Mini-entretien avec
...
Pierre Bédier, président du groupe parlementaire
d'amitié France-Gabon
« Pour le
gaulliste que je suis l'amitié franco-gabonaise
a une saveur particulière »
Le parlementaire français oui se félicite de la
fin de la mini-crise, a néanmoins relevé la
légèreté de la conduite des autorités
françaises.
M. Pierre Bédier, vous avez, lors
d'un entretien avec notre ambassadeur en France
le mois dernier, exprimé votre irritation devant
la mini-crise que traversaient alors les
relations entre Libreville et Paris et, en
particulier, devant les éléments qui l'avaient
provoquée. A présent que ries nuages se sont
éloignés, on suppose que vous êtes satisfait ?
Je suis satisfait et très heureux parce que vous
vous souviendrez que j'avais manifesté mon
irritation à l'égard de la partie française.
Lorsqu'on connaît l'intensité des relations
entre la France et le Gabon, la façon dont les
autorités françaises s'étaient conduites était
un peu légère, s'agissant de l'expulsion de ces
deux jeunes étudiants. Si le seul problème de la
France était l'immigration gabonaise, on
pourrait considérer que les problèmes
migratoires de la France sont réglés. D'autre
part, les attaques répétées aussi anciennes et
stupides à l’égard du président entachent les
bonnes relations qui doivent exister entre nos
deux pays. Donc, je suis particulièrement
heureux que ma visite arrive trop tard, puisque
les choses se sont arrangées. Je viens
réaffirmer cette union entre la France et le
Gabon et voulais manifester le fait que nous
sommes des parlementaires français convaincus de
la nécessité d'entretenir des bonnes relations
entre la France et le Gabon. C'est le rôle de
notre groupe d'amitié. Je pense qu'il est
central parce que le Gabon a une histoire avec
la France qui est singulière et profitable à la
fois à la France, à la fois au Gabon, mais aussi
à l'ensemble du continent africain et l'ensemble
du continent européen. C’est le message amical
que je voulais (re)-délivrer à la partie
gabonaise.
...
Justement vous avez été reçu par le président
Omar Bongo Ondimba, quels enseignements
tirez-vous de cette entrevue
?
Il y a trois choses qui m'ont frappé au cours de
cet entretien. La première, c'est que le
président Omar Bongo Ondimba a le calme des
troupes, si j’ose dire. Et donc ce n'est pas la
première crise franco-gabonaise et il sait que
ce n'est pas la dernière. Il remet tout le monde
à sa place, je trouve cela très bien, c'est le
privilège de l'ancienneté et de la sagesse que
confère l'ancienneté. La deuxième chose qui m'a
frappé, c'est la volonté du président d'oublier
toutes ces petites histoires pour toujours se
tourner vers l'a venir et imaginer ce que
doivent être les projets entre les deux pays.
Troisièmement, nous avons évoqué les projets qui
tournent autour de quelque chose qui est nouveau
dans les relations entre la France et l'Afrique
et entre la France et le Gabon, c'est la
coopération décentralisée. Et la possibilité que
nous avons désormais de voir les collectivités
locales françaises s'investir avec les
collectivités locales gabonaises pour porter
ensemble des projets. Je crois pour ma part, que
c'est une façon- de pratiquer une nouvelle voie
diplomatique. L'ancienne voie diplomatique qui
avait ses charmes et aussi ses limites, c'était
celle des professionnels, elle était
indispensable. Mais, il y a une nouvelle voie
diplomatique qui s'ouvre à nous et qui rapproche
plus les peuples et qui fait que des acteurs
démocratiques, les élus et les acteurs
associatifs, les ONG locales, peuvent porter
ensemble des projets. C'est ce que nous avons
évalué avec le président de la République.
Vous annonciez une série d'initiatives à
l'Assemblée liées à cette tension entre nos deux
capitales. Sur quoi ont elles porté. Y a-t-il
un lien avec l'examen en première lecture la
semaine dernière de l'accord sur la gestion
concertée des flux migratoires signé fin juillet
à Libreville
?
L'accord a été ratifié par l'Assemblée nationale
le jour de la visite à Libreville du secrétaire
d'Etat à la Coopération et du secrétaire général
de 1Blvsée. C'est la preuve que les choses
s'accélèrent et montrent bien que la partie
française est consciente de ses faiblesse, et
pourtour dire, de ses fautes. ..
...
Le groupe d'amitié parlementaire France-Gabon
y a-t-il contribué ?
Nous essayons de la façon la plus discrète
effectivement de faire passer un certain nombre
de messages. Je peux retenir avec beaucoup de
forces qu'il est légitime que la France ait une
politique migratoire et que cette politique
passe naturellement par des contrôles avec les
pays avec lesquels nous avons de grands
problèmes migratoires. Fn aucun cas cela ne
concerne le Gabon... Et sil ya aujourd'hui un
pays qui a des problèmes migratoires avec le
Gabon, c'est la France. C'est à-dire, qu'il y a
aujourd’hui plus de Français au Gabon que de
Gabonais en France. Il faut bien que nous
comprenions bien qu’en faisant ce que nous avons
fait, non seulement nous avons irrité la partie
gabonaise, et à juste titre, les Français du
Gabon aussi, qui ont très mal vécu cette affaire
ne comprenant pas ce qui s'est passé. Nous avons
le devoir d'être clairs.
Vous êtes aussi président du Conseil général des
Yvelines et vous êtes à l'origine de
l'exposition d'objets d'art gabonais à la mairie
de Mantes-la-Jolie. Quel accueil les Mantois
ont-ils réservé à cette expo
? Et quel bilan
en tirez-vous ?
Un accueil extraordinaire. C'est l'exposition
quia été le plus visité depuis que le musée a
été inaugurée depuis 1995. C'est l'un des axes
du travail que j’ai effectué au cours de cette
courte visite Nous souhaitons pouvoir utiliser
cette exposition pour mieux faire connaître
l'intensité de la culture gabonaise et faire en
sorte que cette exposition puisse, si nous en
trouvons la manière, être présente en France
dans d'autres villes et d’autres départements de
sorte que la France et les Français puissent
appréhender cette intensité de la culture
gabonaise. Cette unicité entre fa culture et la
nature qui aujourd’hui est une aspiration
mondiale et mérite d'être particulièrement
soutenue.
M. Bédier, y a-t-il une chose que vous aimeriez
dire
avant que ne se dose ce mini
entretien?
Je considère, pour ma part, que l'amitié entre
la France et le Gabon est multiséculaire. Pour
le gaulliste que je suis, elle a une saveur
particulière car nous ne devons jamais oublier,
nous Français, que quand notre liberté a été en
cause nos amis du territoire gabonais ont été au
premier rang pour nous permettre de recouvrer
cette liberté. Je suis d'une génération qui n'a
pas connu cette période, mais qui considère
qu'elle a le devoir de transmettre la mémoire de
cette période aux générations futures. Je veux
renouveler mes remerciements aux Gabonais qui,
eux-mêmes, n'ont pas forcément connu cette
période mais qu'ils sachent que la France leur
en est reconnaissante.