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Le quotidien l'Union du 17 Avril 2007

 

INVITE DE "L'UNION"…

... Le président de la Cour constitutionnelle, Marie- Madeleine Mborantsuo

" Il faut comprendre que le contentieux n'est qu'une exception de la procédure électorale"

Pour Mme Marie-Madeleine Mborantsuo, tant que les Gabonais ne l'auront pas compris, on rencontrera les mêmes problèmes ayant abouti à l'accumulation des recours au Greffe de la haute juridiction. Le président de la Cour constitutionnelle, Mme Marie-Madeleine Mborantsuo, s'est prêtée pendant plus de deux heures aux questions de la Rédaction, portant sur nos préoccupations, qui sont aussi, celles de nombreux compatriotes, désireux de connaître les rouages et procédures ayant cours durant le contentieux électoral. Visiblement à l'aise, maîtrisant parfaitement sa matière, elle s'est livrée à un exercice de pédagogie sur les modalités d'examen des recours dont elle a été saisie pendant deux mois, en évoquant les raisons ayant conduit la Cour à juger plusieurs requêtes irrecevables, et donc à les rejeter. Marie-Madeleine Mborantsuo a longuement évoqué les cas d'invalidation de nombreux scrutins ainsi lue les inéligibilités prononcées à l'encontre de candidats s'étant livrés à des violences lors de ce scrutin. L'organisation des élections, notamment, le rôle de l'Administration et celui de la Commission électorale nationale autonome et permanente (CENAP), n'a pas été en reste. Au contraire, le résident de la Cour a abordé la question relative à la confection de la liste électorale, la phase de préparation impliquant des hauts cadres de la nation, dont certains se sont fourvoyés, et, également, celle des acteurs politiques. De même qu'elle a tiré les enseignements du dernier scrutin , en espérant que les acteurs politiques oeuvreront à faire respecter les règles du jeu.

-L'Union : Mme le président de la Cour constitutionnelle, pendant plus de trois mois et encore jusqu'à ces dernières heures, les projecteurs de l'actualité sont demeurés braqués sur votre juridiction. Comment vous-même et vos huit collègues avez-vous vécu cette période ?

Marie Madeleine Mborantsuo : Je voudrais tout d'abord, au nom de mes collègues membres de la Cour constitutionnelle et naturellement au mien propre, remercier le journal l'"Union"de nous donner l'occasion d'apporter quelques précisions pour informer, dans la mesure du possible, les citoyens sur les procédures dont la Constitutionnellement vient d'être saisie. Procédures ayant trait aux opérations relatives à l'élection des députés à l'Assemblée nationale. Mes collègues et moi sommes enchantés d'être ici, parmi vous. C'est en effet la première fois que la Cour se déplace en dehors d'autres institutions tels le Sénat, l'Assemblée nationale ou la présidence de la République. C'est que nous avons tenu à répondre à votre invitation.

Ceci dit, ce n'est pas la première fois que la Cour constitutionnelle est saisie de requêtes de ce genre...

A ceci près qu'elle n'avait jamais auparavant dû faire face à un contentieux aussi volumineux.

Tout à fait. Nous avons dépassé les 120 requêtes que nous recevons habituellement. Et c'était en effet lourd, très lourd. Mais nous avons abordé ce contentieux dans le même état d'esprit que par le passé. Nous sommes les juges chargés de veiller au respect des lois en ce qui concerne l' option des élections. C'est ce que nous avons quoique, comme vous le soulignez vous mêmes, nous avons cette fois enregistré plus de recours,160 au total…

Tous n'étaient cependant pas recevables.

Justement, en ce qui concerne cette question de l'irrecevabilité des requêtes, laissez-moi prendre une image: avant de monter les escaliers et d'arriver dans cette salle, il a fallu que vous nous ouvriez les locaux de "L'Union". C'est la même chose pour la Cour s'agissant des requêtes ; avant d'en examiner une, elle se doit de vérifier si celle-ci rempli les conditions de recevabilité. Il s'agit d'une vérification formelle, parce que la loi organique sur la Cour constitutionnelle prévoit que la requête doit contenir un certain nombre d'indications. Si ce n'est pas le cas, la Cour ne peut pas examiner les arguments développés dans cette requête. Même si le requérant a raison au fond, la Cour déclare irrecevable sa requête et ne l'examine pas.

Le contentieux issu des élections législatives était donc à ce point lourd crue vous avez dû proroger d'un mois les délais légaux pour vider ledit contentieux. Vous en avez donné les raisons. Mais ne craignez-vous pas que les "doctrinaires" vous fassent le reproche d'avoir joué en quelque sorte au "législateur" en modifiant ainsi les termes de la loi, alors que ce n'est pas l'office premier de la Cour ?

Nous ne le craignons pas et je vais vous dire pourquoi. D'ailleurs, "L'Union" a eu l'amabilité de publier la décision que la Cour constitutionnelle a rendue sur la question. La loi prévoit, s'agissant des recours pour l'élection des députés, des sénateurs et du président de la République, que la Cour doit statuer dans un délais de deux mois. Et tant que les enquêtes ne sont pas terminées, elle a la possibilité de rendre des décision d'avant dire droit qui lui permettent de disposer d'un mois supplémentaire avant de vider au fond la question.

Et cette fois, le nombre exorbitant des recours nous a conduit à cette prorogation. Je dois dire que le législateur n'avait pas prévu que le Gabonais serait aussi procédurier. Or, Dieu seul sait ce que nous réserve l'avenir, notamment par rapport à l'élection des membres des conseils municipaux et départementaux.

Pensez-vous que si nous nous retrouvons avec plus de 1000 requêtes, la Cour puisse rendre justice au bout de deux mois ? Parce que c'est bien cela le problème pour la Cour rendre justice.

Nous nous devons d'approfondir les enquêtes et vous savez que la Cour ne dispose pas de juridictions installées à l'intérieur du pays. Nous recevons donc à Libreville les requêtes qui nous parviennent de tous les coins et recoins du territoire national. Et nous devons aussi envoyer des magistrats sur le terrain pour aller auditionner soit les requérants, soit les défendeurs, soit nême les témoins qui ont assisté au déroulement des opérations électorales. Si bien que les deux mois prévus par le législateur ne nous ont pas permis de clôturer toutes ces enquêtes.

Et Comme la loi qui prévoit que nous devons trancher dans les deux mois n'a pas du tout prévu de sanction si la Cour allait au-delà et en vertu également d'un principe fondamental en droit selon lequel toute requête doit donner lieu à un jugement, il fallait absolument que la Cour rende la justice lorsqu'elle est saisie,sous peine de déni de justice. Entre ce déni de justice, c'est à-dire ne pas du tout répondre aux sollicitations du citoyen, et rendre la justice, la Cour a pensé que c'était de son devoir de rendre la justice. La déclaration des droits de l'Homme, les textes à valeur constitutionnelle, les droits fondamentaux de la personne humaine nous commandaient de rendre absolument la justice. Nous avons donc osé que nous pouvions aller au-delà de ce délai de deux mois sans pour autant tomber dans ce que le législateur a voulu éviter que la chose électorale s'éternise.

Comte tenu de cette expérience, votre .juridiction ne peut-elle pas inspirer une loi dans le sens d'une prorogation des délais à l'intérieur desquels doit être vidé le contentieux électoral ?

Nous envisageons, bien entendu, d'accompagner les notifications des décisions que nous avons rendues d'observations, ainsi que nous l'autorisent les textes en vigueur. II ne s'agira toutefois pas de demander un délai trop long parce que la Cour intervient dans un domaine particulier et sensible, celui du fonctionnement régulier des institutions. Ce domaine, contrairement à ce qui se passe dans des juridictions ordinaires, ne permet pas qu'on laisse la nôtre rendre des décisions selon son bon vouloir et dans des délais plus longs que nécessaires.

Avez-vous été surpris par le nombre particulièrement élevé des requêtes ?

Bien entendu. Et pour la simple raison que nous sortions de quatre mois de concertation entre les acteurs politiques de notre pays en vue de consolider les acquis de notre démocratie. Cette concertation a abouti à la modification de la loi 7/96portant dis suions communes à toutes les élections politiques, laquelle modification a institué des dispositions permettant de rendre les opérations électorales plus transparentes. Il s'agit, entre autres, de la remise des procès-verbaux aux représentants des candidats dans les bureaux de vote.

Alors, nous nous sommes dit, mes collègues et moi, que la Cour ne va certes pas se tourner les pouces, mais elle recevra un nombre très limité de recours. Quelle n'a donc pas été notre surprise et notre déception d'enregistrer jusqu'à 160 recours principaux ! Et n'oubliez pas qu'il existe aussi des recours reconventionnels !

A quoi a finalement servi cette concertation ? nous sommes-nous demandé. A quoi servent toutes ces modifications à la veille de chaque élection si c'est pour nous retrouver devant la Cour avec les mêmes "palabres"; les mêmes contestations ? Mais c'est vrai que c'est le droit de chacun de saisir notre juridiction puisqu'elle a été créée pour cela.

Sur les recours jugés irrecevables, quels ont été les principaux motifs à la base de ces décisions ?

Je voudrais d'abord établir une différence ,entre les requêtes jugées irrecevables et celles rejetés. Ces dernières supposent que nous avons examiné l'affaire au fond, c'est-à-dire chaque argument développé par le requérant. Cela suppose aussi que nous avons, non seulement examiné ces arguments, mais aussi examiné les contre-arguments du contradicteur, autrement dit du défendeur. Et, qu'enfin, au vu de notre propre enquête, nous étions fondés à affirmer qu il n'y avait pas matière à parler d'irrégularités qui remettent en cause la sincérité du scrutin.

Quant aux requêtes jugées irrecevables, il s'agit de toutes celles qui n'ont pas rempli les conditions de recevabilité, lesquelles sont prévues à l'article 72 de la Constitution. Pour qu'une requête soit recevable, il faut par exemple qu'elle porte le nom, le prénom, l'adresse du requérant…

Des questions de forme en somme ?

Absolument. Le nom, le prénom,l'adresse du requérant, donc. Sa qualité aussi. Etait-il lui même candidat ? Etait il le représentant d'un candidat ? Il faut aussi que la requête soit signée de son auteur. Il faut enfin joindre à la requête les pièces pour soutenir les arguments que le requérant aura pris préalablement soin de développer dans sa requête.

Si l'un de ces éléments fait défaut et à la demande de l'une des parties, notamment la partie défenderesse, la Cour déclare la requête concernée irrecevable. Elle ne peut par conséquent l'examiner au fond.

Il y a eu également des décisions portant invalidation de l'élection de certains députés. Quels en ont été les principaux motifs ?

Les irrégularités communément soulevées par les requérants sont les suivantes : manipulations des listes électorales, fraudes, altération des procès-verbaux, non-établissement des dits procès-verbaux dans les bureaux de vote mêmes, non convoyage des procès-verbaux par les personnes habilitées à le faire, corruption, participation à la campagne électorale des autorités administratives, non admission dans les bureaux de vote des représentants des candidats.

«Le contentieux n'est pas celui de la responsabilité mais de la légalité»

- Sur ce sujet, vous avez pris sur vous de rappeler au gouvernement les délais légaux de révision, du 1er janvier au 31 mars de chaque année. Sur le terrain, cette révision débute parfois avec un mois de retard. Il a là un vrai problème quant au respect de loi.

Tout à fait Mais ce problème est lié à la disponibilité des moyens financiers. Vous savez que la dotation du budget voté d'une année n'est généralement mise en place qu'a partir de fin mars début avril. Ce n'est pas le fait du ministère des Finances en tant que tel. Ceci est simplement lié, je le répète, à la disponibilité des moyens à proprement parler. La période pour la révision des listes électorales étant prévue entre début janvier et fin mars, le ministère de l'Intérieur se retrouvait souvent sans les moyens lui permettant de bien accomplir son travail. D'où les retards observés dans la mise en place des commissions chargées de la révision des listes.

Mais la loi électorale modifiée en août dernier a prévu que à la fin du premier semestre. Nous pensons qu'à partir de là, les choses iront à leur terme et les opérations commenceront dès le premier jour du délai.

En tant que juridiction en amont et en aval des opérations électorales, comment la Cour perçoit-elle le fait qu'en dix-sept ans de pratique démocratique, nous ne parvenions pas à disposer dune liste fiable pour un collège électoral de 650 000 personnes ?

Je ne parlerai pas de liste électorale non fiable. D'ailleurs, nulle part à travers le monde, il n'existe de liste électorale totalement fiable. II y a, c'est vrai, beaucoup d'Insuffisances au niveau de notre liste qui nécessitent d'être corrigées. Mais ces insuffisances relèvent du comportement des acteurs politiques eux mêmes, qu'ils appartiennent à la majorité ou à l'opposition.

Tant que dans notre pays, on n'aura pas compris qu'une élection doit nécessairement donner lieu a des élus et à des battus, on rencontrera toujours le même problème: une nouvelle liste électorale et son corollaire, une nouvelle carte d'électeur. C'est ce qui explique que depuis quinze ans, à l'issue de chaque élection , on doit procéder à des négociations qui aboutissent à une révision de la loi électorale parce que pour le battu, il faut qu'on invente quelque chose qui lui permettra d'être élu la prochaine fois. Et si cette fois il ne gagne non plus, il faudra encore modifier! Et il ne s'agit pas uniquement de la loi, il ne faut aussi modifier la liste électorale, encore que la modification ait un sens, et l'établissement de la liste un autre sens.

Or, la liste électorale étant permanente, elle doit simplement être réactualisée. C'est ce qu'il faut comprendre par révision. Car il faut tenir compte du fait qu'entre temps, il y a des jeunes qui ont atteint l'âge pour être électeur, des fonctionnaires qui ont quitté l'intérieur du pays pour la capitale ou une autre ville, des citoyens qui nous ont précédés dans l'au-delà.

Mais voilà : chez nous, quand on est battu, il faut mettre en place une commission qui est composée, non seulement des administratifs, mais aussi des politiques, de la majorité et de l'opposition, à parité. Et ce sont les mêmes politiques qui sont candidats à ces mêmes élections, qu'ils sont chargés, semble-t-il, de préparer.

Alors et j'insiste là-dessus, ce n'est qu'un problème de comportement. Quand on aura compris que la liste électorale n'est pas parfaite, qu'une élection donne lieu à un élu est et à un battu, que le contentieux électoral n'est qu'une exception de la procédure électoral- beaucoup de Gabonais pensent que l'élection se déroule à deux niveaux: sur le terrain puis, quand on est battu, à la Cour constitutionnelle pour être élu - ; on aura beaucoup avancé.

Vous savez, les textes que nous avons, on peut compter sur les doigts d'une main les pays qui les ont. Les dispositions qui sont en vigueur chez nous n'existent pas toujours dans les pays de longue tradition démocratique. En France, par exemple, l'élection est organisée par le ministère de l'Intérieur Il n'y a pas de parité nulle part. Et c'est ce même ministère de l'Intérieur qui annonce les résultats. Après s'ouvre la période contentieuse, devant le Conseil constitutionnel quand il s'agit de l'élection du président de la République et de l'élection des membres du Parlement, devant les juridictions administratives en ce qui concerne l'élection des membres des Conseils municipaux et départementaux.

Mais chez nous, depuis la Commission électorale jusque dans les bureaux de vote, c'est à parité. Ce qui n'empêche pas d'entendre de la bouche de tel requérrant lors du contentieux qu'il n'était pas représenté dans les bureaux de vote, ni dans la commission électorale. On ignore ce qu'il faut désormais inventer pour obtenir la transparence réclamée par tous.

On a noté, Mme le président, que les dysfonctionnements administratifs ont été déterminants dans l'invalidation de certaines élections. C'est le cas notamment de l'élection de Kombé Lékambo et du défunt président du RDR Max Mébalé...

Je voudrais avant tout nuancer les choses. Pour autant que les deux cas ne sont pas forcement identiques. Pour ce qui est de l'annulation de l'élection de notre défunt collègue Max Mébalé, la commission chargée de l'examen des candidatures a effectivement manqué de vigilance. Comme chacun le sait, Max Mébalé était magistrat exerçant à la Cour de cessation. En tant que tel, il avait l'obligation de suivre une procédure spéciale, c'est-à-dire une mise à disposition , avant de se présenter aux élections. Ce qu'il n'a pas fait. Cette erreur imputable à l'administration n'est pas la seule qu'elle a commise. Puisque d'autres erreurs lui sont également attribuées. Que ce soit au niveau du ministère de l'Intérieur, de la Cénap ou même des Commissions électorales locales.

Dans le Woleu Ntem, par exemple, un président de Commission a privé tous les candidats de leurs représentants dans les bureaux de vote. Violant ainsi les dispositions de la loi électorale ayant conduit la Cour constitutionnelle à prononcer l'annulation de l'élection dans les localités où la loi n'a pas été respectée. Les citoyens doivent comprendre que le contentieux devant Cour constitutionnelle n'est pas un contentieux de la responsabilité personnelle, mais plutôt celui de la légalité. Car, la Cour ne fait qu'examiner si les conditions d'organisation prévues parla loi sont respectées par les uns et les autres. Dans le cas contraire, s'il s'agit d'irrégularités péremptoires, l'exemple du défaut d'isoloir, l'élection est automatiquement annulée. Même si la responsabilité de ce défaut incombe à l'administration. En ce qui concerne les irrégularités facultatives, si la Cour estime que ces irrégularités ont eu une incidence déterminante sur l'élection des candidats, elle prononce l'annulation. Mais si c'est une irrégularité non déterminante, la Cour apprécie au cas par cas avant de prendre des décisions qui s'imposent par rapport aux actes posés sur le terrain. En cas d'annulation de l'élection due au dysfonctionnement administratif, le candidat lésé qui voit ainsi son élection annulée peut, s'il le souhaite, porter l'affaire devant Ies tribunaux administratif juridictions compétentes en ce qui concerne le contentieux de la responsabilité administrative pour demander réparation. Car les actes posés par l'administration peuvent être attaqués devant les juridictions administratives non pas devant la Cour constitutionnelle qui n'est nullement compétente en la matière.

-Et pour ce qui est du cas Kombé Lékambo ?

J'y viens justement. Il faut que vous sachiez qu'autant aller aux urnes élire un compatriote est un choix librement exprimé par l'électeur, prendre part à une élection en tant que candidat obéit à la même démarche. Mme Boukinda à laquelle vous faites allusion avait au départ donné son accord pour prendre part à l'élection du 17 décembre dernier comme suppléante du candidat Kombé Lékambo qui défendait les couleurs de l'UGDD, avant de se rétracter quelques jours plus tard. En clair, elle ne voulait plus aller aux élections. Et elle la manifestée par une lettre expresse à la Cénap qui l'a enregistrée. Certes, ce désistement se passait à une période qui avait largement dépassé celle du contentieux pre-électoral devant la Cour constitutionnelle, puisque entre ce contentieux et le début de la campagne électorale, mais il y a que le titulaire du siège, M. Kombé Lékambo, s'en va en campagne sans d'abord entreprendre les démarches auprès de la Cénap en vue de faire remplacer sa suppléante démissionnaire. D'autant que le président du pari dont il est militant a fait état de la démission de Mme Boukinda au cours d'une conférence de presse rapportée du reste par votre journal.

Il y a que notre journal ne rapporte pas que M. Zacharie Myboto prend acte du désistement de Mme Reine Boukinda, mais plutôt qu'il se réjouissait de ce que le retrait de candidature qu'elle réclamait n'a pu être accepté par la Cénap

Nous avons pour notre part contenu exact de cette déclaration qui dit que la Génap s'était déclarée incompétente. Mais, mis à part cette déclaration, on remarque que lorsque s'ouvre la deuxième période, la campagne électorale proprement dite, la première ayant été consacrée à la déclaration dé candidature, tout candidat est tenu de se présenter devant les électeurs au même titre qu'il est obligé de remplir une demande de candidature. Or au moment de l'ouverture de la campagne électorale, Mme Boukinda n'est pas présente sur le terrain. Confirmant ainsi son désistement: Et cela rentrait dans la période prévue par la loi électorale qui mise que pendant la période de la campagne électorale si un des candidats désiste, il doit être remplacé, selon la procédure d'urgence prévue à cet effet. Aussi bien la Cénap qui était en peson de demande que le candidat titulaire qu'a constaté le désistement patent, manifeste, de Boulanda, personne n'a voulu la libérer de ce lien qu'elle avait volontairement rompu. En présentant un bulletin de vote sur lequel le nom de Mme Boukinda était mentionné montrait que cette élection manquait de sincérité. Du coup elle a été annulée. Les responsabilités dans cette affaire étant partagées entre l'administration et le titulaire du siège. Si le candidat estime que l'invalidation de son élection incombe exclusivement à l'administration, libre à lui de saisir les juridictions compétentes pour une éventuelle réparation. En ce qui concerne la Cour constitutionnelle elle n'a fait que constater les violations de la liberté d'aller ou non au vote de Mme Reine Boukinda.

Pour la première fois, la Cour constitutionnelle a annulé une élection, celle de l'ancien Premier ministre Jean-François Ntoutoume Emane, en arguant de cas de corruption avérée. Sachant que la corruption est passible de poursuites judiciaires, pourquoi n'avoir pas transmis au procureur de la République ce dossier ?

fichez que devant la Cour nous n'avons que des requérants et des défendeurs. Nous n'avons pas d'autres fonctions là-bas, surtout qu'on ne juge pas les membres du gouvernement nouveaux ou anciens. Nous avons été saisis parles candidats aux dernières élections législatives qui ont attaqués autres candidats déclarés élus à l'issue des élections. Nous examinons les requêtes avec les pièces jointes aux dossiers. Y compris les pièces complémentaires qui sont fournies. Après l'enquête que nous menons sur le terrain nous déterminons les responsabilités dans chacune des affaires qui sont portées à notre jugement. Pour ce qui est de l'annulation de l'élection de Jean-François Ntoutoume Emane, il n'y a pas que la corruption qui a été à l'origine de cette annulation. Il y eu aussi d'autres motifs qui ont prévalu à l'annulation. En l'occurrence les irrégularités constatées dans les procès-verbaux dont nombreux étaient de natures pour ne pas dire falsifiés. La corruption est certes jetable, mais il ne s'agit pas à la Cour d'un contentieux de la responsabilité, ainsi que je viens de vous le dire. Nous avons effectivement constaté les faits de corruption. Car la distribution de l'argent le jour du scrutin est proscrite et constitue une cause d'annulation dune élection. Il faut cependant savoir que cet argent peut être distribué par le candidat battu ou par celui qui été a réélu. Pour ce qui est de la Cour constitutionnelle, peut importe l'auteur de la corruption. Il lui importe simplement d'établir qu'il y a eu bien corruption pour qu'elle prononce l'annulation. Si en revanche I'auteur de la corruption est identifié on peut, à partir de ce moment, transmettre

son dossier procureur de la République. Mais pour l'heure nous avons établi la corruption à travers la distribution des sommes d'argent le jour du scrutin sans toutefois identifier leurs auteurs. Même si nous connaissons au moins la personne qui était en possession des sommes d'argent. Elle, en revanche, son dossier peut être déjà envoyé auprès du procureur de la République. Comme pourraient être envoyés également des dossiers requérants qui ont falsifié les procès-verbaux dans le but de faire annuler l'élection de leur adversaire.

-La Cour n'a identifié qu'un seul cas de corruption, alors que toute monde s'accorde à dire qu'à travers le territoire celle-ci est monnaie courante.

Je m'en vais vous expliquer que la Cour être saisie de plusieurs cas d'irrégularités. Il y a certes plusieurs requêtes qui ont fait état de distribution des sommes d'argent ici et là. Mais après enquête si les faits ne sont pas probants, même si nous sommes intimement convaincus qu'il aurait pu se passer des choses dans le genre, nous ne pouvons malheureusement pas prendre des décisions sur la base de notre intime conviction. On doit davantage s'appuyer sur des données fiables. Il faut savoir qu'au Gabon il n'y a pas encore de textes d'application de la loi électorale en ce qui concerne la campagne électorale: la distribution des gadgets, le plafonnement des dépenses, etc. Un vide juridique qui rend difficile l'action du juge qui cherche à savoir à quel moment commence la corruption par rapport à la campagne électorale. Avec les dispositions actuelles, la corruption doit être vraiment étayée, prouvée pour que la Cour constitutionnelle prononce l'annulation. Il y a quelques années on parlait d'achat des électeurs, il fallait sortir avec les bulletins de vote des autres candidats pour prouver que les électeurs ont voté pour vous et non pour les autres candidats. Ce qui n'a pas été le cas lors du dernier scrutin. Puisque la loi impose que tous les bulletins choisis ou non doivent rester dans le bureau de vote. Ce qui rend les électeurs moralement indépendants. Il est difficile a priori, ainsi que je viens de vous le dire, d'établir les cas de corruption. Vous savez qu'il est interdit un candidat d'être présent aux abords des bureaux le jour du scrutin, tout comme on ne peut pas faire la campagne électorale ce même four. Ce qui implique qu'une distribution d'argent ce jour est suicidaire pour son auteur.

Est-ce que cela ne pose pas à nouveau la question de l'organisation des élections dans notre pays ? N'a-t-on pas eu tort de se gargariser de la bonne tenue du dernier scrutin législatif ? Et la liste électorale elle-même n'est-elle pas toujours sujette à contestation ?

Les organisateurs du scrutin, à ce que je sache, n'ont pas déclaré formellement que cette élection était bien organisée Les organisateurs, notamment le ministre d'Etat en charge de l'Intérieur et le président de la Commission électorale nationale auto nome et permanente (Cénap), ont déclaré tout simplement avoir fait ce qu'il fallait pour permettre aux électeurs d'aller aux urnes. J'ai suivi les déclarations de l'un et de l'autre. Tous deux s'accordaient pour dire qu'ils ont tout mis en oeuvre pour permettre un déroulement du scrutin dans les conditions assez bonnes, mais que le manque de temps ne leur a pas permis de finaliser la liste électorale. Parce que ces longs mois (quatre au total) de concertation entre les acteurs politiques -lesquels n'avaient pas le souci de respecter les délais fixés par la Constitution en ce qui concerne le renouvellement intégral de l'Assemblée nationale - ont largement empiété sur le temps un parti au ministère de l'Intérieur pour pouvoir finaliser la liste électorale, l'établir, la réviser, la corriger et l'afficher. Puis d'établir les cartes d'électeurs et procéder à leur distribution.

 

 

Source : Journal L'Union Plus du 17 Avril 2007

 



   

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