INVITE DE "L'UNION"…
... Le président de la Cour
constitutionnelle, Marie- Madeleine Mborantsuo
" Il
faut comprendre que le contentieux n'est qu'une
exception de la procédure électorale"
Pour
Mme Marie-Madeleine Mborantsuo, tant que les
Gabonais ne l'auront pas compris, on rencontrera
les mêmes problèmes ayant abouti à
l'accumulation des recours au Greffe de la haute
juridiction. Le président de la Cour
constitutionnelle, Mme Marie-Madeleine
Mborantsuo, s'est prêtée pendant plus de deux
heures aux questions de la Rédaction, portant
sur nos préoccupations, qui sont aussi, celles
de nombreux compatriotes, désireux de connaître
les rouages et procédures ayant cours durant le
contentieux électoral. Visiblement à l'aise,
maîtrisant parfaitement sa matière, elle s'est
livrée à un exercice de pédagogie sur les
modalités d'examen des recours dont elle a été
saisie pendant deux mois, en évoquant les
raisons ayant conduit la Cour à juger plusieurs
requêtes irrecevables, et donc à les rejeter.
Marie-Madeleine Mborantsuo a longuement évoqué
les cas d'invalidation de nombreux scrutins
ainsi lue les inéligibilités prononcées à
l'encontre de candidats s'étant livrés à des
violences lors de ce scrutin. L'organisation des
élections, notamment, le rôle de
l'Administration et celui de la Commission
électorale nationale autonome et permanente (CENAP),
n'a pas été en reste. Au contraire, le résident
de la Cour a abordé la question relative à la
confection de la liste électorale, la phase de
préparation impliquant des hauts cadres de la
nation, dont certains se sont fourvoyés, et,
également, celle des acteurs politiques. De même
qu'elle a tiré les enseignements du dernier
scrutin , en espérant que les acteurs politiques
oeuvreront à faire respecter les règles du jeu.
-L'Union : Mme le
président de la Cour constitutionnelle, pendant
plus de trois mois et encore jusqu'à ces
dernières heures, les projecteurs de l'actualité
sont demeurés braqués sur votre juridiction.
Comment vous-même et vos huit collègues
avez-vous vécu cette période ?
Marie Madeleine Mborantsuo
: Je voudrais tout d'abord, au nom de mes
collègues membres de la Cour constitutionnelle
et naturellement au mien propre, remercier le
journal l'"Union"de nous donner l'occasion
d'apporter quelques précisions pour informer,
dans la mesure du possible, les citoyens sur les
procédures dont la Constitutionnellement vient
d'être saisie. Procédures ayant trait aux
opérations relatives à l'élection des députés à
l'Assemblée nationale. Mes collègues et moi
sommes enchantés d'être ici, parmi vous. C'est
en effet la première fois que la Cour se déplace
en dehors d'autres institutions tels le Sénat,
l'Assemblée nationale ou la présidence de la
République. C'est que nous avons tenu à répondre
à votre invitation.
Ceci dit, ce n'est pas la
première fois que la Cour constitutionnelle est
saisie de requêtes de ce genre...
A ceci près qu'elle n'avait
jamais auparavant dû faire face à un contentieux
aussi volumineux.
Tout à fait. Nous avons
dépassé les 120 requêtes que nous recevons
habituellement. Et c'était en effet lourd, très
lourd. Mais nous avons abordé ce contentieux
dans le même état d'esprit que par le passé.
Nous sommes les juges chargés de veiller au
respect des lois en ce qui concerne l' option
des élections. C'est ce que nous avons quoique,
comme vous le soulignez vous mêmes, nous avons
cette fois enregistré plus de recours,160 au
total…
Tous n'étaient cependant pas
recevables.
Justement, en ce qui concerne
cette question de l'irrecevabilité des requêtes,
laissez-moi prendre une image: avant de monter
les escaliers et d'arriver dans cette salle, il
a fallu que vous nous ouvriez les locaux de
"L'Union". C'est la même chose pour la Cour
s'agissant des requêtes ; avant d'en examiner
une, elle se doit de vérifier si celle-ci rempli
les conditions de recevabilité. Il s'agit d'une
vérification formelle, parce que la loi
organique sur la Cour constitutionnelle prévoit
que la requête doit contenir un certain nombre
d'indications. Si ce n'est pas le cas, la
Cour ne peut pas examiner les arguments
développés dans cette requête. Même si le
requérant a raison au fond, la Cour déclare
irrecevable sa requête et ne l'examine pas.
Le contentieux issu des
élections législatives était donc à ce point
lourd crue vous avez dû proroger d'un mois les
délais légaux pour vider ledit contentieux. Vous
en avez donné les raisons. Mais ne craignez-vous
pas que les "doctrinaires" vous fassent le
reproche d'avoir joué en quelque sorte au
"législateur" en modifiant ainsi les termes de
la loi, alors que ce n'est pas l'office premier
de la Cour ?
Nous ne le craignons pas et
je vais vous dire pourquoi. D'ailleurs,
"L'Union" a eu l'amabilité de publier la
décision que la Cour constitutionnelle a rendue
sur la question. La loi prévoit, s'agissant des
recours pour l'élection des députés, des
sénateurs et du président de la République, que
la Cour doit statuer dans un délais de deux
mois. Et tant que les enquêtes ne sont pas
terminées, elle a la possibilité de rendre des
décision d'avant dire droit qui lui permettent
de disposer d'un mois supplémentaire avant de
vider au fond la question.
Et cette fois, le nombre
exorbitant des recours nous a conduit à cette
prorogation. Je dois dire que le législateur
n'avait pas prévu que le Gabonais serait aussi
procédurier. Or, Dieu seul sait ce que nous
réserve l'avenir, notamment par rapport à
l'élection des membres des conseils municipaux
et départementaux.
Pensez-vous que si nous nous
retrouvons avec plus de 1000 requêtes, la Cour
puisse rendre justice au bout de deux mois ?
Parce que c'est bien cela le problème pour la
Cour rendre justice.
Nous nous devons
d'approfondir les enquêtes et vous savez que la
Cour ne dispose pas de juridictions installées à
l'intérieur du pays. Nous recevons donc à
Libreville les requêtes qui nous parviennent de
tous les coins et recoins du territoire
national. Et nous devons aussi envoyer des
magistrats sur le terrain pour aller auditionner
soit les requérants, soit les défendeurs, soit
nême les témoins qui ont assisté au déroulement
des opérations électorales. Si bien que les deux
mois prévus par le législateur ne nous ont pas
permis de clôturer toutes ces enquêtes.
Et Comme la loi qui prévoit
que nous devons trancher dans les deux mois n'a
pas du tout prévu de sanction si la Cour allait
au-delà et en vertu également d'un principe
fondamental en droit selon lequel toute requête
doit donner lieu à un jugement, il fallait
absolument que la Cour rende la justice
lorsqu'elle est saisie,sous peine de déni de
justice. Entre ce déni de justice, c'est
à-dire ne pas du tout répondre aux
sollicitations du citoyen, et rendre la justice,
la Cour a pensé que c'était de son devoir
de rendre la justice. La déclaration des droits
de l'Homme, les textes à valeur
constitutionnelle, les droits fondamentaux de la
personne humaine nous commandaient de rendre
absolument la justice. Nous avons donc osé que
nous pouvions aller au-delà de ce délai de deux
mois sans pour autant tomber dans ce que le
législateur a voulu éviter que la chose
électorale s'éternise.
Comte tenu de cette
expérience, votre .juridiction ne peut-elle pas
inspirer une loi dans le sens d'une prorogation
des délais à l'intérieur desquels doit être vidé
le contentieux électoral ?
Nous envisageons, bien
entendu, d'accompagner les notifications des
décisions que nous avons rendues d'observations,
ainsi que nous l'autorisent les textes en
vigueur. II ne s'agira toutefois pas de demander
un délai trop long parce que la Cour intervient
dans un domaine particulier et sensible, celui
du fonctionnement régulier des
institutions. Ce domaine, contrairement à ce qui
se passe dans des juridictions ordinaires, ne
permet pas qu'on laisse la nôtre rendre des
décisions selon son bon vouloir et dans des
délais plus longs que nécessaires.
Avez-vous été surpris par le
nombre particulièrement élevé des requêtes ?
Bien entendu. Et pour la
simple raison que nous sortions de quatre mois
de concertation entre les acteurs
politiques de notre pays en vue de consolider
les acquis de notre démocratie. Cette
concertation a abouti à la modification de la
loi 7/96portant dis suions communes à toutes les
élections politiques, laquelle modification a
institué des dispositions permettant de rendre
les opérations électorales plus transparentes.
Il s'agit, entre autres, de la remise des
procès-verbaux aux représentants des candidats
dans les bureaux de vote.
Alors, nous nous sommes dit,
mes collègues et moi, que la Cour ne va certes
pas se tourner les pouces, mais elle recevra un
nombre très limité de recours. Quelle n'a donc
pas été notre surprise et notre déception
d'enregistrer jusqu'à 160 recours principaux !
Et n'oubliez pas qu'il existe aussi des recours
reconventionnels !
A quoi a finalement servi
cette concertation ? nous sommes-nous demandé. A
quoi servent toutes ces modifications à la
veille de chaque élection si c'est pour nous
retrouver devant la Cour avec les mêmes
"palabres"; les mêmes contestations ? Mais c'est
vrai que c'est le droit de chacun de saisir
notre juridiction puisqu'elle a été créée pour
cela.
Sur les recours jugés
irrecevables, quels ont été les principaux
motifs à la base de ces décisions ?
Je voudrais d'abord établir
une différence ,entre les requêtes jugées
irrecevables et celles rejetés. Ces dernières
supposent que nous avons examiné l'affaire au
fond, c'est-à-dire chaque argument développé par
le requérant. Cela suppose aussi que nous avons,
non seulement examiné ces arguments, mais aussi
examiné les contre-arguments du contradicteur,
autrement dit du défendeur. Et, qu'enfin, au vu
de notre propre enquête, nous étions fondés à
affirmer qu il n'y avait pas matière à parler
d'irrégularités qui remettent en cause la
sincérité du scrutin.
Quant aux requêtes jugées
irrecevables, il s'agit de toutes celles qui
n'ont pas rempli les conditions de
recevabilité, lesquelles sont prévues à
l'article 72 de la Constitution. Pour qu'une
requête soit recevable, il faut par exemple
qu'elle porte le nom, le prénom, l'adresse du
requérant…
Des questions de forme en
somme ?
Absolument. Le nom, le
prénom,l'adresse du requérant, donc. Sa qualité
aussi. Etait-il lui même candidat ? Etait il le
représentant d'un candidat ? Il faut aussi que
la requête soit signée de son auteur. Il faut
enfin joindre à la requête les pièces pour
soutenir les arguments que le requérant aura
pris préalablement soin de développer dans sa
requête.
Si l'un de ces éléments fait
défaut et à la demande de l'une des parties,
notamment la partie défenderesse, la Cour
déclare la requête concernée irrecevable. Elle
ne peut par conséquent l'examiner au fond.
Il y a eu également des
décisions portant invalidation de l'élection de
certains députés. Quels en ont été les
principaux motifs ?
Les irrégularités communément
soulevées par les requérants sont les suivantes
: manipulations des listes électorales, fraudes,
altération des procès-verbaux, non-établissement
des dits procès-verbaux dans les bureaux de vote
mêmes, non convoyage des procès-verbaux par les
personnes habilitées à le faire, corruption,
participation à la campagne électorale des
autorités administratives, non admission dans
les bureaux de vote des représentants des
candidats.
«Le
contentieux n'est pas celui de la responsabilité
mais de la légalité»
- Sur ce sujet, vous avez
pris sur vous de rappeler au gouvernement les
délais légaux de révision, du 1er janvier au 31
mars de chaque année. Sur le terrain, cette
révision débute parfois avec un mois de retard.
Il a là un vrai problème quant au respect de
loi.
Tout à fait Mais ce problème
est lié à la disponibilité des moyens
financiers. Vous savez que la dotation du budget
voté d'une année n'est généralement mise en
place qu'a partir de fin mars début avril. Ce
n'est pas le fait du ministère des Finances en
tant que tel. Ceci est simplement lié, je le
répète, à la disponibilité des moyens à
proprement parler. La période pour la révision
des listes électorales étant prévue entre début
janvier et fin mars, le ministère de l'Intérieur
se retrouvait souvent sans les moyens lui
permettant de bien accomplir son travail. D'où
les retards observés dans la mise en place des
commissions chargées de la révision des listes.
Mais la loi électorale
modifiée en août dernier a prévu que à la fin du
premier semestre. Nous pensons qu'à partir de
là, les choses iront à leur terme et les
opérations commenceront dès le premier jour du
délai.
En tant que juridiction en
amont et en aval des opérations électorales,
comment la Cour perçoit-elle le fait qu'en
dix-sept ans de pratique démocratique, nous ne
parvenions pas à disposer dune liste fiable pour
un collège électoral de 650 000 personnes ?
Je ne parlerai pas de liste
électorale non fiable. D'ailleurs, nulle part à
travers le monde, il n'existe de liste
électorale totalement fiable. II y a, c'est
vrai, beaucoup d'Insuffisances au niveau
de notre liste qui nécessitent d'être corrigées.
Mais ces insuffisances relèvent du comportement
des acteurs politiques eux mêmes, qu'ils
appartiennent à la majorité ou à l'opposition.
Tant que dans notre pays, on
n'aura pas compris qu'une élection doit
nécessairement donner lieu a des élus et à des
battus, on rencontrera toujours le même
problème: une nouvelle liste électorale et son
corollaire, une nouvelle carte d'électeur. C'est
ce qui explique que depuis quinze ans, à l'issue
de chaque élection , on doit procéder à des
négociations qui aboutissent à une révision de
la loi électorale parce que pour le battu, il
faut qu'on invente quelque chose qui lui
permettra d'être élu la prochaine fois. Et si
cette fois il ne gagne non plus, il faudra
encore modifier! Et il ne s'agit pas uniquement
de la loi, il ne faut aussi modifier la liste
électorale, encore que la modification ait un
sens, et l'établissement de la liste un autre
sens.
Or, la liste électorale étant
permanente, elle doit simplement être
réactualisée. C'est ce qu'il faut comprendre par
révision. Car il faut tenir compte du
fait qu'entre temps, il y a des jeunes qui ont
atteint l'âge pour être électeur, des
fonctionnaires qui ont quitté l'intérieur du
pays pour la capitale ou une autre ville, des
citoyens qui nous ont précédés dans l'au-delà.
Mais voilà : chez nous, quand
on est battu, il faut mettre en place une
commission qui est composée, non seulement des
administratifs, mais aussi des politiques, de la
majorité et de l'opposition, à parité. Et ce
sont les mêmes politiques qui sont candidats à
ces mêmes élections, qu'ils sont chargés,
semble-t-il, de préparer.
Alors et j'insiste là-dessus,
ce n'est qu'un problème de comportement. Quand
on aura compris que la liste électorale n'est
pas parfaite, qu'une élection donne lieu à un
élu est et à un battu, que le contentieux
électoral n'est qu'une exception de la procédure
électoral- beaucoup de Gabonais pensent que
l'élection se déroule à deux niveaux: sur le
terrain puis, quand on est battu, à la Cour
constitutionnelle pour être élu - ; on aura
beaucoup avancé.
Vous savez, les textes que
nous avons, on peut compter sur les doigts d'une
main les pays qui les ont. Les dispositions qui
sont en vigueur chez nous n'existent pas
toujours dans les pays de longue
tradition démocratique. En France, par exemple,
l'élection est organisée par le ministère de
l'Intérieur Il n'y a pas de parité nulle part.
Et c'est ce même ministère de l'Intérieur qui
annonce les résultats. Après s'ouvre la période
contentieuse, devant le Conseil constitutionnel
quand il s'agit de l'élection du président de la
République et de l'élection des membres du
Parlement, devant les juridictions
administratives en ce qui concerne l'élection
des membres des Conseils municipaux et
départementaux.
Mais chez nous, depuis la
Commission électorale jusque dans les bureaux de
vote, c'est à parité. Ce qui n'empêche pas
d'entendre de la bouche de tel requérrant lors
du contentieux qu'il n'était pas représenté
dans les bureaux de vote, ni dans la commission
électorale. On ignore ce qu'il faut désormais
inventer pour obtenir la transparence réclamée
par tous.
On a noté, Mme le président,
que les dysfonctionnements administratifs ont
été déterminants dans l'invalidation de
certaines élections. C'est le cas notamment de
l'élection de Kombé Lékambo et du défunt
président du RDR Max Mébalé...
Je voudrais avant tout
nuancer les choses. Pour autant que les deux cas
ne sont pas forcement identiques. Pour ce qui
est de l'annulation de l'élection de notre
défunt collègue Max Mébalé, la commission
chargée de l'examen des candidatures a
effectivement manqué de vigilance. Comme chacun
le sait, Max Mébalé était magistrat exerçant à
la Cour de cessation. En tant que tel, il avait
l'obligation de suivre une procédure spéciale,
c'est-à-dire une mise à disposition , avant de
se présenter aux élections. Ce qu'il n'a
pas fait. Cette erreur imputable à
l'administration n'est pas la seule qu'elle a
commise. Puisque d'autres erreurs lui sont
également attribuées. Que ce soit au niveau du
ministère de l'Intérieur, de la Cénap ou même
des Commissions électorales locales.
Dans le Woleu Ntem, par
exemple, un président de Commission a privé tous
les candidats de leurs représentants dans les
bureaux de vote. Violant ainsi les dispositions
de la loi électorale ayant conduit la Cour
constitutionnelle à prononcer l'annulation de
l'élection dans les localités où la loi n'a pas
été respectée. Les citoyens doivent comprendre
que le contentieux devant Cour constitutionnelle
n'est pas un contentieux de la responsabilité
personnelle, mais plutôt celui de la légalité.
Car, la Cour ne fait qu'examiner si les
conditions d'organisation prévues parla loi sont
respectées par les uns et les autres. Dans le
cas contraire, s'il s'agit d'irrégularités
péremptoires, l'exemple du défaut d'isoloir,
l'élection est automatiquement annulée. Même si
la responsabilité de ce défaut incombe à
l'administration. En ce qui concerne les
irrégularités facultatives, si la Cour estime
que ces irrégularités ont eu une incidence
déterminante sur l'élection des candidats, elle
prononce l'annulation. Mais si c'est une
irrégularité non déterminante, la Cour apprécie
au cas par cas avant de prendre des décisions
qui s'imposent par rapport aux actes posés sur
le terrain. En cas d'annulation de l'élection
due au dysfonctionnement administratif, le
candidat lésé qui voit ainsi son élection
annulée peut, s'il le souhaite, porter l'affaire
devant Ies tribunaux administratif juridictions
compétentes en ce qui concerne le contentieux de
la responsabilité administrative pour
demander réparation. Car les actes posés par
l'administration peuvent être attaqués devant
les juridictions administratives non pas devant
la Cour constitutionnelle qui n'est nullement
compétente en la matière.
-Et pour ce qui est du cas
Kombé Lékambo ?
J'y viens justement. Il faut
que vous sachiez qu'autant aller aux urnes élire
un compatriote est un choix librement exprimé
par l'électeur, prendre part à une élection en
tant que candidat obéit à la même démarche. Mme
Boukinda à laquelle vous faites allusion avait
au départ donné son accord pour prendre part à
l'élection du 17 décembre dernier comme
suppléante du candidat Kombé Lékambo qui
défendait les couleurs de l'UGDD, avant de se
rétracter quelques jours plus tard. En clair,
elle ne voulait plus aller aux élections. Et
elle la manifestée par une lettre expresse à la
Cénap qui l'a enregistrée. Certes, ce
désistement se passait à une période qui avait
largement dépassé celle du contentieux
pre-électoral devant la Cour constitutionnelle,
puisque entre ce contentieux et le début de la
campagne électorale, mais il y a que le
titulaire du siège, M. Kombé Lékambo, s'en va en
campagne sans d'abord entreprendre les démarches
auprès de la Cénap en vue de faire remplacer sa
suppléante démissionnaire. D'autant que le
président du pari dont il est militant a fait
état de la démission de Mme Boukinda au cours
d'une conférence de presse rapportée du reste
par votre journal.
Il y a que notre journal ne
rapporte pas que M. Zacharie Myboto prend acte
du désistement de Mme Reine Boukinda, mais
plutôt qu'il se réjouissait de ce que le retrait
de candidature qu'elle réclamait n'a pu être
accepté par la Cénap
Nous avons pour notre part
contenu exact de cette déclaration qui dit que
la Génap s'était déclarée incompétente. Mais,
mis à part cette déclaration, on remarque que
lorsque s'ouvre la deuxième période, la campagne
électorale proprement dite, la première ayant
été consacrée à la déclaration dé candidature,
tout candidat est tenu de se présenter devant
les électeurs au même titre qu'il est obligé de
remplir une demande de candidature. Or au moment
de l'ouverture de la campagne électorale, Mme
Boukinda n'est pas présente sur le terrain.
Confirmant ainsi son désistement: Et cela
rentrait dans la période prévue par la loi
électorale qui mise que pendant la période de la
campagne électorale si un des candidats désiste,
il doit être remplacé, selon la procédure
d'urgence prévue à cet effet. Aussi bien la
Cénap qui était en peson de demande que le
candidat titulaire qu'a constaté le désistement
patent, manifeste, de Boulanda, personne n'a
voulu la libérer de ce lien qu'elle avait
volontairement rompu. En présentant un bulletin
de vote sur lequel le nom de Mme Boukinda était
mentionné montrait que cette élection manquait
de sincérité. Du coup elle a été annulée. Les
responsabilités dans cette affaire étant
partagées entre l'administration et le titulaire
du siège. Si le candidat estime que
l'invalidation de son élection incombe
exclusivement à l'administration, libre à lui de
saisir les juridictions compétentes pour une
éventuelle réparation. En ce qui concerne la
Cour constitutionnelle elle n'a fait que
constater les violations de la liberté d'aller
ou non au vote de Mme Reine Boukinda.
Pour la première fois, la
Cour constitutionnelle a annulé une élection,
celle de l'ancien Premier ministre Jean-François
Ntoutoume Emane, en arguant de cas de corruption
avérée. Sachant que la corruption est passible
de poursuites judiciaires, pourquoi n'avoir pas
transmis au procureur de la République ce
dossier ?
fichez que devant la Cour
nous n'avons que des requérants et des
défendeurs. Nous n'avons pas d'autres fonctions
là-bas, surtout qu'on ne juge pas les membres du
gouvernement nouveaux ou anciens. Nous avons été
saisis parles candidats aux dernières élections
législatives qui ont attaqués autres candidats
déclarés élus à l'issue des élections. Nous
examinons les requêtes avec les pièces jointes
aux dossiers. Y compris les pièces
complémentaires qui sont fournies. Après
l'enquête que nous menons sur le terrain nous
déterminons les responsabilités dans chacune des
affaires qui sont portées à notre jugement. Pour
ce qui est de l'annulation de l'élection de
Jean-François Ntoutoume Emane, il n'y a pas que
la corruption qui a été à l'origine de cette
annulation. Il y eu aussi d'autres motifs qui
ont prévalu à l'annulation. En l'occurrence les
irrégularités constatées dans les procès-verbaux
dont nombreux étaient de natures pour ne pas
dire falsifiés. La corruption est certes
jetable, mais il ne s'agit pas à la Cour d'un
contentieux de la responsabilité, ainsi que je
viens de vous le dire. Nous avons effectivement
constaté les faits de corruption. Car la
distribution de l'argent le jour du scrutin est
proscrite et constitue une cause d'annulation
dune élection. Il faut cependant savoir que cet
argent peut être distribué par le candidat battu
ou par celui qui été a réélu. Pour ce qui est de
la Cour constitutionnelle, peut importe l'auteur
de la corruption. Il lui importe simplement
d'établir qu'il y a eu bien corruption pour
qu'elle prononce l'annulation. Si en revanche
I'auteur de la corruption est identifié on peut,
à partir de ce moment, transmettre
son dossier procureur de la
République. Mais pour l'heure nous avons établi
la corruption à travers la distribution des
sommes d'argent le jour du scrutin sans
toutefois identifier leurs auteurs. Même si nous
connaissons au moins la personne qui était en
possession des sommes d'argent. Elle, en
revanche, son dossier peut être déjà envoyé
auprès du procureur de la République. Comme
pourraient être envoyés également des dossiers
requérants qui ont falsifié les procès-verbaux
dans le but de faire annuler l'élection de leur
adversaire.
-La Cour n'a identifié qu'un
seul cas de corruption, alors que toute monde
s'accorde à dire qu'à travers le territoire
celle-ci est monnaie courante.
Je m'en vais vous expliquer
que la Cour être saisie de plusieurs cas
d'irrégularités. Il y a certes plusieurs
requêtes qui ont fait état de distribution des
sommes d'argent ici et là. Mais après enquête si
les faits ne sont pas probants, même si nous
sommes intimement convaincus qu'il aurait pu se
passer des choses dans le genre, nous ne pouvons
malheureusement pas prendre des décisions sur la
base de notre intime conviction. On doit
davantage s'appuyer sur des données fiables. Il
faut savoir qu'au Gabon il n'y a pas encore de
textes d'application de la loi électorale en ce
qui concerne la campagne électorale: la
distribution des gadgets, le plafonnement des
dépenses, etc. Un vide juridique qui rend
difficile l'action du juge qui cherche à savoir
à quel moment commence la corruption par rapport
à la campagne électorale. Avec les dispositions
actuelles, la corruption doit être vraiment
étayée, prouvée pour que la Cour
constitutionnelle prononce l'annulation. Il y a
quelques années on parlait d'achat des
électeurs, il fallait sortir avec les bulletins
de vote des autres candidats pour prouver que
les électeurs ont voté pour vous et non pour les
autres candidats. Ce qui n'a pas été le cas lors
du dernier scrutin. Puisque la loi impose que
tous les bulletins choisis ou non doivent rester
dans le bureau de vote. Ce qui rend les
électeurs moralement indépendants. Il est
difficile a priori, ainsi que je viens de vous
le dire, d'établir les cas de corruption. Vous
savez qu'il est interdit un candidat d'être
présent aux abords des bureaux le jour du
scrutin, tout comme on ne peut pas faire la
campagne électorale ce même four. Ce qui
implique qu'une distribution d'argent ce jour
est suicidaire pour son auteur.
Est-ce que cela ne pose pas à
nouveau la question de l'organisation des
élections dans notre pays ? N'a-t-on pas
eu tort de se gargariser de la bonne tenue du
dernier scrutin législatif ? Et la liste
électorale elle-même n'est-elle pas toujours
sujette à contestation ?
Les organisateurs du scrutin,
à ce que je sache, n'ont pas déclaré
formellement que cette élection était bien
organisée Les organisateurs, notamment le
ministre d'Etat en charge de l'Intérieur et le
président de la Commission électorale nationale
auto nome et permanente (Cénap), ont déclaré
tout simplement avoir fait ce qu'il fallait pour
permettre aux électeurs d'aller aux urnes. J'ai
suivi les déclarations de l'un et de l'autre.
Tous deux s'accordaient pour dire qu'ils ont
tout mis en oeuvre pour permettre un déroulement
du scrutin dans les conditions assez bonnes,
mais que le manque de temps ne leur a pas permis
de finaliser la liste électorale. Parce que ces
longs mois (quatre au total) de concertation
entre les acteurs politiques -lesquels n'avaient
pas le souci de respecter les délais fixés par
la Constitution en ce qui concerne le
renouvellement intégral de l'Assemblée nationale
- ont largement empiété sur le temps un parti au
ministère de l'Intérieur pour pouvoir finaliser
la liste électorale, l'établir, la réviser, la
corriger et l'afficher. Puis d'établir les
cartes d'électeurs et procéder à leur
distribution.