EN débarquant le 21
novembre 1953 au petit port de Mayumba, en
provenance de Marseille (France), mue par le
cycle de l'évangélisation et l'amour du
Seigneur, Sœur Marie Pierre en avait déjà fait
"sa" terre. C'était au terme de plus d'un mois
et demi de voyage en bateau avec trois autres
sœurs de la congrégation de Notre-Dame du
Rosaire notamment, Mère Eugénie, Sœur St Louis
et Sœur Marie Brigitte. Les deux premières
citées sont aujourd'hui, elles aussi décédées.
L'arrivée de ces trois
religieuses avait galvanisé les populations
nynoises qui avaient compris tout l'intérêt
qu’elles allaient tirer de leurs activités dans
les domaines de la formation et de l'éducation
chrétienne.
Malgré le climat et la vie
rude, sœur Marie Pierre et les autres vont
s'engager sans ménagement dans une œuvre humaine
proche d'un chemin de croix. Ainsi, vont-elles
s'occuper de la catéchèse, de l'enseignement des
enfants, des visites aux familles et de la
formation des jeunes filles internées.
Enseignante de formation,
sœur Marie Pierre a assuré la formation de
plusieurs générations dans la Nyanga. D'abord en
s'occupant particulièrement de l'école de la
mission de Mayumba, des filles de l'internat et
en lançant les mouvements d'action catholique
tels que GEN, ce mouvement qui va se répandre
dans tout le Gabon. Elle s'initie aussi la
jeunesse aux activités culturales.
A Tchibanga, Sœur Marie
Pierre est restée très proche des vieillards et
pauvres abandonnés, en même temps qu'elle
encourageait les couples chrétiens (et les non
mariés) à se regrouper en foyers chrétiens afin
de s'épauler et de partager des joies et des
peines inhérentes à leur vocation.
C'est pour cette raison
que les populations de la Nyanga, en général et
celles d'autres horizons en particulier sont
venues lui rendre un dernier hommage selon la
tradition.
Avant sa mise en terre une
messe d'action de grâce a été dite par l'évêque
du diocèse de Mouila, Mgr Dominique Bonnet qui a
déclaré que Sœur Marie Pierre n'est pas morte ;
elle a décidé de demeurer en terre nynoises,
"mais nous a quittés pour continuer une autre
mission". Il a par ailleurs demandé aux
Nynois accablés par la douleur de combler ce
vide après le temps des pleurs. « Suivez
l'appel de Jean-Paul II, l'église de la Nyanga,
lève-toi et marche » a conclu l'évêque.
Sœur Marie Gérard qui fut
l'une de ses élèves à l'école Ste Anne de
Mayumba a, au nom de toutes les religieuses,
indiqué que Sœur Marie Pierre a donné sa vie
entière pour le peuple gabonais et l'église
universelle. « Cet amour se manifeste par le
choix d'être enterrée à Tchibanga, sa chère
mission où elle a passé des nombreuses années.
Pourrions, nous la verrons dans la foi et nous
savions qu'elle sera toujours avec nous et nous
aidera d'une autre maniéré », a déclaré la
religieuse les yeux pleins de larmes.
La messe a duré près de
trois heures d'horloge et a vu des personnes
venir de tous les coins (Libreville, Tchibanga
a, Mouila, Ndéndé, Mayumba etc.). Les autorités
politiques et locales dont M. Ngoyo Moussavou,
le préfet de la localité, les notables, les
élèves des différents établissements du primaire
comme du secondaire ont pris également part à
ces obsèques.
'Sœur Marie Pierre a été
pour nous dans la Nyanga, ce que fut Mère jean
Gabriel dans l’Estuaire, à Libreville, toute
proportion gardée. Elle a consacré sa vie non
seulement au rayonnement de l'église dans la
région mais aussi à la formation, à l'éducation,
à l'instruction des jeunes Nynoises; elle s'est
mise au service de tous, des jeunes comme des
vieux. Voilà pourquoi pour les gens d'ici, elle
n'est pas morte, elles’ est absentée tellement
elle a marqué les esprits et de son souvenir
reste vivace en nous, a dit M Ngoyo Moussavou en
guise de témoignage.
A noter que l'enterrement
s'est passé dans la pure tradition du terroir.
Les personnalités religieuses venues de tous les
coins et celles de Tchibanga se sont assises
autour d'une même table pour décider quand va
avoir lieu la levée de terre.