FAIT DIVERS
A propos d'un abordage ayant
fait deux morts en décembre à Gamba
Une
grosse légume derrière "l'accident"
Les conclusions de l'enquête
ont abouti à l'arrestation de plusieurs
personnes impliquées dans cette affaire et
écrouées à Port-Gentil.
QUAND le sang de l'innocent
crie vengeance, c'est la manifestation de la
volonté divine qui s'exprime avec l'éclatement
de la vérité.
En
fait, tout ce que tout le monde, à Gamba et dans
tout le département de Ndougou, avait jusque-là
considéré comme un accident entre deux
embarcations ayant occasionné la mort de deux
personnes âgées : Mathieu Mavoungou Mouity et
Sylvestre Moussounda Ditona, chef du village
Vera, n'était qu'un vaste maquillage d'un crime
odieux. Dans cet "accident", un rescapé sera
d'ailleurs hospitalise. Il s'agit de Jean-Marc
Moussinga, un jeune homme d'une trentaine
d'années.
Au
centre du drame, les intrigues politiques en
rapport avec les dernières Législatives qui ont
vu certaines personnalités politiques locales se
fourvoyer dans des pratiques d'un autre âge, en
commanditant un crime odieux. Espérant ainsi
réussir à assouvir leurs desseins. Pour mieux
convaincre les auteurs, un appât de dix millions
a suffi pour diligenter l'opération. Celle-ci
prendra d'ailleurs une dimension
tragico-parentale avec l'implication (aux
premiers rôles) du jeune Serge Mboumba, fils
légitime d'une des victimes, Sylvestre
Moussounda Ditona.
FIÈVRE ELECTORALE. Les faits
remontent au mois de décembre dernier et la
fièvre des élections législatives fait monter un
peu plus d'adrénaline dans les états-majors
politiques en lice. Dans cette ambiance qui est
loin de les intéresser, Mathieu Mavoungou Mouity,
Jean-Marc Moutsinga et Sylvestre Moussounda
Ditona, le chef du village Vera prennent la
pirogue, de la ville pour le village cité. Il
fait nuit, et la navigation nocturne, sans
signalisations de sécurité appropriées, n'est
pas une partie de plaisir. Autant d'éléments que
doit intégrer d'excellents conspirateurs,
adeptes du crime parfait.
Depuis quelques jours, un
complot était delà ourdi contre eux. Pour
l'exécuter, trois bonshommes feront l'affaire :
Jean-Christian Mavoungou Animba, Pierre Boukosso
Nzigou et Serge Mboumba. Il y aura également
Elie Ikapi qui a joué un rôle central dans
l'organisation du drame. C'est en effet lui qui
a volé la pirogue de couleur bleue de sa grande
soeur Julienne Ma pour la confier à Serge
Mboumba et Randale Pierre Boukossou-Nzigou pour
provoquer la noyade.
Auparavant, les matériels
indispensables sont réunis une paire de jumelles
pour mieux suivre les victimes, deux téléphones
portables pour rester en communication
permanente et une autre pirogue motorisée
appartenant à Mavoungou Animba.
Comment sont-ils passés à
l'action ? Les tueurs se sont répartis en deux
équipes. Pierre Boukosso Nzigou et Serge Mboumba
(dans une pirogue) sont allés en embuscade au
niveau de l'île "Mboumbe-Tsange".Depuis le bar
où les trois victimes se désaltéraient pour la
dernière fois avant de descendre au débarcadère,
Ikapi et Mavoungou suivaient leurs faits et
gestes à la loupe à l'aide des jumelles.
Lorsque leur pirogue quitte
le débarcadère pour s'engager vers le large,
Serge Mboumba et Bokosso Nzigou sont déjà
informés, grâce aux téléphones portables, de
leur progression.
Le télescopage entre les deux
pirogues a été tellement brusque que les deux
personnes mortes n'ont même pas eu le temps de
se débattre longtemps. Aussitôt après l'acte,
Serge Mboumba et Boukossou
vont se placer à l'affût, à
100 m du lieu de l'accident Pour attendre
d'assommer d'éventuels rescapés pouvant se
montrer. Malheureusement pour eux, il y en avait
effectivement un qu'ils n'avaient pas vu: Jean
Marc Moutsinga n'était pas mort.
AVEUX • Après ce
fut la version que l'on connaît :' abordage
entre deux, pirogues motorisées ayant ait deux
morts. Pourtant des détails intriguent déjà :
les traces de peinture bleue remarquées sur la
pirogue des victimes.
Quelques jours plus tard, une
plainte est déposée à la brigade de gendarmerie
locale, signée de Edouard Digalou, Julienne
Maganga et ... Serge Mboumba, demandant qu'une
enquête judiciaire soit menée afin que les
auteurs de cet acte abominable soient traduits
devant la justice.
Les éléments de cette unité
de gendarmerie ne se feront pas prier. Le
lieutenant Aloïse Onthélé et ses éléments vont
aussitôt localiser deux pièces essentielles :
Jean-Christian Mavoungou Animba et Pierre
Bokousso-Nzigou, alias Randale. Puis les
renseignements indiquent que ces deux
personnages se sont retirés dans leurs
campements où, à l'aide d'une arme à feu, ils
menaceraient toute personne qui s'approcherait.
Mais plusieurs techniques
seront nécessaires pour les appréhender. D'abord
Mavoungou Animba, puis Elie Ikapi qui a
d'ailleurs déclaré que les opérations relatives
à ce crime étaient dirigées par le premier cité
Et c'est ce Mavoungou Animba qui a avoué le nom
du commanditaire de cet assassinat, une grosse
légume du coin.
Pour cela, celui-ci leur
aurait proposé la somme de 10 millions de francs
devant être répartie comme suit : 5 000 000 frs
pour Serge Mboumba (pour avoir accepté le
parricide) ; 3 000 000 frs pour Jean Christian
Mavoungou Animba et 1000 000 frs chacun pour
Elie Ikapi et Pierre Boukosso Nzigou.
Les arrestations vont
s'enchaîner avec les prises, après la clôture de
l'enquête, Serge Mboumba, Nono Mbatchi (premier
vice-président du conseil départemental dont le
nom a été cité plusieurs fois au point qu'il
s'en était ouvert au préfet Pierre Ibinga) ainsi
qu'Antoine Makanga (conseiller départemental),
Gérard Maganga (employé au service technique du
conseil départemental) et Albert Kokolo.
En attendant que le gros
poisson soit confondu à son tour, plusieurs
personnes croupissent déjà a la prison de
Port-Gentil dans le cadre de cette affaire qui
fait encore couler beaucoup d'encre et de
salive.