ALORS que la Cour
constitutionnelle vide les recours dont elle a
été saisie après la publication des têtes de
listes et candidatures, l'élection en vue du
renouvellement des assemblées municipales,
d'arrondissements et départementales apparaît
comme celle
de toutes les passions.
C'est du moins le
sentiment partagé par de nombreux observateurs
et spécialistes des questions électorales, à la
Commission électorale nationale autonome et
permanente, de même qu'à la Cour
constitutionnelle. Lesquels, même si tous
perçoivent un fort engouement suscité par la
gestion des municipalités et départements, ne
s'étonnent pas moins du climat qui règne et
surtout de l'agitation consécutive à la
publication des listes des candidats retenus
pour prendre part à l'élection du dimanche 27
avril prochain.
Effectivement, ce
sont près de 800 listes qui s'affronteront pour
le contrôle des 109 conseils locaux du pays,
devant élire l'année prochaine au sein du
Collège des Grands électeurs regroupant les élus
locaux et les députés, les sénateurs. Il y a,
par rapport aux élections locales du 29 décembre
2002, environ, une centaine de listes" de plus,
en tenant compte des candidatures repêchées,
après l'examen par la haute juridiction des
requêtes dont elle a été saisie 48 heures après
l'annonce officielle des listes retenues.
Plusieurs collectivités locales, principalement
dans les grandes villes où les ambitions
politiques sont davantage exprimées, ont
enregistré des records de participation. Cela eu
égard à la floraison de listes présentées par
les grandes ou petites formations politiques
ainsi que des compatriotes désireux eux aussi de
participer à la gestion des entités
territoriales.
Coups bas, chausses
trappes, manœuvres obscures et autres
contorsions prouvent à suffisance que les
acteurs politiques ne se sont pas fait de
cadeaux depuis lors. Des batailles au couteau
ont été livrées au sein de plusieurs partis
politiques pour obtenir l'investiture pour la
prochaine consultation politique. La palme d'or
de cette confrontation et foire d'empoignes a
été, une fois encore, remportée par le Parti
démocratique gabonais, parti au pouvoir, où en
dépit des arbitrages, de fortes contestations
ont été enregistrées dans certaines localités à
l'issue des choix opérés. Des pédégistes n'ont
cessé de s'étriper et les nombreux cas
d'indiscipline de cadres du parti conduisant des
listes « imposées » (c'est selon) à celles
investies officiellement par les instances
dirigeantes de l'ex parti unique, attestent
indiscutablement du mécontentement dans les
rangs. Lequel est aussi tributaire de cette
cacophonie ambiante souvent entretenue par
certains hiérarques du PDG battant de ce fait en
brèche les statuts qui appellent au respect
scrupuleux des décisions. Une situation vécue au
sein de ce parti politique à cette chaque
consultation électorale organisée depuis plus
d'une quinzaine d'années, malgré des rappels à
l'ordre et autres, «sanctions» brandies. Non
appliquées, ce qui n'effraie nullement les "indisciplinés ".
BRAS DE FER
Il reste qu'à côté de cette agitation,
nuls doutes que le contentieux dont a été saisie
la Cour constitutionnelle a révélé aussi des cas
surréalistes. Des membres d'une liste
introduisant un recours contre la tête de liste
pour des raisons, pour le moins, fallacieuses ou
de politique politicienne. Des désaccords
profonds ont marqué, jusque tout dernièrement
encore, la validation de listes dans d'autres
localités, poussant les membres de la Cour
constitutionnelle, à jouer quasiment les
prolongations. Cela en raison de plusieurs
irrégularités, manquements dans certains
dossiers présentés par certains candidats.
Lesquels, par méconnaissance des dispositions
légales ou par incurie, ont cru pouvoir conférer
à la haute juridiction des compétences qui ne
sont pas les siennes en matière de recevabilité
déclarations des candidatures, celles-ci étant
du ressort du Cenap. La Cour intervenant, à ce
niveau, durant le contentieux pour statuer sur
le respect par la Commission électorale de la
loi portant dispositions communes à toutes les
élections politiques dans notre pays.
L'invalidation de
plusieurs candidatures liées au non respect par
les postulants de certaines dispositions de la
loi électorale, à des problèmes pratiques et aux
questions relatives a la reconnaissance légale
de certaines forces politiques dans l'attente
d'un récépissé définitif du ministère de
l'Intérieur a également exacerbé les passions.
La présence de listes présentées par les forces
politiques engagées dans un bras de fer avec le
ministère de l’Intérieur pour leur
reconnaissance légale, a suscité des vives
réactions et parfois des incompréhensions.
Notamment, après que la Commission électorale
nationale autonome et permanente a rejeté leur
participation au vote sous la bannière du parti.
C'est le cas des listes présentées dans
différentes circonscriptions par le président et
plusieurs membres de l'Union pour la nouvelle
République (UPNR). Au terme du contentieux, la
Cour constitutionnelle a validé leur
participation au scrutin en indépendant
« avec chacune son signe distinctif »,
précise-t-on, à la Cénap en application de la
décision de la Cour constitutionnelle datée du 8
avril 2008 suite à la requête introduite par
Louis-Gaston Mayila et trente six de ses
compagnons résolus à prendre part aux élections
locales de cette fin du mois.