DANS une récente rencontre avec la presse
nationale et internationale, Marc Ona Essangui,
porte-parole de la plate-forme
Environnement-Gabon (PFEG) et de la coalition
gabonaise "Publiez ce que vous payez" (PCQVP)
qu'entouraient les membres des deux bureaux
directeurs desdites organisations de la société
civile, a déclaré, que, suite à une
interpellation des pouvoirs publics par la
plateforme des Organisations non
gouvernementales (ONG) environnementales, sur
« la gestion jugée approximative et opaque du
projet de l'exploitation du gisement de fer de
Belinga » en Ogooué-Ivindo, et de la
signature d'un contrat léonin entre l'Etat
gabonais et la CMEC (partie chinoise), une
Délégation générale du gouvernement (DGG) avait
été créée par le Conseil des ministres du 6
novembre 2007, avec pour mission, le suivi et le
contrôle de l'exécution du projet.
Cette initiative du chef de l'Etat, marquant sa
volonté d'annihiler les conflits d'intérêt et de
favoriser la prise en compte de l'implication de
la société civile dans la réalisation de ce
projet en nommant un représentant de ces ONG au
sein de cette DGG, fut unanimement saluée par
ces dernières. Mais, à leur grand étonnement, "Six
mois après sa création", cet établissement
public fait l'objet de remises en cause et de
blocages divers.
En effet, selon le porte-parole de PCQVP et de
la PFEG, la DGG n'a toujours pas été installée
et ne dispose d'aucun moyen d'action pour
l'accomplissement des missions qui lui ont été
assignées. Pour les ONG protestataires, compte
tenu de la marginalisation de la DGG dans le
cadre des négociations entre la CMEC et l'Etat
gabonais, « en l'état actuel des
négociations", il à craindre que la
situation décriée en septembre 2007 perdure.
Sinon,
"Comment justifier que les hauts fonctionnaires
gabonais nommés
en
qualité d’administrateurs de la
Compagnie Minière de Belinga (COMIBEL)
prennent part aux négociations pour le compte de
l’Etat gabonais, alors que les membres de la DGG
en ont été écartés jusqu'à l'intervention
personnelle du premier ministre, chef du
gouvernement ? ", s'interrogent les
responsables des organisations de la société
civile. Ce qui les amène à poser les questions
suivantes, entre autres:
« Comment comprendre que les travaux de
terrassement et d'aménagement des routes menant
vers, le site de Belinga aient été lancés sans
études d'impacts environnementaux et que les
termes de références de ces études d'impacts
environnementaux aient été rédigés sans études
de faisabilité du projet par la partie chinoise
? Sinon, sur quelle base ces termes ont-ils été
rédigés ? Comment comprendre qu'un terrain de
plus de 7000 lan2soitgeléautourdela concession
minière au profit de la COMIBEL, alors que la
zone d'exploitation et de dépendance n'excède
pas les 600 Km 2 ? Faut il à la COMIBEL un
terrain onze fois plus vaste que la concession
minière qu'elle a sollicitée pour rechercher les
matériaux de construction? Quel usage fera-elle
de toutes les autres ressources naturelles
disponibles dans cet immense étendue?
Comment expliquer que les 25 années
d'exonération fiscales accordées à la partie
chinoise dans le contrat litigieux soit
maintenu, sachant que le retour sur in
avertissement sera effectif après 8 à 10 ans
d'exploitation? A qui profitent réellement de
telles facilités ? Et comment comprendre que la
partie gabonaise confirme son engagement à
supporter la responsabilité complète et assume
tous les dommages directs et indirects
environnementaux qui pourraient survenir en
relation avec la réalisation du projet par la
COMIBEL? Le contribuable gabonais est-il disposé
à endosser la facture des incidents graves
causés par cette dernière?
Comment justifier que certains membres du
gouvernement en charge du dossier Belinga
séjournent actuellement en Chine, alors que les
négociations du projet de Convention minière
COMIBEL devaient reprendre à Libreville le 31
mars dernier? Au lieu de déplacer les autorités
responsables du projet Belinga, pourquoi les
responsables chinois de chaque composante dudit
projet ne s'installent-ils pas à Libreville de
façon permanente, comme cela est prévu dans le
procès verbal d'une réunion tenue entre une
délégation gouvernementale et la CEMEC, le 20mai
2007 ?
Autant de questions que se pose la société
civile qui a, une fois encore, réaffirmé sa
volonté de voir les intérêts des populations
gabonaises définis et préservés dans les
négociations en cours. Aussi, a-t’elle
renouvelé l'exigence pour toutes les parties de
se conformer aux lois et règlement en vigueur en
République gabonaise.
Tout en laissant le soin au Premier ministre de
tirer les conclusions sur la mise à l'écart de
la DGG en charge du suivi et du contrôle du
projet Belinga, elle demande, cependant « l'installation
immédiate de celle-ci ainsi que la mise à sa
disposition des moyens indispensables à
l'accomplissement de ses missions ».
En conclusion, elle met en garde les autorités
responsables du projet Belinga contre une
signature précipitée de la Convention qui ne
respecterait pas les exigences de transparence
et d'équité, ainsi que " sur certaines
conséquences de leurs engagements qu'au fond,
elle ne désirent peut-être pas ".