APRES les
explications du président-directeur général de
la SMAG, Jean-Pierre Békalé Be Nzoghé, le
gouvernement sur instruction du chef de l'Etat
avait déjà anticipé la hausse du prix du blé
observé sur le marché international (+83% en un
an) par l'adoption de mesures palliatives, dont
l'octroi d'une subvention.
En effet,
indique-t-il, en août 2007, lorsque les
analystes internationaux prévoyaient déjà
l'inéluctable flambée des matières premières
agricoles, la Smag avait saisi de suite les plus
hautes autorités de l'Etat sur ses répercussions
néfastes sur le prix de la farine.
La tonne de blé
qu'elle achetait à 130.000 francs en 2006
avait, en l'espace d'une année, doublé pour se
situer à 270.000 francs la tonne en 2007.
Une situation qui
a, d'emblée, occasionné d'énormes pertes
financières pour l'entreprise avec des risques
de pénurie faute de ressources nécessaires pour
honorer de nouvelles commandes.
Les estimations de
ces pertes s'élèvent, selon la direction
générale à 1,4 milliard de francs entre
septembre et décembre 2007 et près de 5
milliards depuis le début de l'année 2008.
L'entreprise, indique, son patron, perd 50 (10
francs par sac de farine produit).
Ce qui, en pareille
circonstance, aurait pu la conduire, et à juste
titre, à augmenter ses prix pour compenser ses
pertes. Mais cela n'a pas été le cas, indique le
PDG de la Smag.
« Nous ne pouvions
pas le faire de délibérément vu que les prix de
la Smag sont homologués par Direction général de
la concurrence et de la consommation. S’il n’y a
pas accord de l’Etat, nous ne pouvons pas, comme
les autres opérateurs économiques, augmenter nos
prix. Le chef de l’Etat n’était pas favorable à
cette augmentation, nos prix sont donc restés
inchangés » précise ce dernier.
Ainsi, pour
atténuer temporairement les pertes de
l'entreprise et éviter à la Smag de tomber en
rupture de stocks avant l'arrivée de la
subvention, l'Etat va prendre un certain nombre
de mesures.
Il va, dans un
premier temps, reporter les droits de douane et
le règlement de l'impôt sur les salaires de la
Smag.
Et dans un second
temps, l’Etat va régler en avance la péréquation
2008 de transport (594 millions de francs) et va
rembourser les arriérés de 2002 à 2007qu~ se
chiffraient à 565 millions de francs. Soit une
ardoise soldée de 1,15 milliards de francs.
De son côté, la
Smag va suspendre le versement à la CNSS des
cotisations patronales et solliciter dans le
même temps, des établissements bancaires de la
place des crédits pour faire face à la
situation, souligne Jean-Pierre Békalé Be Nzoghé.
Mais elle va
également, ajoute-t-il, réduire ses charges en
se séparant d'une vingtaine d'employés;
supprimer les ristournes et diminuer l'encours
accordé à ses clients.
« nous étions
dans une situation lamentable vu que, avant la
flambée des prix du blé, nous avions, sur prêt
bancaire, dépensé près de deux milliards pour la
construction d’un autre moulin » souligne
t-il.
Ces remboursements
du gouvernement, les prêts bancaires et les
décisions prises en interne ont donc permis à la
Smag de procéder a de nouvelles commandes de blé
(avec retard) afin d'éviter une éventuelle
pénurie.
« Nous avion donc
commandé un nouveau bateau de blé de 5000 tonnes
d’une valeur de 1,7 milliards de francs qui
devrait logiquement arriver jeudi prochain. Et
pour ne pas tomber en rade d’ici mai 2008, nous
avions d’un commun accord avec nos clients,
rationné de 15 à 20% nos sorties de blé, sans
préjudice pour l’approvisionnement normal du
marché national » assure t-il. Et c’est cette
ultime mesure, explique t’il, qui va laisser
croire à une rupture prochaine de stocks et va
entraîner la spéculation observée
SPÉCULATION
Plusieurs grossistes et gérants des dépôts,
fait-il savoir, ont stocké volontairement leur
achat de farine afin de créer la pénurie et
s'adonner, par la suite, à la spéculation.
« Ils ont reçu de
la farine de la Smag mais ne l'ont plus vendue à
leurs client, pensant pouvoir l’écoulée plus
tard à des prix supérieurs dés que,
pensaient-ils, nous nous trouverions en
rupture » s’insurge Jean-Pierre Békalé Be
Nzoghé. Avant d’ajouter « mais ces derniers,
apprenant l’octroi imminent de la subvention de
l’Etat, vont curieusement ressortir leurs stocks ».
D'autres plus
véreux, indique t-il, sont allés le revendre au
Cameroun voisin pour tirer de substantielles
plus-values.
En effet, plusieurs
tonnes de farine destinée au marché national ont
été retrouvées sur les étals des marchés à
Douala. Le sac de farine y est vendu à 21.000
francs contre 14.950 francs au Gabon. Soit un
bénéfice supplémentaire de 7000 francs.
La Smag a ainsi
alerté la direction générale des douanes, de la
nouvelle destination empruntée par sa production
de farine.
Cette dernière va
ainsi mettre en place un cordon sécuritaire à
Ntoum, Mitzic, Oyem et Bitam pour stopper
l'hémorragie.
« Nous avons
prévenu nos clients que s’il exportaient encore
la farine en direction du Cameroun on les
rayerai purement et simplement de notre réseau
de distribution. Ainsi comme vous le constatez,
le produit n’est pas rare. Et l’arrivée
prochaine de la subvention de l’Etat nous
permettra de retrouver notre cycle normale »
s’est-il réjouit.