pertes de recettes
douanières (le Sénégal perdrait, si la
réciprocité des préférences était acceptée,
cette année, un peu plus de 40% de ses recettes
douanières soit environ 180 milliards de nos
francs), le démantèlement des industries, le
ralentissement de l'intégration. L’APE dit-il,
est une calamité pour les économies africaines.
A preuve, dans l'état où se trouvent nos
industries, qui sont un train de se désintégrer
à cause de la concurrence des produits venant
d'Europe, entre autres, et qui sont fabriqués à
moindre coût ou' qui sont largement
subventionnés, il n'y a pas de compétitivité qui
vaille. En sus, les manifestations des
agriculteurs mexicains à propos des Accords de
Libre échange entre les Etats-Unis et le Mexique
qui déséquilibrent la production agricole
mexicaine, notamment le maïs dont les Etats Unis
sont les plus gros producteurs (production
subventionnée) et qui peuvent placer la moitié
de cette production sur le marché du Mexique
annihilant ainsi la grande majorité des
agriculteurs locaux. A contrario, M. Megne
m'Ella pense qu'au-delà des débats idéologiques,
sur la perte des recettes douanières,
l'opérateur économique retiendra surtout que
l'APE permettra aux consommateurs d'accéder à
des biens de consommation et d'équipement à
moindre coût. Le débat est relancé.
DEPUIS 2004, le Gabon est
impliqué dans la négociation d'un accord dit
« Accord de Partenariat Economique » (APE)
entre l'Union européenne (UE) et la
configuration Afrique centrale regroupant les
six états de la CEMAC (Cameroun, Congo, Gabon,
Guinée Equatoriale, République Centrafricaine,
Tchad) et deux états de la CEEAC (République
Démocratique du Congo, Sao Tomé & Principe).
Cet accord s'intègre dans
le nouveau cadre global de coopération défini
dans "l'Accord de Cotonou", signé le 23
juin 2000, à Cotonou, République du Bénin, entre
l'Union européenne et le groupe des états dits
« Afrique, Caraïbes et Pacifique » (ACP)
dont notre pays fait partie.
A ce sujet, beaucoup de
choses ont été dites, et les voix qui, jusque
là, se sont fait le plus entendre sont celles
des opposants à l'APE, ceux qui n’y voient
« qu'une manœuvre de l'Union européens pour
accéder encore plus facilement à nos marchés et
à nos matières premières ».
Il est primordial que le
secteur privé s'intéresse de très près à cette
problématique car, s'il est vrai que la
détermination des mesures réglementaires est du
ressort des pouvoirs publics, mais c'est bien
les entreprises commerciales qui conduisent les
transactions d'exportation et d'importation, et
non les nations.
La présente contribution
vise à interpeller les opérateurs économiques
sur la question de l'APE. Elle se veut
volontairement optimiste, l'objectif étant
d'inviter les chefs d'entreprise à une approche
offensive, afin de regarder les nombreuses
opportunités offertes par la libéralisation des
échanges dans le cadre de cet accord.
La suppression des droits
de douane et des taxes à l'importation.
Né, d'une part de
l'obligation de se conformer aux règles de
l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC),
d'autre part du bilan mitigé des préférences
commerciales non réciproques qui étaient
accordées à nos pays (par VUE), l'APE vise à
établir progressivement une zone de libre
échange entre la configuration Afrique centrale
et l'Union européenne, avec une possibilité
d'asymétrie dans l'application des franchises de
douane. En d'autres termes, au terme de la
période de mise en œuvre (2008 - 2020), 100% des
produits "Made in Afrique centrale" entreront
sur le marché UE sans droits de douane, et une
grande partie des produits européens (environ
80%) entreront dans nos pays dans les mêmes
conditions.
Au delà des débats idéo
logiques sur la perte des recettes douanières
(par l'Etat), l'opérateur économique retiendra
surtout que PAPE permettra aux consommateurs,
donc aux clients de nos entreprises, d'accéder à
des biens de consommation et d'équipement à
moindre coût. Ce qui aura pour effet mécanique
d'augmenter la demande, donc de multiplier les
opportunités d'affaires.
De même, la suppression
des droits de douane sur les machines outils,
les équipements informatiques, les produits
chimiques et intrants divers devra permettre aux
entreprises de production d'abaisser
sensiblement leurs coûts de facteurs, d'accéder
plus facilement aux technologies nouvelles, donc
de gagner en productivité et en compétitivité.
Pour illustration, en
capitalisant sur le savoir faire des fabricants
de meubles installés entre le feu rouge d'Akébé
et le rond point d'Awendjé, et en permettant à
ces derniers d'accéder à des machines à bois
sophistiquées, l'on peut arriver à de véritables
menuiseries industrielles capables de produire
des meubles de qualité en grande quantité. Et,
la volonté politique aidant, la multiplication
de telles expériences pourra, à terme, compenser
la perte des recettes douanières.
L'INTEGRATION REGIONALE
En signant l'APE de manière solidaire, la
configuration Afrique centrale (Cameroun, Congo,
Gabon, Guinée Equatoriale, République
Centrafricaine, République Démocratique du
Congo, Sao Tomé & Principe, Tchad) s'engage
également à atteindre enfin, cet objectif
prioritaire qui semblait s'éloigner infiniment,
l'intégration régionale et son corollaire
immédiat, la libre circulation des biens et des
personnes.
Dans un tel contexte,
l'entrepreneur gabonais va se retrouver dans un
large espace économique régional, avec près de
100 millions de consommateurs. L'agrandissement
du nombre de clients potentiels qui en résulte
s'accompagne donc d'une augmentation des
opportunités d'affaires, à condition, bien sûr,
d'être suffisamment outillé pour faire face à
l'inévitable concurrence qui s'en suivra.
L'harmonisation des
pratiques commerciales dans la région va
supprimer les principaux obstacles aux échanges
que l'on observe actuellement. Les entreprises
gabonaises opérant dans les services de BTP,
informatique, télécommunications, etc. auront
ainsi plus de facilité à s'implanter en Guinée
Equatoriale ou en RDC pour y apporter leur
expérience et leur savoir faire.
PAR AILLEURS, L'ENGAGEMENT
par les états d'adopter des règles commerciales
communes rendra les associations d'opérateurs
économiques plus fortes. Ainsi par exemple, sur
les opérations d'achat de banane plantain à
Ambam (Cameroun) pour une revente à Libreville
(Gabon), les commerçants pourront exiger la
suppression de la double taxation sur la
délivrance du certificat phytosanitaire
(aujourd'hui, cette taxe est payée au Gabon et
au Cameroun pour une même cargaison de
marchandise).
Autre avantage apporté par
l'intégration régionale, les déclarations
douanières se feront de manière unique à
l'entrée de la région, quelle que soit la
frontière par laquelle la marchandise entre.
Ainsi, un container de produits destiné au
marché du Woleu Ntem pourra transiter par le
port de Bata, en Guinée Equatoriale, avant de
rallier Oyem ou Bitam par la route, sans risque
de double taxation. On gagne ainsi 300
kilomètres.
Les conditions pour
réussir. Passer d'un marché de 1,5 million à
près de 100 millions de consommateurs (Afrique
centrale), voire près de 200 millions (en
incluant les pays de l'Union européenne), ne se
fait évidemment pas sans turbulences.
L'attitude des opérateurs
gabonais devrait être plutôt offensive que
défensive, de manière à transformer les
potentialités en réalités, tout en minimisant
les risques potentiels.
Les facteurs critiques
déterminants, dans ce nouvel environnement,
seront le rendement des chaînes de
commercialisation, notamment sur les marchés
d'exportation, et l'avantage coût. Ce qui
suppose un nouvel état d'esprit: vision globale,
capitalisation des avantages comparatifs,
orientation vers l'export, meilleur service au
client, garantie de bonne exécution, respect des
normes sanitaires et phytosanitaires (SPS), etc.
L'observation de ces
nouvelles exigences va nécessairement entraîner
un ensemble d'efforts matériels, financiers
et/ou humains communément désigné par
"renforcement des capacités de production".
Nos entreprises devront
donc, selon les cas, s'attendre à : devoir
acquérir de nouveaux outils de production,
agrandir les usines/entrepôts, ouvrir des
succursales, former du personnel, revoir la
politique marketing et commerciale, recentrer
les activités, etc. Et, pour faire face à
certaines situations, il conviendra d'envisager
des opérations de fusion/acquisition,
ouverture de capitaux, délocalisation de la
production, etc.
Il est bien évident que
tout cela ne se fera correctement que dans un
cadre macroéconomique favorable à
l'investissement, avec un système bancaire
ouvert aux entreprises et des pouvoirs publics
particulièrement sensibles à la question. Et
ceci pourra faire l'objet d'un autre débat.
* Ingénieur INSA - Lyon
Chef d'entreprise
Secrétaire Général du
Réseau des Entreprises du Gabon.